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Interview

OBI
« Je rêve éveillé »

Par Sophie Rosemont - Publié en octobre 2021
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Ce demandeur d’asile en France de 35 ans commence une NOUVELLE VIE : avec son premier album Black Prayers, il conjure la tragédie du destin sur une trame mêlant électro, folk, rap et afrobeat.

AYANT FUI LE NIGERIA à 23 ans, Obi a connu ce que la plupart des migrants subissent : la précarité ultime, la peur, la faim, la soif, les foyers, la rue, les prisons… Lui qui écrivait, ado, des morceaux de rap sous influence de 2Pac voit aujourd’hui réaliser son souhait le plus fou, livrant un premier album d’une grande puissance narrative et rythmique.

AM : Pourquoi ce titre d’album ?

OBI. FRANK LORIOU
OBI. FRANK LORIOU

Obi : Quand je suis arrivé en France, c’était terrible : j’ai vécu dans un squat, nous pouvions être entassés jusqu’à 20 dans une seule pièce. Il se passait parfois une semaine sans que je puisse prendre de douche. Tout ce que l’on entend dans mes chansons, c’est moi : mes luttes, mon parcours, ma vie, que je ne peux pas mener sans prières. C’est grâce à elles que je vais de l’avant. Dieu, c’est tout pour moi.

En quoi la musique est-elle une thérapie ?

Sans elle, je ne sais pas ce que je deviendrai. Personne ne peut m’aider à être heureux, à part moi-même et les chansons, dans lesquelles je raconte ce que je vois. Ce que je vois est ce que je vis, et ce que je vis est ce en quoi je veux croire. Si je partage autant mes sentiments, c’est parce que je veux que cela soit une thérapie pour d’autres. Tout devient possible.

Comment ces chansons ont-elles pu se frayer un chemin du squat jusqu’au public ?

J’ai eu la chance de rencontrer, par hasard, le musicien Cédric de La Chapelle, à qui j’ai fait écouter mes maquettes produites sur un ordinateur portable acheté grâce à des petits boulots quand j’étais en prison. Une fois encore, Dieu m’a beaucoup aidé car Cédric a adoré ce qu’il a entendu. Il m’a accompagné pour tout mettre en forme, et, bien que ce soit difficile pour moi d’accorder ma confiance à qui que ce soit, j’ai su que j’étais bien entouré.

Quelle est votre relation aujourd’hui avec le Nigeria, et en quoi compte-t-il dans votre musique ?

OBI, Black Prayers, Un plan simple/Sony Music. DR
OBI, Black Prayers, Un plan simple/Sony Music. DR

Je suis né là-bas, mais ça ne veut pas dire que j’en viens. Je suis d’Abakaliki, au sud-est. Ma famille est igbo, du Biafra, pas du Nigeria, et nous ne souhaitons pas en faire partie. Je suis passé par Lagos pendant quelque temps, mais je n’ai pas l’attitude nigériane. Mon père était activiste, il a été empoisonné lorsque j’avais 13 ans. Sans vouloir être comme lui, je sais que la vie est un combat et que la musique peut être un moyen de s’exprimer. Mon objectif, c’est de transmettre un message aux gens, sinon cela n’a aucun intérêt.

Un rêve à réaliser ?

Je rêve déjà chaque jour. Je n’ai pas besoin de dormir : je rêve éveillé ! Mais désormais, il est temps de vivre la réalité.

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