avril 2017
Classement

Ces villes qui montrent la voie

Par Estelle MAUSSION
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Certaines sont des pionnières. D’autres se sont fait remarquer plus récemment pour leur capacité à innover. Toutes ont apporté des solutions aux défis du développement urbain. Visite guidée de sept métropoles qui se distinguent dans notre classement.

Marrakech
 
Entre tradition et modernité
GRANDE GAGNANTE, la Ville rouge a su profiter de sa proximité avec l’Europe et de la généralisation des vols low cost au cours des années 2000 pour devenir la première destination touristique du Maroc (1,9 million de visiteurs en 2016). Malgré l’attentat du café Argana sur la place Jemaa el-Fna en 2011 et les soubresauts politiques liés au Printemps arabe, elle a conservé son attractivité.
 
Son développement est allé de pair avec l’organisation de grands événements internationaux, parmi lesquels le Festival international du film créé en 2001, le Forum mondial des droits de l’homme hébergé en 2014, la Conférence des parties sur le climat (COP 22) fin 2016. Cette émulation a généré un essor économique certain et profité aux habitants.
 
Elle a également encouragé le lancement, en 2014, d’un vaste projet urbain baptisé « Marrakech, cité du renouveau permanent », voulu par le roi Mohammed VI. Mobilisant des investissements de 6,3 milliards de dirhams (561 millions d’euros), ce programme s’articule autour de cinq composantes : l’intégration urbaine, la mobilité, la bonne gouvernance, le développement durable et le patrimoine culturel. Un budget de 2,25 milliards de dirhams a notamment été alloué pour la création de structures sociales (dont deux hôpitaux publics) et pour des projets au profit des quartiers défavorisés.
 
Côté infrastructures, le plan prévoit, entre autres, l’extension de l’aéroport, l’ouverture d’une ligne de bus circulant en site propre, la construction d’un tunnel pour désengorger la ville, la réalisation d’un grand parc, l’aménagement de circuits touristiques dans la Médina et sa réhabilitation. Pas mal pour une cité d’environ 1 million d’âmes. Maire de Marrakech de 2009 à 2015, Fatima-Zahra Mansouri a initié ce mouvement. Membre du Parti authenticité et modernité (PAM), elle a aussi mis l’accent sur la mixité sociale, en développant les logements sociaux et en réhabilitant les bidonvilles.
 
Depuis septembre 2015, c’est Mohamed Larbi Belcaid, élu sous les couleurs du Parti de la justice et du développement (PJD), parti islamiste, qui l’a remplacée. Il a promis de s’attaquer à la corruption et affirmé qu’il n’était pas là pour « fermer les bars ». Une manière de rassurer hôteliers et restaurateurs. Malgré sa couleur politique, le maire s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs : renforcer la vocation touristique de la ville et ses actions environnementales. ❐ Christelle Marot
 
Johannesburg
 
L’as du marketing urbain
AVEC PLUS DE 4 millions d’habitants, « Joburg » ou « Jozi », comme l’appellent affectueusement ses habitants, est l’une des villes les plus modernes d’Afrique. Et elle ne ménage pas ses efforts pour figurer parmi les métropoles internationales qui comptent, comme en témoigne son slogan : « A world class African city ». Exemple d’équipement de pointe : le Gautrain, train express mis en service en 2010, qui relie Johannesburg – notamment l’aéroport O.R. Tambo, le plus important du continent pour le trafic passagers – à Pretoria, la capitale d’Afrique du Sud.
 
« Jozi » entend attirer toujours plus d’hommes d’affaires, de congressistes et de touristes. Ville hôte de la septième édition d’Africités en 2016 (sommet des élus locaux africains), elle a aussi organisé la Coupe du monde de football en 2010. Pour ce faire, elle s’appuie sur un outil de marketing urbain, le Joburg Innovation and Knowledge Exchange (Jike), qui facilite l’accueil des délégations étrangères. Après la réhabilitation du centre-ville et du township de Soweto, ce sont les Soweto Towers, entre autres, qui vont connaître une cure de jouvence. Érigées en 1951 pour compléter le système de refroidissement de la centrale électrique attenante, elles seront relookées par JCDecaux, leader mondial de la publicité extérieure, et Vodacom, géant des télécoms. La transformation de la tour Ouest est en cours : les oeuvres qui la recouvrent sont le fruit de la participation du grand public sous la forme d’un concours dont les gagnants – issus de Soweto, Eldorado Park et Pretoria – ont collaboré avec des artistes de renommée mondiale. ❐ C. M.
 
