février 2020

Aliko Dangote
« Il en suffirait de dix comme moi… »

Par Cédric GOUVERNEUR
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C’est ce que pense en tout cas ce formidable entrepreneur nigérian, présent dans le ciment, l’agriculture, le raffi nage… Et qui vient de faire son entrée dans le top 100 mondial. 

Ce sera sa pyramide de Khéops. À la fin de l’année 2020, le magnat Aliko Dangote devrait inaugurer la titanesque raffinerie de Lekki, à 40 km de Lagos. Lekki pourrait changer le visage du Nigeria. Qu’on en juge : de ce géant de 2 100 hectares – six fois la taille du quartier d’affaires de Lagos, Victoria Island ! –, employant directement 20 000 personnes et indirectement 40 000 autres, devraient sortir chaque jour 650 000 barils d’essence et de diesel. Ce complexe pétrochimique permettra au Nigeria d’en finir avec cet insupportable paradoxe : être un producteur de pétrole brut contraint d’importer son carburant… Un bouleversement qui, à n’en pas douter, ravit davantage l’austère milliardaire africain de 62 ans qu’une place dans des palmarès américains : « Quand on aura terminé ce projet, pour la première fois de son histoire, le Nigeria sera le plus grand exportateur de carburants d’Afrique », déclamait-il avec fierté en 2018 au Financial Times. En 2007, Forbes avait décrit Oprah Winfrey comme « la personne noire la plus riche du monde » : le magazine avait visiblement oublié que les Noirs ne sont pas tous afro-américains… Aliko Dangote s’en était offusqué, rappelant dans le journal nigérian The Sun être « bien plus riche » que l’animatrice de talk-show, qui pesait 1,5 milliard de dollars. L’année suivante, Dangote entrait dans le classement Forbes, à la 334e place, et devenait le premier natif d’Afrique subsaharienne à y figurer, en un siècle d’existence du magazine. Sa fortune tournait alors autour de 3 milliards de dollars, et deux de ses sociétés venaient d’entrer à la Bourse de Lagos, avec une capitalisation estimée à plus de 10 milliards de dollars. Aujourd’hui, le conglomérat représente à lui seul entre un cinquième et un quart de la Bourse. Et s’il a subi de plein fouet la crise de la monnaie nigériane entre 2014 et 2017, il s’en est relevé. En 2019, le magazine Forbes l’avait placé au 136e rang des fortunes mondiales. Fin janvier 2020, Bloomberg le situe au 79e rang : sa fortune a augmenté de plus de 5 milliards de dollars l’année dernière, pour se situer aux alentours de 16,5 milliards selon l’agence de presse américaine ! Aliko Dangote n’est pas un self-made-man parti de rien – et n’a jamais prétendu l’être. Né le 10 avril 1957 à Kano, dans le nord du pays, le magnat est issu d’une riche famille de commerçants haoussas musulmans : son arrière-grand-père maternel, Alhassan Dantata, avait fait fortune dans l’import-export entre le Nigeria et le Ghana. Son grand-père, Sanusi Dantata, importait lui de l’avoine et du riz. À l’âge de 8 ans, au décès de son père, le jeune Aliko est confié à ses grands-parents. Fasciné par leur réussite, il démontre déjà de sérieuses prédispositions pour les affaires : il achète des sacs de friandises qu’il revend à l’unité à ses camarades de classe ! Acheter en gros, revendre au détail et investir le bénéfice : la recette du succès… Ses grandsparents l’envoient étudier le business à la prestigieuse université Al-Azhar, au Caire. Une fois diplômé, à l’âge de 21 ans, il se lance dans le négoce : il emprunte à un oncle un demi-million de nairas (environ 3 500 euros d’aujourd’hui), qu’il promet de rembourser en deux ans, et lui achète trois camions. Il importe du ciment, alors rare et cher. Les bénéfices sont aussitôt réinvestis : l’homme est un bosseur ascète qui n’a ni le temps ni l’envie de dilapider son argent. Un peu comme, aux XVIe et XVIIe siècles, ces marchands protestants de Hollande qui plaçaient leurs deniers, plutôt que de les « flamber » dans un luxe ostentatoire – comme le faisaient les nobles espagnols avec l’or inca –, assurant ainsi le dynamisme des Pays-Bas, tandis que l’Espagne s’enkystait dans une économie de rente… En l’espace de trois mois, le futur magnat peut rembourser son oncle. Et prendre son envol.

