mai 2017
Electricité

Vers l'accès pour tous en 2025 ?

Par Julien WAGNER
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Fini le temps des délestages récurrents, désormais le pays exporte. PROCHAIN OBJECTIF : fournir la totalité des foyers en électricité.
 
Promesse tenue. Le 2 janvier 2017, le président Macky Sall n’était pas peu fier d’annoncer à la télévision une baisse de 10 % de l’électricité (de 115 francs CFA le kWh à un peu plus de 100 francs CFA le kWh). Enfin ! serait-on tenté de dire. Car le tarif de l’électricité, en hausse constante depuis de nombreuses années, grévait d’autant le pouvoir d’achat des ménages.
 
Il faut dire que le Senegal revient de loin. A partir de 2006, le pays de la Teranga a traverse une crise electrique majeure, qui a atteint son apogee en 2011 avec pas moins de 38 jours de coupures cumules. La population, excedee, laisse alors eclater sa colere. Le 27 juin, plusieurs batiments publics sont saccages et incendies a Dakar et ses banlieues, dont des locaux de la Senelec et une mairie de quartier. Des manifestations ont aussi lieu a Mbour. En cause : de nombreuses centrales vetustes qui ne cessent de tomber en panne, et les difficultés pour acheter du combustible avec un baril de pétrole alors au-dessus de 100 dollars. Résultat, malgré une puissance installée de plus de 700 MW, la capacité réellement disponible ne couvre pas la demande. Cela pèsera lourdement dans la défaite du président Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle de 2012.
 
Depuis, le contexte s’est considérablement amélioré. De nouvelles centrales ont été construites et mises en service. D’autres, plus vétustes, ont été réhabilitées. L’État a fait confiance à des producteurs privés (Contourglobal, GTI…) pour pallier ses capacités de financement. À l’heure actuelle, ces opérateurs représentent 30 à 40 % de l’électricité consommée au Sénégal. Tant dans le charbon, le solaire ou l’éolien. Et les ouvertures s’accélèrent. Neuf contrats de centrales solaires sont en cours de réalisation (entre 20 et 30 MW chacune) dont deux déjà en service (Bokhol et Malikounda). L’installation du parc éolien de Taiba Ndiaye (150 MW) avance.
 
Quant à la centrale à charbon de Sendou (région de Dakar, 120 MW), elle devrait être inaugurée avant la fin de l’année. Parallèlement, en 2015, a été lancé le programme d’action prioritaire (PAP) pour un montant de 280 milliards de francs CFA. Il consiste dans le doublement de toutes les lignes, en particulier à Dakar, où les habitants voient des câbles être tirés un peu partout. Ainsi, même en cas de dommages, un circuit alternatif est disponible et permet de maintenir l’approvisionnement. Désormais, dans la capitale, les pannes durent le plus souvent moins de dix minutes contre plusieurs heures auparavant.
 
LA MOITIÉ DES HABITATIONS ENCORE À RACCORDER
 
La stratégie elle-même a changé, puisqu’il s’agit désormais d’aller au-devant de la demande. Le postulat est simple : la moitié des Sénégalais n’ont pas accès à l’électricité ; mais si on leur en propose, ils voudront la consommer. L’État comprend qu’il faut prendre plus de risques. « Si nous installons les lignes électriques, la demande viendra automatiquement », explique Abdoulaye Dia, secrétaire général de la Senelec. Dans le pays, la demande connaît une croissance de 6 à 8 % par an. D’après des estimations, elle augmentera même de 15 % par an d’ici 2022. En 2025, le Sénégal pourrait donc bien atteindre l’accès universel, c’est-à-dire pour chaque citoyen.
 
Pour ce faire, le programme d’investissement est fixé à 800 milliards de francs CFA répartis sur 2017, 2018 et 2019. « Un plan déjà totalement financé et bouclé, s’enorgueillit Abdoulaye Dia. Les investisseurs voient que le Sénégal est un interlocuteur crédible et transparent. Ils veulent venir. C’est tellement vrai que nous avons même refusé récemment des financements à hauteur de 100 millions d’euros de la part d’Eiffage, Engie (France) ou Tata (Inde). » Depuis 2014, la Senelec fait en effet des bénéfices : 2 milliards de francs CFA en 2014, 12 milliards en 2015 et 30 milliards en 2016. Une bonne santé financière qui devrait encore réjouir les Sénégalais d’ici 2019.
 
« Si le baril reste entre 50 et 70 dollars durant cette période, il faut s’attendre à une nouvelle baisse du prix à la consommation. » En sus, la Senelec vise désormais le marché ouest-africain. Au début de l’année, elle a annoncé la vente de 20 MW d’électricité au Mali. Et elle envisage avec appétit la mise en place, en 2018, d’une Bourse de l’électricité à l’intérieur de la Cedeao (WAPP). « La demande en Côte d’Ivoire est telle qu’elle ne pourra la satisfaire par sa seule production, anticipe Abdoulaye Dia. Pareil au Ghana. Seul le Sénégal a rattrapé sa demande. » Faites vos jeux !
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