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Transfert d’argent : WorldRemit joue les trouble-fêtes

Par Jean-Michel Meyer - Publié en
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Ismail Ahmed, fondateur de WorldRemit. ROMAIN BEURRIER/REA

Pionnier des envois de fonds en ligne, le britannique se renforce en Afrique en rachetant pour 500 millions de dollars Sendwave, autre concurrent des transferts 100 % numérique.

Attaquer par temps de crise. Un principe que la start-up fintech britannique WorldRemit suit à la lettre. Fondée en 2010 et figurant parmi les précurseurs du transfert d’argent à l’international 100 % online, l’entreprise finalise depuis la fin août le rachat, pour 500 millions de dollars, de Sendwave. L’opération doit aboutir avant la fin de l’année. La société de transfert de fonds, qui a vu le jour en 2014 en Tanzanie, permet à la diaspora et aux migrants en Amérique du Nord et en Europe d’envoyer des paiements instantanés à destination du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda, du Ghana, du Nigeria et du Sénégal. « Envoyer de l’argent par Sendwave est aussi simple que d’envoyer un SMS », insiste son PDG Will Fogel, qui continuera d’opérer de façon indépendante. Cette acquisition débouchera sur un nouvel ensemble qui devrait peser 1,5 milliard de dollars. WorldRemit, elle, dessert plus de 4 millions de clients, qui peuvent envoyer numériquement des fonds dans 90 devises et 150 pays. Le groupe est déjà présent au Nigeria, en Guinée, au Malawi, à Madagascar, au Mozambique et au Niger à travers des accords conclus avec les opérateurs locaux de téléphonie mobile. Avec cette opération, le britannique se renforce en Afrique et se pose en sérieux concurrent des géants Western Union et MoneyGram. « WorldRemit possède l’un des réseaux de transfert d’argent les plus larges et les plus accessibles au monde. En le combinant avec celui de Sendwave, qui offre des paiements instantanés, à bas frais et entièrement numérisés, nous répondons aux besoins des clients en matière de paiements numériques rapides et sécurisés, en particulier compte tenu des restrictions actuelles de voyage et de la tourmente économique », a justifié Breon Corcoran, le PDG de WorldRemit. Le patron de la start-up mise ainsi sur la forte progression des services bancaires numériques depuis l’apparition du coronavirus. « Après les fermetures des frontières, nous avons constaté une réelle accélération vers le numérique, avec un taux d’activation de nouveaux comptes qui a plus que doublé cette année », précise-t-il. La Banque mondiale a confirmé l’essor des opérations bancaires numériques en raison du Covid-19, mais tout en constatant qu’en 2020, les envois de fonds mondiaux chuteront de 20 %, à 445 milliards de dollars, après avoir atteint un record de 554 milliards de dollars en 2019. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ils devraient baisser de 19,6 % en 2020, à 47 milliards de dollars. Tandis que ceux vers l’Afrique subsaharienne déclineront de 23,1 % en 2020, pour atteindre 37 milliards de dollars, avant un redressement de 4 % attendu en 2021. Dans ce marché incertain, Breon Corcoran assure qu’il « continuera à rechercher des acquisitions ».