EN FINIR AVEC LA DÉPENDANCE AU BRUT

Voici donc le jeune négociant en ciment à Lagos, capitale économique (et encore politique) du Nigeria. En 1981, il crée le Dangote Group. Le coup d’État militaire du réveillon 1983 va indirectement favoriser ses activités : les putschistes (à la tête desquels figure l’actuel président, Muhammadu Buhari) embastillent, « pour corruption », la plupart des hommes d’affaires. Un nettoyage par le vide qui laisse au jeune Haoussa les coudées franches pour prendre leur place – ce qui lui sera ultérieurement reproché. Dangote diversifie ses activités : outre le ciment, le voilà qui vend du riz, des pâtes, de la farine, du sucre, du sel, de la sauce tomate… Son slogan ? « Providing your basic needs » (« satisfaire vos besoins essentiels »). Il a en effet le génie de se rendre incontournable, fournissant aux Nigérians des produits dont ils ne peuvent se passer : ceux qui font tenir leurs murs ou constituent les ingrédients de base de leurs repas. Aussi simple qu’imparable. Ce n’est pas sans raison que Moshood Fayemiyo (qui a coécrit sa biographie, Aliko Mohammad Dangote: The Biography of the Richest Black Person in the World, avec Margie Neal, en 2013), le compare à Samuel Walton (1918-1992), simple gérant de supérette devenu l’homme le plus riche des États-Unis grâce à sa chaîne de supermarchés, Walmart. Dangote grimpe, grimpe, et plus rien ne l’arrête. « Quand vous êtes jeune, le premier million est important, mais après, les chiffres ne veulent plus dire grand-chose », raconte-t-il, blasé, en avril dernier au forum Mo Ibrahim d’Abidjan. « Un jour, j’ai retiré de ma banque 10 millions de dollars en liquide. Je les ai apportés à la maison, je les ai contemplés et je me suis dit : maintenant, je comprends que j’ai de l’argent. » À titre de rappel : 60 % de ses 195 millions de concitoyens (sur)vivent avec 1 dollar par jour… Mais l’importateur-exportateur prend conscience qu’il peut encore mieux faire. Mieux pour lui. Mieux pour ses affaires. Et mieux pour son pays. C’est un euphémisme de dire que le Nigeria est outrageusement dépendant du pétrole, qui représente plus de 90 % de ses exportations. Les travers de cette dépendance sont connus : une économie rentière, qui favorise moins la productivité que la corruption. Un taux de croissance calqué sur le cours du brut. L’or noir, que l’un des fondateurs de l’Opep, le ministre vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, avait fini par surnommer « l’excrément du diable », désabusé par les cas de pays pauvres où la ressource s’était muée en malédiction ! Car à force de tout importer, le Nigeria souffre de pénuries de devises qui font plonger sa monnaie. L’alternative ? Diversifier l’économie et produire localement. Lors d’un voyage au Brésil, dans les années 1990, Aliko Dangote constate que ce pays n’importe plus ses produits de base mais les fabrique, et exporte même le surplus. À son retour au Nigeria, le magnat se lance dans l’industrie. Avec la ferveur d’un nouveau converti, celui qui a jadis fait fortune dans l’import-export se fait le chantre de la production nationale. Il prend pour exemple la Corée du Sud, pays pauvre jusque dans les années 1970 : « Les investisseurs étrangers n’ont pas construit la Corée du Sud. Ce sont les Sud-Coréens qui ont développé leur pays. » Depuis les années 2000, le groupe Dangote fabrique du ciment made in Nigeria plutôt que d’en importer. Aujourd’hui, le conglomérat détient trois usines au Nigeria : Ibese, Gboko, et surtout Obajana, capable de produire à elle seule plus de 13 millions de tonnes annuelles. Sur les neuf premiers mois de 2019, Dangote Cement a vendu plus de 10 millions de tonnes de ciment au Nigeria et plus de 7 millions dans le reste de l’Afrique. Afin notamment de contrer la concurrence de Lafarge Africa, Dangote a signé en 2015 un contrat de 4,34 milliards de dollars avec le groupe chinois Sinoma pour bâtir 11 cimenteries à travers le continent (Sénégal, Cameroun, Niger, Éthiopie, Kenya, Zambie) et… jusqu’au Népal ! Pour mettre en œuvre cette industrialisation, Aliko Dangote a fait jouer ses connexions politiques. Le milliardaire a en effet financé les campagnes électorales du président Olusegun Obasanjo (1999-2007). Or, dans un entretien au Financial Times, le magnat a reconnu qu’il avait incité le chef d’État à restreindre les importations afin de favoriser la production nationale. Ou, plus précisément, sa production nationale… Ainsi que l’écrivait en 2017 Afrique Méditerranée Business (n° 18), des câbles américains de 2005, révélés par WikiLeaks, s’étonnent de coïncidences troublantes : « De nombreux produits qui sont sur la liste des importations interdites au Nigeria sont justement ceux où Dangote a des intérêts… Les barrières douanières élevées ou les interdictions pour toute une catégorie de produits favorisent le groupe dans pratiquement tous les secteurs dans lesquels il opère, du ciment au sucre en passant par certains textiles ou les pâtes. » Renvoi d’ascenseur ? Peu avant le terme de son second mandat, Obasanjo a vendu au magnat deux des quatre raffineries d’État, celles de Port Harcourt et de Kaduna…

