avril 2019

Ray Lema : « Le problème de l’Afrique est culturel »

Par Astrid Krivian
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Pour le pianiste, le jazz est un espace de liberté dans lequel il accorde ses amours musicales, affranchi des genres. Son nouveau disque, Transcendance, exprime sa révolte face aux plaies béantes de sa RDC natale.

Dans le home studio de sa maison en région parisienne, il y a des claviers, un piano – « une vie ne suffi t pas à en faire le tour, c’est ça la beauté » –, des guitares et des percussions. Rappelons qu’il fut maître-tambour en République démocratique du Congo (RDC). Des piles de livres ornent aussi l’habitation de celui qui se considère à 72 ans comme un éternel étudiant, un humain en devenir. Sur son bureau veille la fi gure tutélaire de Grand Kallé, père de la musique congolaise moderne qui fi t danser l’Afrique avec sa rumba « Indépendance cha-cha » en 1960. Né « sous le signe du voyage » – sa mère lui a donné la vie dans la gare de Lufu-Toto, à l’ouest du pays –, Ray Lema est un aventurier, explorant en plus d’une vingtaine de disques de multiples territoires musicaux. Une quête qui le mena à diverses collaborations, de la transe gnawa marocaine aux voix bulgares, en passant par les sonorités brésiliennes. Transcendance, son nouvel album, est à l’image de son univers inclassable : il gravite autour du jazz pour y convier l’afrobeat, les fl ûtes pygmées, le rock, la rumba… Et raconter ses révoltes face aux injustices actuelles.
 
AM : Transcendance est à l’image de votre approche artistique, laquelle est affranchie des étiquettes… 
Ray Lema : Jusque-là, je marchais un peu sous la dictature des magasins de disques. Quand je suis arrivé en Europe, on m’a automatiquement classé dans le bac « World music ». Puis ils se sont plaints : il est un peu trop tordu ce musicien, sa musique n’est pas assez simple, on devrait plutôt le ranger dans « Jazz ». Ceux qui gèrent ma carrière m’ont alors suggéré d’être plus jazzy. J’ai fait cet effort, car j’aime aussi le jazz. Mais aujourd’hui, à 72 ans, je dis « Basta ! » et je mets tous mes amours sur la table. Je tombe facilement amoureux de musiques, de grands musiciens. Par exemple, j’adore le rock. Parce que je suis catalogué « World », je ne pourrais donc pas en faire ? Avec ce disque, je transcende toutes ces barrières. Si mes amours vous semblent coupables, illégaux, vous me direz !
 
Vous aimez citer Miles Davis : « Le jazz n’est pas une musique mais une attitude. » Quelle est cette posture selon vous ? 
La liberté. Quand on fait de la chanson, on n’est pas vraiment libre, il faut accompagner le « patron », le chanteur. Tout le monde est sur des rails. On ne change pas les arrangements en musique classique non plus. Mais en jazz, l’instrumentiste peut exécuter le même morceau très différemment, d’un concert à l’autre. Cette liberté est son essence. C’est ce que j’expérimente ici : il y a un peu de rumba, de musique pygmée, de rock… Cette phrase m’a permis de me sentir jazzman et de me présenter comme tel. Il faut voir en France le prix que l’on paie pour écouter un jazzman américain, par rapport à un Français. Celui-ci serait-il donc un sous-jazzman ? Alors, imaginez la considération envers un jazzman congolais ! Beaucoup de puristes estiment qu’il faut faire des accords tordus, et que c’est seulement là que l’on reconnaît un vrai jazzman ! Et puis, rappelons que le jazz est la rencontre des Noirs et des Blancs, qui a donné naissance à toutes ces harmonies. Ce n’est pas la musique des Noirs, elle n’est pas sortie comme ça d’Afrique. J’ai d’ailleurs essayé d’introduire certains accords dans les musiques africaines, et les Africains détestent ces dissonances jazz !
 
Miles Davis a aussi déclaré : « La véritable musique est le silence, et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence »... 
C’est magnifique, je l’adopte à 100 % ! Elle définit la philosophie de notre musique en Afrique centrale : l’art du leader, du maître-tambour, c’est de gérer les notes autant que les silences. Souvent, au sujet de mes disques jazzy, on me faisait la réflexion d’être en retrait, alors que c’était quand même un album de Ray Lema ! J’ai dû leur expliquer notre concept musical. Notre architecture rythmique, ce sont des superpositions de phrases, que l’on appelle des claves, jouées par des enfants, formant une roue qui tourne. Le maître-tambour, paradoxalement, est celui qui parle mais qui fait le moins de notes. Il donne des directions à cette roue lancée à toute vitesse et calcule les silences, qui donnent la trame, le lyrisme. Car si tu parles sans cesse, tu n’es pas lyrique. Chez nous, le leader n’est pas une vedette à l’américaine, un demidieu qui ferait le plus de notes possible alors que les autres musiciens seraient estampillés simples accompagnateurs.
 