Alexandrie
 
Active malgré tout
LA PERFORMANCE DE LA DEUXIÈME ville d’Égypte, troisième de notre classement général, a de quoi surprendre. De la même manière, en 2015, la réussite du Caire, distinguée métropole la plus attractive d’Afrique par le cabinet PwC, avait étonné. Les deux cités, qui pâtissent des difficultés économiques du pays, figurent aussi parmi les plus polluées du continent. La baie d’Alexandrie est même asphyxiée. Conçu pour relancer le tourisme, le projet de construction d’un musée subaquatique à 7 mètres de profondeur – permettant d’admirer les vestiges antiques – risque fort de se heurter à un écueil de taille : la transparence de l’eau.
 
Les activités industrielles et portuaires, la démographie galopante de cette agglomération de plus de 4 millions d’habitants et l’extension du parc automobile et des transports pèsent lourdement sur l’environnement et la physionomie urbaine. La gestion des déchets et des eaux usées est un défi quotidien. Toutes ces difficultés sont contrebalancées par plusieurs facteurs : le relatif maintien d’une activité touristique, l’héritage d’infrastructures datant de l’époque coloniale (dont le tramway) et la présence massive de bailleurs de fonds internationaux qui financent des projets, en particulier urbains et dans le domaine du développement durable.
 
Ainsi, Alexandrie est signataire de l’initiative Horizon 2020 – soutenue notamment par la Banque mondiale et l’Union européenne – qui vise à dépolluer la Méditerranée. Dans ce cadre, la ville bénéficie de financements pour aider les entreprises de sa zone industrielle à réduire leur pollution. Côté transport, Alexandrie mise sur la modernisation du Tram Raml, dit « tramway bleu », pour résoudre les problèmes de congestion routière. ❐ C. M.
 
Dakar
 
Plus de transparence et de mobilité
LES BONS SCORES DE LA VILLE dans les items gouvernance et infrastructures satisferont sans doute Khalifa Sall. L’édile de la capitale sénégalaise est un adepte de la « transparence », partageant inlassablement les budgets annuels et les décisions prises en conseil municipal sur les réseaux sociaux. Depuis 2009, il a engagé une « politique de redistribution de l’espace public », visant notamment les marchands ambulants qui « entravent la mobilité urbaine ». Le centre commercial Félix Eboué, à la lisière du centre-ville, a été conçu pour eux : inauguré en mars 2016, il est doté de près de 3 000 espaces individuels de vente.
 
Malgré un taux d’occupation encore modeste (moins de 50 %), l’édifice a déjà permis le désengorgement de l’avenue Georges Pompidou et surtout du rond-point Sandaga. D’autres investissements ont été réalisés pour améliorer la circulation : l’installation de feux de signalisation (pour un coût de 2 milliards de francs CFA), la réhabilitation de centaines de kilomètres de voirie ou encore l’amélioration de l’éclairage public via l’installation de plusieurs milliers de « points lumineux ». La ville a aussi mis l’accent sur l’éducation, tout particulièrement dans les écoles primaires : soutien nutritionnel pour tous les enfants, dons de deux uniformes par élève et par an, prévention en matière de santé (vision, audition, hygiène bucco-dentaire). Du travail de proximité. En revanche, malgré un régime foncier dynamique, le développement spatial est encore mal maîtrisé. L’habitat informel occuperait plus de 30 % des superficies habitées de Grand Dakar. En cause, notamment, le manque de communication entre la municipalité et la Direction générale des impôts et des domaines, responsable de la délivrance des titres de propriété. ❐ Julien Wagner
 
Libreville kényane
 
Enfin bénéficiaire !
VINGTIÈME AU CLASSEMENT général, la capitale gabonaise se distingue par son bon score en matière de gouvernance, ce qui peut étonner. Le maire de la ville de 2007 à 2014, Jean-François Ntoutoume Emane, n’a pas laissé de bons souvenirs en la matière. Il s’était octroyé un salaire de plus de 30 000 euros par mois et avait laissé la ville criblée de dettes. Toutefois, depuis l’arrivée de son successeur, Rose Christiane Ossouka Raponda, un changement a eu lieu. Un « audit social » réalisé après son élection a notamment pointé les effectifs pléthoriques (près de 2 500 salariés pour 70 % des dépenses de la municipalité).
 