DU PÉTROLE À L’AGROALIMENTAIRE

La ficelle est, cette fois, un peu trop grosse : en juin 2007, les syndicats nigérians exigent – et obtiennent – l’annulation de cette vente contestée. Et, une décennie plus tard, Dangote finance la bibliothèque créée par l’influent ex-président dans sa ville natale d’Abeokuta (Sud-Ouest). Aliko Dangote fut également proche de Goodluck Jonathan (2010-2015), qui l’a décoré en 2011 du titre de Grand Commandeur de l’ordre du Niger, une des plus hautes distinctions nigérianes. D’aucuns lui reprochent cette proximité avec les pouvoirs successifs. Dangote réplique que, contrairement à d’autres nantis, il réinvestit son argent sur place : « Oui, j’ai de l’argent, mais aucune propriété hors du pays », à l’inverse de beaucoup de Nigérians fortunés. Ce qui ferait du magnat un « champion national », qui booste l’économie du pays : « Dangote donne le rythme », a résumé au Time en 2018 le directeur pour l’Afrique du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), son compatriote Ayodele Odusola.

« Il aide le Nigeria à briser les chaînes de l’importation d’essence. On a besoin de plus d’entrepreneurs africains comme lui. » Aliko Dangote a d’autant plus de raisons d’inciter à la diversification économique que la dépendance au pétrole nuit directement à ses affaires. Entre fin 2014 et juin 2016, la chute des cours du pétrole et celle du naira (dont la valeur a été divisée par deux) ont entraîné la fonte de ses actifs. La crise a été aggravée par l’obstination du président Buhari à accrocher artificiellement le naira au dollar, obligeant le pays à dilapider – en vain – ses réserves de change pour soutenir sa monnaie… Selon Forbes, le patrimoine de Dangote a plongé de 25 à 15 milliards de dollars en deux ans. Alors, plutôt que de voir les milliards partir en fumée lors de la prochaine crise monétaire, autant investir afin d’extirper les racines du mal. En 2017, l’industriel se lance dans un projet démesuré : faire sortir de terre la plus grande raffinerie du monde, couplée à une usine d’engrais chimiques (en partenariat avec l’Office chérifien des phosphates marocain) et connectée aux pays voisins par deux gazoducs de 55 km de long ! Le terrain est marécageux ? Qu’importe ! Le complexe sera porté par 120 000 piliers de béton… Un investissement de 18 milliards de dollars, mais qui permettrait au Nigeria d’économiser 7,5 milliards chaque année, en évitant des importations, puis d’engranger 5 autres milliards grâce à l’exportation d’essence, de diesel et d’engrais. Et multiplierait les revenus du conglomérat par cinq ou six ! Les produits pétroliers ne sont pas les seuls concernés par le manque de production nationale : ainsi, « 98 % du lait consommé au Nigeria doit être importé », rappelle Aliko Dangote. Le Nigeria est aussi le premier importateur mondial de riz : 6,5 millions de tonnes y sont consommées chaque année, pour une production locale de seulement 2,5 millions. Depuis 2016, le groupe a investi 4,6 milliards de dollars dans l’agroalimentaire : des champs de cannes à sucre, une raffinerie de sucre, une minoterie, une usine de sauce tomate, des rizières, des laiteries… Ainsi, Dangote Rice, lancée en 2017, entend produire jusqu’à 1 million de tonnes de riz dans les États du Nord, avec pour objectifs la création de 10 000 emplois directs et indirects, la réduction de la pauvreté rurale et la facilitation de l’accès au marché. Sans jamais perdre de vue la question de la pénurie de dollars : « Cela permettra d’éliminer la dépendance du pays aux importations, et le casse-tête des réserves de change qui en découle », avait précisé en 2017, lors de la crise des devises, le directeur exécutif du conglomérat, Edwin Devakumar. Dans la même optique, Aliko Dangote s’attaque au secteur du transport. Avec un succès fulgurant. En 2013, le conglomérat a signé un accord avec la Chine afin d’importer 1 700 semi- remorques. Quatre ans plus tard est lancé le joint-venture Dangote Sinotruk West Africa Ltd, qui assemble 10 000 poids lourds par an à l’usine Ikeja de Lagos. Selon une récente enquête de la presse économique nigériane (Hallmark News, décembre 2019), les parts de marché des constructeurs européens et coréens (Volvo, Hyundai, etc.), qui étaient de 95 %, ont chuté à 45 % en l’espace de trois ans ! L’explication ? Les entreprises nigérianes plébiscitent les camions Sinotruk parce qu’ils sont moins chers et leurs pièces détachées disponibles. Et les entreprises chinoises implantées au Nigeria parce qu’elles préfèrent acheter… chinois. Le conglomérat aspire à exporter ses camions dans toute l’Afrique de l’Ouest. Toujours la même recette : Aliko Dangote s’impose avec un produit incontournable. Quelle entreprise peut se passer de camions ? En 2018, il récidive en rachetant l’usine Peugeot de Kaduna et en créant un joint-venture avec le constructeur automobile français afin d’ouvrir une seconde usine, à 25 km de la première. À noter que le groupe Dangote rénove une partie du réseau routier autour de Lagos… en échange d’une exemption fiscale. Pour industrialiser le continent et le rendre autosuffisant, « dix comme moi feraient l’affaire », déclarait-il en 2017. Sans fausse modestie, il avait ajouté avec humour, comme un clin d’œil aux rois de la Silicon Valley qui recherchent, eux, l’immortalité : « J’aimerais pouvoir me cloner ! »