Quelle est cette danse interne, cette transe qui vous habite quand vous jouez ?
C’est un héritage des musiques africaines en général. Les Occidentaux ont développé l’harmonie, les Africains, le rythme. Les deux forment la science de l’organisation vibratoire, avec simplement des octaves différentes. L’Occident a créé cet instrument extraordinaire, le piano, à partir duquel toutes les harmonies modernes sont conçues. Ils ont inventé les 12 demi-tons, cette coupure des notes en partie égale, qui n’existe pas dans la nature. Et à mon humble avis, c’est dans le jazz que cette science des harmonies à partir des demi-tons a atteint son summum. Nous, nous avons poussé l’organisation rythmique d’une société à son paroxysme. L’Afrique est immense, donc je parle ici du RD Congo, que j’ai étudié : le rythme est collectif, le village est structuré. Chacun a sa place et joue sa phrase rythmique avec la vitesse de son métabolisme, de son tempérament, et ces différentes pulsations s’ajoutent les unes aux autres. Ce qui n’est pas permis en Occident, où l’on compte le rythme de façon linéaire : un, deux, trois, quatre… En Afrique, personne ne fait ça !
 
Vous dédiez un titre éponyme à Fela Kuti, le père de l’afrobeat. Que représente-t-il pour vous ? 
Ce n’est pas mon premier morceau en son honneur. Ce grand Africain, inventeur d’un style basé sur les messages qu’il transmettait, m’a beaucoup impressionné. Je l’ai vu la première fois sur scène en 1977 à Lagos dans son club, le Shrine. Un terrible nuage de ganja occupait la pièce, tu étais stone sans avoir fumé. En caleçon, Fela chantait dans le micro de son saxophone. À mes côtés, nos deux géants de la musique congolaise, Franco et Tabu Ley Rochereau, étaient cloués sur place ! Plus tard, quand Fela fut emprisonné, je vivais à Paris, et nous avons créé un orchestre pour sa libération. Il est venu nous remercier, une fois libéré. J’étais sidéré par sa manière de parler dans la vie : on croyait entendre un British, rien à voir avec l’anglais de sa musique ! Il m’a dit : « Bien sûr, j’ai fait toute mon éducation à Londres. Quand je veux, je peux être comme un Blanc. Mais sur scène, en Afrique, j’ai moi-même créé et incarné ce personnage pour parler à mon peuple. » Cet artiste engagé au point d’aller en prison m’inspire un grand respect. Il me guide toujours.
 
En quoi son combat est-il toujours d’actualité ? 
Il n’y a qu’à regarder l’état actuel de notre continent : un grand foutoir. L’Occident a persuadé l’Africain que son problème est économique. Alors qu’il est culturel, il est dans nos têtes ! C’est ce que nous devons changer. Il faut apprendre à décoder tous ces messages que l’on nous a fourrés dans le crâne. Et pour ça, il faut que les Africains apprennent d’où ils viennent. Il y a deux ans, j’ai été le porte-parole de l’Unesco dans le cadre de son projet Histoire générale de l’Afrique. Je devais échanger avec les artistes pour convaincre les dirigeants africains de l’importance de cet enseignement. Le peuple doit désormais accéder à ces neuf volumes de 1 000 pages chacun, écrits par des historiens noirs, et se réapproprier leur histoire. Aujourd’hui, l’Afrique ne sait pas où elle est ni où elle va, parce qu’elle ne sait pas d’où elle vient. Mais comme le monde est devenu un micmac, avec ce rêve américain qui se propage, ces individus qui s’enrichissent à l’infini pendant que d’autres s’appauvrissent à l’infini, ils pensent que la richesse est une reconnaissance divine, un cadeau de Dieu, c’est leur compréhension de la Bible ! Mais ils ne parlent pas des laisséspour- compte. Puisque l’être humain a sans doute besoin d’aller dans le mur pour s’arrêter et comprendre les choses… Alors, allons-y, prenons-nous ce mur en pleine face.
 
