mars 2020
Edito

L’ANNÉE DU VIRUS

Par Zyad Limam
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Donc le coronavirus. Le covid-19 pour reprendre le vrai nom de la maladie… 
 
C’est une épidémie née à Wuhan, mégaville de près de 10 millions d’habitants, carrefour névralgique des transports, au centre de la Chine, qui a profité à plein des réformes économiques des années 1980. Une mégalopole symbole du miracle chinois, mais aussi une cité où les pratiques médiévales de commerce et de consommation d’animaux sauvages perdurent… Depuis, le coronavirus longe inexorablement les grandes routes commerciales de l’économie mondialisée. L’Asie du Sud-Est, la Corée du Sud, le Japon, l’Europe, la France, l’Italie, les ÉtatsUnis, cœur du capitalisme mondial…
 
Au moment où j’écris ces lignes, tout début mars, l’Afrique semble relativement épargnée. On ne sait pas très bien pourquoi, on se perd en conjectures, des plus farfelues (le climat ?) aux plus objectives (la faiblesse des échanges avec le reste du monde ?). Dans un monde à l’envers, la contamination vient du « Nord », d’un « Nord » dont il faudra peut-être se barricader. De toute façon, le continent vit déjà au rythme du virus : crainte, peur, préparation, baisse de l’activité globale… (Et des dangers qu’Ebola, endémique depuis le début des années 2000, fait toujours peser.)
 
Le virus, c’est l’une des peurs primales de l’humanité, une petite mécanique microscopique, contagieuse, complexe, qui échappe à notre contrôle, qui nous ramène à notre condition d’êtres vivants, fragiles et démunis. On se remémore avec effroi la grande grippe dite « espagnole », en 1918, probablement portée par le déplacement des soldats, et qui faucha des dizaines de millions de personnes au lendemain de la Première Guerre mondiale. On ne comprend pas ces organismes, ils nous résistent, ils mutent, ils changent, ils s’adaptent : H1N1 et ses variantes, coronavirus, grippe sous toutes ses formes, VIH… La panique n’est pas bonne conseillère. D’un autre côté, les scientifiques sont souvent démunis. Leurs discours contradictoires et leur désarroi deviennent anxiogènes.
 
Comme tous les virus respiratoires fortement contagieux, les effets géostratégiques peuvent être particulièrement «disrupteurs». L’économie mondiale est menacée par l’épidémie, des industries entières (tourisme, transports) peuvent se retrouver au bord de la faillite. Face à la crise, la Chine développe une réponse ultra-autoritaire, avec tout un arsenal, y compris digital, de contrôle de la population. Le pouvoir central du parti et surtout d’un seul homme, Xi Jinping, à la tête d’une nation de 1 milliard d’habitants, en sortira probablement dangereusement renforcé. Aux États-Unis, il n’y a pas, en soi, de système de santé publique. Même le concept de congé maladie est une aberration. La médecine est coûteuse et privée. Une épidémie à haute densité pourrait remettre en cause le « modèle » américain, et les perspectives politiques d’un Donald Trump pour le moment intouchable. En Europe, les populistes de tous bords s’en prennent à la hache à la libre circulation, l’un des piliers de l’Union. En Iran, la prévalence du coronavirus pourrait fragiliser, plus que tout autre embargo, un régime des mollahs à bout de souffle. Au Japon, les Jeux olympiques de Tokyo pourraient être annulés, ce qui entraînerait probablement une sérieuse crise politico-financière.
 
Peut-être que tout cela n’arrivera pas. Peutêtre que ce coronavirus est saisonnier, que sa charge diminuera dans quelques semaines. Peut-être qu’il n’y aura pas de disruptions majeures, juste un encombrement temporaire des hôpitaux, des victimes regrettables et un retour rapide aux «bonnes habitudes». Et que l’on pourra de nouveau partir à la plage, en se disant que tout cela n’aura été qu’un mauvais moment, un mauvais souvenir… 
 
Ou peut-être pas. C’est le principe des virus. Nobody knows…
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