ARSENAL EN LIGNE DE MIRE

Aujourd’hui âgé de 62 ans, ce père d’un fils adoptif et de trois filles, par deux fois divorcé, confiait au Financial Times qu’il se sentait « parfois seul », mais « manquait de temps pour rencontrer quelqu’un ». L’homme gère lui-même ses affaires. Omnipotent, il peut se montrer très dur, non seulement avec ses concurrents, mais aussi avec ses cadres, qui restent rarement longtemps en place… Sa deuxième fille, Halima Aliko Dangote, paraît bien placée pour lui succéder : en novembre dernier, cette ancienne cadre des filiales farine et sel a été nommée directrice des opérations commerciales du conglomérat. Il ne dort que « quatre à cinq heures par nuit » et avoue décrocher son téléphone « une centaine de fois par jour ». Il parcourt en jet le continent, où son conglomérat est présent dans 18 pays. Le Nigérian déplore d’ailleurs avoir besoin de « 38 visas » pour voyager en Afrique ! Son ami Tony Blair (dont l’épouse, Cherie, siège au conseil d’administration du groupe) lui a recommandé de lever le pied : « Aliko, le monde ne va pas s’arrêter de tourner parce que tu ne décroches pas ton téléphone… » Il demeure l’ascète qu’il a toujours été : à Lagos, s’il reçoit sur son yacht à 40 millions de dollars (baptisé du prénom de sa mère, Mariya), il sert lui-même ses hôtes. Volontiers philanthrope, il a créé en 1997 une fondation qui finance notamment des projets d’enseignement supérieur dans le Nord. Et, en 2017, il a versé 250 millions de nairas pour les victimes des inondations dans l’État de Benue. Il a aussi fait en septembre une donation de 20 millions de dollars à l’Africa Center de New York, où siège sa fille Halima. Musulman pratiquant, il s’efforce de jeûner une fois par semaine afin de purger son organisme. Le milliardaire a tout de même une passion avouée : Arsenal ! Il est un fervent supporter du club londonien depuis sa rencontre, il y a trente ans, avec David Dein, vice-président des Gunners entre 1984 et 2007. Depuis dix ans, il répète qu’il rêve de racheter le club et a confié à Bloomberg qu’il formulera une offre d’achat en 2021, après l’inauguration de la raffinerie de Lekki. Le travail avant tout : « Nous avons des projets d’une valeur de 20 milliards de dollars, et c’est sur cela que je veux me concentrer. »