Votre chanson « Le bout du chemin » raconte le parcours d’un immigré fuyant son pays, à qui l’on refuse l’accueil… 
L’immigration est un problème très présent dans notre environnement. Mais on n’entend pas les présidents de ces immigrants parler à ce sujet ! Pourtant, les chefs d’État occidentaux et africains en connaissent les causes. L’hypocrisie de la France me choque. Elle parle d’humanisme, mais accepte tous les investissements de ces présidents corrompus, qui ont volé l’argent à leur peuple. Les services secrets français savent au centime près ce qui provient d’Afrique. En plus, la monnaie de certains pays est fabriquée ici. S’il s’agissait de particuliers, la France serait un gros receleur ! Mais non, dans le cas des politiciens, c’est normal. Et l’on donne même l’impression d’aider l’Afrique en lui accordant des prêts, des aides… qui reviennent ensuite ici ! Ça ne dérange personne. Même si je ne raconte pas ça directement dans cette chanson, je voulais que l’on me pose une question à son sujet, comme vous le faites, pour soulever ce problème. Il y a eu une France courageuse, laquelle a beaucoup lutté pour les droits de l’homme. Pour ça, je suis très fier d’avoir la nationalité française. Au cours de son histoire, ce pays a connu des humanistes magnifiques qui ont inspiré le monde. Mais aujourd’hui, les politiques jouent le jeu de l’hypocrisie avec une maestria déconcertante…
 
À quoi se réfère le morceau « 3e bureau » ? 
C’est un homme qui se plaint de sa femme, qu’il appelle son 3e bureau, car elle est en train de lui soutirer de l’argent, de l’endetter… Moi je veux dire à chaque femme que l’on traite de « bureau » de tout faire pour spolier leur mec jusqu’à ce qu’il se retrouve en caleçon, tiens ! Non, mais c’est quoi ça ? Plusieurs pays africains ont adopté cette expression. C’est honteux, l’on trouve normal que les femmes africaines soient réduites à des bureaux, que l’on se réfère à elles comme à des objets sexuels qui ont juste le droit de se taire. On voit des femmes avec des perruques des plus extraordinaires pour tenter de séduire un homme qui leur donnerait de l’argent… Je suis très choqué, il est temps d’éduquer notre peuple, les femmes ont un autre rôle que celui-là !
 
« Kivu’s Blues » vous a été inspiré par cette région de l’est du RD Congo, où sévissent depuis plus de vingt ans des guerres, des massacres, des viols de femmes et d’enfants. Vous évoquez aussi le silence du monde à ce sujet…
Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 6 millions de morts au Kivu. Quelle autre partie du globe peut supporter un nombre pareil sans que la machine ne s’arrête pour que l’on en parle ? Il y a la Monusco [Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo, ndlr] la plus importante et la plus coûteuse du continent. Ça ne change strictement rien à la situation. Le président est incapable de diriger, son incompétence est connue de tous, ici et là-bas. Le gouvernement n’exploite pas les mines de coltan [minerai utilisé pour la fabrication d’appareils électroniques, ndlr], il vend des terrains aux Chinois, aux Américains, aux Français… Et tout le monde les exploite en employant des enfants congolais, qui creusent des mines, des couloirs, qui s’effondrent régulièrement et font des milliers de morts. Kinshasa, la capitale de ce pays qui possède le coltan, le manganèse, le cuivre, l’eau, la forêt, est l’une des capitales les plus sales au monde. Dès que tu sors des quartiers des gouvernants, des expatriés, c’est un champ de boue. Quand je l’ai quittée en 1979, on l’appelait « Kin la belle ». Aujourd’hui, les Kinois la nomment « Kin la poubelle ». Quand il pleut, des enfants portent les gens en costume pour traverser les rues, afin qu’ils ne se mouillent pas. As-tu déjà entendu parler d’un métier pareil ? Aujourd’hui, ça existe à Kinshasa. Il paraît qu’il y a un président là-bas… Qu’il parte et laisse le peuple tranquille. Parce que les multinationales ont besoin de nos minerais, il faudrait garder ce pays dans cet état ? C’est abject, inhumain. Il faut que l’Occident ait pitié de nous, qu’il relâche son étau. Les armes de ces groupes qui pillent et violent les femmes ne sont fabriquées ni au RD Congo ni en Afrique. Elles viennent d’Occident, qui par ailleurs a des satellites très performants pour suivre à la trace les personnes. Malgré ça, il ne voit pas les 6 millions de morts.
 
L’Afrique est assise sur une malle d’or et elle fait la manche, dites-vous… 
Oui. Encore une fois, notre problème n’est pas économique mais culturel. L’Africain est l’homme le plus facile à corrompre aujourd’hui. Tous ces dictateurs africains sont entourés d’une armée d’intellectuels, qui étudient ici, repartent avec des diplômes et commencent à mettre le pays en coupe réglée. Le dixième volume d’Histoire générale de l’Afrique est consacré aux diasporas africaines. Il raconte que ce ne sont pas les autres peuples qui sont venus prendre des gens pour les réduire en esclavage, mais que ce sont les Africains eux-mêmes qui ont collaboré avec des marchands. Il n’y avait pas de système de prisons. Si un enfant était jugé dangereux pour la communauté, on le vendait en esclavage à un autre peuple. C’est devenu une coutume de vendre allégrement tout ce qui dérangeait, à travers le monde. Actuellement, c’est la même logique. Les dirigeants africains ont vendu ceux qui étaient un peu trop intelligents, comprenaient un peu trop de choses. C’est ce qui se passe, avec cette immigration qui se retrouve coincée en Libye dans des camps, après une longue et pénible traversée du désert, tombant entre les mains des passeurs… C’est abominable, et c’est sur le sol africain, en 2018, pendant que les présidents se pavanent sur les réseaux sociaux avec leurs épouses.
 