Alors que le budget municipal 2014 accusait un solde déficitaire de 774 millions de francs CFA, celui de 2015 a affiché un bénéfice de 8,7 milliards de francs CFA, résultat de la mise en place d’un « véritable système de gestion », selon l’actuelle municipalité, mais aussi d’un sérieux coup de pouce de l’État.
 
La capitale gabonaise peut désormais envisager la nouvelle loi sur la décentralisation adoptée en 2016 avec sérénité. Elle devrait lui permettre d’agir en priorité sur des points faibles bien connus : le manque de logements sociaux, un accès à l’eau potable et à l’électricité loin d’être universel, une gestion des déchets mal maîtrisée et la faiblesse des transports en commun. ❐ J.W.
 
Nairobi
 
Une « smart city » aux grands défis
STAR DE L’AFRIQUE de l’Est, la capitale du Kenya a été identifiée comme l’une des deux cités d’Afrique subsaharienne (avec Addis-Abeba) capable d’atteindre le statut de « développée » dans les vingt ans (d’après le cabinet A.T. Kearney). En 2015, Ernst & Young la classait à la 4e position en termes d’attractivité pour les investisseurs, derrière Johannesburg, Le Cap et Lagos.
 
Pionnière du mobile banking, Nairobi vient d’accueillir le NexTech Africa, grand-messe high-tech organisée par Microsoft. Sans oublier des pôles d’innovation comme la future ville de Konza, la « Silicon Savannah », qui doit voir le jour cette année à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Métropole de 4,2 millions d’habitants, elle est aussi un hub régional sur le plan aérien (Emirates ouvre une troisième rotation quotidienne Dubaï-Nairobi à partir de juin) et commercial (grâce à son intégration dans la Comesa, le marché commun de l’Afrique orientale et australe).
 
Reste l’envers du décor, comme en témoigne son résultat moyen dans notre classement. L’essor urbain est anarchique, marqué par la multiplication des bidonvilles, dont celui de Kibera, l’un des plus grands du continent. L’approvisionnement en eau relève du casse-tête, comme l’a rappelé une coupure quasi générale de deux jours en septembre dernier.
 
Les projets d’aménagement sont bien vite dépassés par la croissance démographique: prévu depuis vingt ans, l’aqueduc souterrain devant alimenter la capitale en eau potable ne sortira de terre que l’an prochain. Mais, on sait d’ores et déjà qu’il ne suffira pas à couvrir les besoins de la ville. ❐ Estelle Maussion
 
Port Louis
 
Un petit paradis ?
TRANQUILLE CITÉ de 150 000 habitants, elle est la capitale d’une île qualifiée de paradis fiscal, premier pays africain du classement « Doing Business » de la Banque mondiale. Mais Maurice vit aussi du tourisme (1,2 million de visiteurs en 2016, autant que la population du pays) et des exportations de sucre et de textile. Port Louis a su profiter de ces mannes tout en ayant conscience de ses limites.
 
Coincée entre une chaîne montagneuse et la mer, elle s’est dotée, dès les années 2000, d’un schéma directeur pour organiser son développement autour du port. Gares de bus en entrée de ville, immeubles de bureaux en centre-ville, zones résidentielles en périphérie et activité croissante : un dynamisme qui explique sa 4e place dans notre classement. Sauf qu’aujourd’hui, la ville étouffe.
 
Pour y remédier, les autorités veulent créer deux gares et des rues piétonnières, réguler l’activité des marchands ambulants, et même délocaliser les activités administratives au centre de l’île, un projet d’« Heritage City » venu de Dubaï. Mais le modèle visé est plutôt Singapour, affirment les dirigeants locaux. En attendant, un questionnaire en ligne a été mis en place pour recueillir l’avis des citoyens sur tous ces projets urbains, qui font largement débat. ❐ E.M.
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