Aliko Dangote se désole de voir si peu d’Africains au forum de Davos et appelle les entrepreneurs du continent à suivre son exemple. En 2017, lors d’un sommet organisé à Londres par le Financial Times, il les invitait même à mettre à profit la crise du naira pour investir, les prix étant au plus bas. « Il y a tant d’opportunités, quand vous y regardez de plus près », déclarait-il au magazine Time en octobre dernier. Les secteurs les plus prometteurs selon lui ? Les technologies, bien entendu, mais aussi l’agriculture. « Nous devons rester en Afrique et contribuer à l’économie de nos propres pays. » Reste que la dégringolade du naira, en 2014-2016, a fait évoluer ce credo : dans une interview diffusée par Bloomberg en janvier 2020, le milliardaire annonce son intention d’ouvrir à New York un bureau de gestion de son patrimoine (« family office »), arguant vouloir mettre sa fortune personnelle « à l’abri des fluctuations monétaires du continent ». Il précise également que, sur la trentaine de milliards de revenus escomptés de la mise en service du complexe de Lekki et des récents investissements dans l’agroalimentaire, 40 %, certes, seront réinvestis en Afrique… tandis que 60 % le seront à l’extérieur. 


Un conglomérat tentaculaire

Si le ciment reste l’activité principale – et la machine à cash – du groupe Dangote, ce dernier ne cesse de diversifier ses activités.

Quatre sociétés du conglomérat sont cotées à la Bourse de Lagos (Nigerian Stock Exchange, NSE), totalisant entre un cinquième et un quart de sa capitalisation. Dangote Cement étant de loin la première cotation. À noter que le natif de Kano a ouvert plusieurs projets dans le Nord pour pallier le sous-emploi qui alimente le fanatisme et le terrorisme.

Dangote Cement (ciment), cotée au NSE (DANGCEM). Production annuelle : plus de 45 millions de tonnes, au Nigeria et dans une dizaine de pays d’Afrique.

Dangote Sugar (sucre), cotée au NSE (DANGSUG). Objectif de production annuelle : 1,5 à 2 millions de tonnes, pour 150 000 hectares de canne. La raffinerie sucrière d’Apapa est la plus importante du continent.

Dangote Flour Mills (farine et pâtes), cotée au NSE (DANGFLOUR). Revendue en avril 2019 au groupe singapourien Olam International Ltd.

National Salt Company of Nigeria (sel), cotée au NSE (NASCON). Production annuelle : 567 000 tonnes de sel et 156 000 tonnes d’huile végétale.

Dangote Farms (agroalimentaire). Objectif 2020 : 1 million de tonnes de riz et 500 millions de litres de lait, notamment dans les États nordistes de Sokoto, Zamfara et Jigawa. Inaugurée en 2016, l’usine de transformation de tomates de Kano a une capacité de production de 1 200 tonnes de concentré par jour. Mais les producteurs locaux n’arrivent pas à suivre le rythme : la production a cessé pendant deux ans, avant de reprendre en 2019.

Dangote Refinery (raffinerie et pétrochimie). Le complexe pétrochimique de Lekki permettra de raffiner 650 000 barils de carburant par jour et de produire 3 millions de tonnes d’engrais par an. Il sera relié aux pays voisins par l’Ewoggs (East-West Offshore Gas Gathering Pipeline System), un double gazoduc de 550 km, construit en joint-venture avec la société nigériane de prospection pétrolière et gazière First E&P.

Dangote Sinotruk West Africa Ltd (automobile). Jointventure créé en 2017 avec le constructeur de poids lourds chinois Sinotruk. Production de 10 000 camions par an.

Dangote Peugeot Automobile Nigeria Ltd (automobile). Joint-venture créé en 2018 avec le constructeur français PSA (présent au Nigeria depuis les années 1970).

AG Dangote Construction Ltd (routes). Joint-venture établi en 2013 avec le groupe brésilien de BTP Andrade Gutierrez.

Twister BV (gaz). Le conglomérat a acquis en 2016 cette société néerlandaise spécialisée dans l’ingénierie du gaz naturel afin d’alimenter ses usines et ses raffineries en électricité issue de cette énergie.

Dangote Cooperative (association). Caisse d’épargne, prêts immobiliers et bourses d’études pour les employés du groupe et leur famille. 

Aliko Dangote Foundation (fondation). Financement de projets éducatifs, notamment dans les États nordistes (cité universitaire, école de commerce). Partenariat avec la fondation Bill et Melinda Gates pour lutter contre la poliomyélite.