Vous regrettez aussi cette méprise envers les musiques traditionnelles, qui ne sont plus transmises aux jeunes… 
Ça fait partie de notre problème culturel. Le modernisme musical en Afrique est arrivé au même moment que l’explosion du show-biz, inventé par les Américains. Le sens du concept est clair : le business du paraître. Et l’Afrique s’y est engouffrée ! La culture musicale américaine est d’une grande profondeur : ils ont les meilleurs orchestres symphoniques, de jazz, etc. Les grands musiciens sont célébrés. On ne les verra jamais dans un clip au bord d’une piscine avec une Maserati et des filles en bikini ! Mais l’Afrique a seulement perçu les paillettes de Beyoncé, et les transpose sur le continent, avec des musiques qui n’ont aucun lien avec la tradition. Les musiciens traditionnels sont en train de mourir dans l’anonymat, ne laissant aucun fichier audio ou vidéo à transmettre aux jeunes. Seuls quatre pays anglophones, le Ghana, le Kenya et un peu le Nigeria et l’Afrique du Sud, ont fait l’inventaire de leurs musiques traditionnelles pour les transcrire et les préserver. Dans la région du Sahel, il y a aussi un respect envers ces musiques, mais on ne les reporte pas pour les enseigner ensuite dans les écoles. En Afrique centrale, le peuple et les dirigeants appellent cela le folklore ! Elles sont amenées à disparaître, et on va se retrouver seulement avec le show-biz ! Je ne suis pas contre Beyoncé et les paillettes, mais il faut être conscient du plantage dans le sol. Nous avons un continent magnifique, des cultures très riches, avec des valeurs humaines très profondes. On ne peut pas jeter tout ça.
 
Vous avez justement étudié ces musiques. En 1974, le gouvernement vous confie le poste de directeur des musiques du Ballet national du Zaïre, nom d’alors du RD Congo…
Je suis parti à la découverte des musiques traditionnelles et de ses artistes, que je ramenais à Kinshasa. J’ai eu la chance de sillonner ce pays magnifique ! Quelle tristesse de le voir aujourd’hui bradé par Joseph Kabila et ses gouvernants. Le RD Congo est si vaste, avec cette forêt équatoriale… Cela devrait être une priorité de le faire connaître à ses habitants, car beaucoup l’ignorent. J’ai par la suite quitté ce poste car ils voulaient créer un opéra sur l’histoire de Mobutu et son parti, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). Du jour au lendemain, on m’a tout repris : voiture, maison, tout ! J’étais redevenu un indigent [rires]. Sur ces entrefaites, j’ai été invité par la Fondation Rockefeller aux États-Unis. Puis j’ai vécu en Belgique, avant de m’installer en France, et ne suis retourné au RD Congo que trente-cinq ans plus tard.
 
Quelle est la quête que vous poursuivez depuis votre entrée au séminaire, où vous avez appris la musique ? 
Adolescent, je voulais devenir prêtre. Depuis mon enfance, je suis fasciné par cet être que l’on appelle Dieu. Aujourd’hui, je suis toujours croyant, mais je n’ai pas de religion. Je posais souvent cette question au père recteur de ce séminaire chrétien catholique : d’après la Bible, si Dieu est omniscient, omnipotent et omniprésent, comment expliquez-vous l’existence de Satan ? C’est une erreur de Dieu ? Ou Satan est-il devenu si puissant que Dieu ne parvient plus à le calmer ? Ou Satan se cacherait-il là où Dieu n’est pas ? Mais puisqu’il est omniprésent… Ses trois qualités annihilent Satan. On ne peut donc pas parler de Satan si l’on parle de Dieu. Je reproche aussi aux religions de l’humaniser, ce serait un vieux monsieur, d’autres croient qu’il a créé un super jardin où il demeure, entouré de femmes. Il faut arrêter ce folklore ! Et l’on ne suppose pas que Dieu est une femme bien sûr, ce serait abominable pour certains ! Il faudrait dépasser cette manière de vivre la réalité divine, c’est la préhistoire de l’humanité. Puisqu’il est omniscient, omniprésent, omnipotent, il n’a pas besoin d’écrire des livres pour se faire connaître de nous. Nous sommes Lui. Ma quête n’en est plus une, et je n’ai pas besoin d’aller dans un temple : Dieu est partout.

 

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