 


Robert Omotunde « Aliko Dangote est le président économique non élu du Nigeria »

Robert Omotunde, vice-président Investissements et Recherche du cabinet Afrinvest, à Lagos, témoigne de la façon dont est perçu l’homme le plus riche du continent dans son propre pays.

AM : Quelle est l’image d’Aliko Dangote au Nigeria ? Robert Omotunde : Plutôt bonne : la plupart des Nigérians savent qu’il s’agit d’un businessman sérieux, pas de quelqu’un qui a fait fortune grâce à la politique. Cela dit, les gens ont aussi le sentiment qu’il bénéficie, de la part du gouvernement, d’un soutien ou d’une considération que d’autres n’ont pas. En fait, Dangote s’attaque à d’importants marchés. Il mise gros et s’assure d’exploiter la moindre opportunité. Sa stratégie est de devenir l’acteur le plus important dans chaque industrie où il intervient. C’est le cas dans le business du ciment, du sucre, du sel.

Son image a-t-elle été écornée par la grève de 2007, lorsque plusieurs syndicats se sont mobilisés – avec succès – afin de faire annuler la vente au groupe Dangote de deux raffineries publiques ?

Cela a davantage affecté l’image du Nigeria que celle d’Aliko Dangote ! Si cette vente n’avait pas été annulée, le secteur du gaz et des produits pétroliers se porterait bien mieux aujourd’hui. C’est le même homme qui investit désormais des milliards de dollars dans ce secteur.

Il avait indirectement bénéficié du coup d’État militaire de 1983. Quelles sont ses relations avec les différents pouvoirs ?

Aliko Dangote est un businessman très influent. Sans doute ne l’était-il pas autant en 1983, mais je peux confirmer que sa success-story ces vingt dernières années a été le fruit d’un travail acharné et de son engagement dans le secteur privé. Désormais, il est en relation avec la plupart des politiciens qui comptent. Pour l’homme le plus riche du pays, ce cas de figure est inévitable. Pas seulement au Nigeria, mais partout en Afrique.

Sait-on combien le groupe Dangote a perdu d’argent lors de la crise du naira, entre 2014 et 2016 ?

Le cours s’est déprécié de 197 nairas pour 1 dollar à 365 nairas pour 1 dollar. Cela se traduit par une chute de 46,03 %. Il est possible que le groupe Dangote ait alors perdu 40 % de sa valeur.

Cette dégringolade du naira a-t-elle convaincu Dangote de bâtir le complexe industriel de Lekki, afin de limiter les facteurs d’apparition de crises de change ?

Je pense que le business du raffinage a toujours suscité l’intérêt du groupe : le secteur est quasiment inexistant au Nigeria. Ce qui implique que tout acteur se lançant dans l’aventure récolterait d’énormes profits. Le groupe Dangote a choisi un emplacement stratégique pour la raffinerie [près de Lagos, ndlr], de façon à desservir l’ensemble du marché africain grâce au transport maritime. Je crois également que Dangote sera capable d’utiliser son influence pour forcer le gouvernement à véritablement déréguler ce marché, afin qu’il devienne vraiment rentable à long terme.

Sait-on à quelle date ce complexe pétrochimique de Lekki sera inauguré et pourra produire les 650 000 barils journaliers envisagés ?

Les analystes du secteur suggèrent que les opérations pourraient débuter autour du quatrième trimestre 2020 ou début 2021. Cependant, je ne m’attends pas à ce que le complexe soit pleinement opérationnel avant 2022.

Aliko Dangote est proche de l’ex-président Obasanjo. Que sait-on de ses relations avec le président Buhari ? Il n’a pas dû apprécier sa gestion de la crise du naira en 2014-2016…

Aliko Dangote est une force avec laquelle il faut compter : aucun président ne peut l’ignorer, même s’il ne l’apprécie pas. Il dispose d’une puissance économique telle qu’elle fait de lui « le président économique non élu du Nigeria » ! Il apparaît comme un homme simple, qui ne fait pas étalage de ses pouvoirs, mais en fait, il tient tout détenteur de pouvoir politique dans une position de respect. Donc, les chefs d’État du pays doivent le considérer.

Est-il sérieux quand il parle de racheter le club de football anglais Arsenal ?

Il est le seul à connaître ses véritables intentions concernant Arsenal. Je pense qu’il peut se le permettre financièrement. Mais il y aura des obstacles à surmonter avec les actuels propriétaires… 


 

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