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Covid-19

Les chantiers de l’Afrique d’après

Par Cédric Gouverneur - Publié en décembre 2020
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Le pont de liaison entre l’île Victoria et le quartier d’Ikoyi, à Lagos. SHUTTERSTOCK

Un peu plus de 40 000 décès pour 1,3 milliard d’habitants. Face à l’épidémie, le continent paraît, pour le moment, relativement épargné. Reste que la crise impacte sévèrement les économies, les échanges et les sociétés. 2020 sera la première année de récession depuis un quart de siècle. Et la pauvreté va regagner du terrain. Quelles pourraient être les voies d’une relance solide, inclusive, durable et créatrice d’emplois ?

Un front à surveiller

​​​​​​​Depuis l’apparition des premiers cas en Égypte en février, le Covid-19 a touché plus de 1,6 million d’Africains (sur 1,3 milliard) et en a tué environ 40 000. C’est relativement peu : le continent, avec 17 % de la population du globe, ne représente que 3,7 % des cas et 2,6 % des décès. Force est de constater que les pays affrontent bien la pandémie, compte tenu de leurs faibles indices de développement humain (IDH). En proportion du nombre d’habitants, la maladie a tué vingt fois moins d’Africains que d’Américains ! Plusieurs facteurs expliquent ces bons chiffres. Échaudés par les hécatombes qui ont endeuillé l’Europe, les États africains ont, dès mars, pris des mesures drastiques (couvre-feu, confinement, quarantaine des villes…). Accoutumés aux épidémies – et notamment à la très contagieuse Ebola –, les habitants ont adopté sans trop sourciller les gestes barrières. Aussi, la jeunesse de la population africaine, dont l’âge médian n’atteint pas 20 ans, restreint mathématiquement la morbidité d’un virus dont les victimes ont, dans leur écrasante majorité, plus de 65 ans. Crier victoire demeure cependant prématuré : tout comme l’Europe, l’Afrique du Nord affronte une deuxième vague. La Tunisie, qui avait levé cet été la plupart des restrictions, est désormais frappée par un millier de nouvelles contaminations quotidiennes et a restauré début octobre les couvre-feux urbains. Et l’Afrique de l’Ouest doit prendre garde à l’harmattan, cet alizé continental qui va souffler jusqu’en février prochain : le docteur Brice Bicaba, responsable du centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires au Burkina Faso, a indiqué sur Radio France internationale (RFI) que ce vent chaud et sec chargé de poussières « assèche et fragilise les muqueuses » et favorise donc les infections respiratoires…

26 à 40 millions de nouveaux indigents

Cruel paradoxe : les conséquences économiques de la pandémie pourraient abréger davantage de vies sur le continent que le virus lui-même. En effet, selon le rapport Africa’s Pulse : Tracer la voie de la relance économique de la Banque mondiale (BM), publié le 8 octobre – et disponible en ligne sur worldbank.org –, les impacts de la pandémie sur l’activité économique vont faire basculer entre 26 et 40 millions de personnes dans l’extrême pauvreté (c’est-à-dire subsister avec l’équivalent de 1 000 francs CFA par jour, soit 1,90 dollar). Avec tout ce que cela implique en matière de logement, de nutrition, d’accès aux soins, à l’éducation, de perspectives, d’exposition à la criminalité et à l’extrémisme… Filets de sécurité pour moult ménages, les transferts d’argent de la diaspora, qui peuvent constituer une part non négligeable du produit intérieur brut (15 % en Gambie, 10 % au Sénégal, 5,5 % au Mali, 21 % au Lesotho…), devraient chuter d’environ 20 % du fait de la chute de l’activité dans les pays d’accueil (Europe, Golfe, Afrique du Sud…). Au Maroc, près de la moitié (44 %) des familles modestes déclare n’avoir reçu aucun revenu pendant le confinement. La Banque mondiale estime que la pandémie met en péril « une décennie de progrès économique » sur le continent et annihile « cinq années de lutte contre l’extrême pauvreté ». La récession pour 2020 est estimée à 3,3 % de contraction du PIB, à comparer avec une croissance de 2,4 % en 2019. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les investissements directs étrangers devraient diminuer de 20 à 40 %. Vingt-huit pays se sont vus accorder un moratoire quant au paiement de leur dette pour cette sombre année. Droite dans ses bottes, Moody’s Corporation, agence de notation financière américaine, a en conséquence dégradé les « notes » de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Cameroun et de l’Éthiopie : à l’avenir, ces quatre États devront payer plus cher pour emprunter…

Première récession depuis une génération

Voilà donc la première récession en Afrique depuis un quart de siècle. Au deuxième trimestre 2020, durant ces mornes mois d’avril, mai et juin, où la plupart des pays se sont confinés – à l’exception notable du Bénin –, le recul de l’activité a atteint jusqu’à 17,1 % en Afrique du Sud et 6,1 % au Nigeria. Dans ces deux pays, la récession pour 2020 devrait respectivement atteindre 7,2 % et 4,1 %. Après un tel plongeon, l’économie africaine devrait connaître, en 2021, un rebond de 2,1 %. Cette croissance sera inégale selon les sous-régions : 2,7 % en Afrique de l’Est et australe, mais seulement 1,4 % en Afrique de l’Ouest et centrale. Pourquoi un tel écart ? Selon la BM, l’Afrique de l’Ouest et centrale demeurera plombée par le redémarrage poussif du poids lourd nigérian, qui paye sa trop forte dépendance au pétrole avec une croissance en 2021 quasiment nulle (0,3 %) : sans le Nigeria, la croissance de la sous-région serait en effet de 3 % ! La Côte d’Ivoire résiste solidement à la crise et devrait connaître en 2021 la croissance la plus élevée du continent : 8,7 %. À noter que ces perspectives constituent ce que la BM qualifie d’« hypothèse haute », dans le cas où un ou plusieurs vaccins sont élaborés début 2021. Si la panacée vaccinale se fait attendre jusqu’à fin 2021, la reprise en serait d’autant retardée, et le tableau s’assombrirait : l’hypothèse basse se traduirait par une morne croissance de 1,2 % en Afrique subsaharienne (dont 0,5 % en Afrique de l’Ouest et centrale, et 1,9 % en Afrique de l’Est et australe). La situation n’est guère mieux en Afrique du Nord : la Tunisie devrait dévisser en 2020 de 9,2 %, l’Algérie de 6,7 % et le Maroc de 6,3 % selon le rapport de la BM du 19 octobre, Commercer ensemble : vers une relance de l’intégration de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’ère post-COVID. Les trois pays devraient cependant connaître une « croissance en V » en 2021, en atteignant respectivement 5,9 %, 4,1 % et 3,4 %. L’ardoise sera astronomique : le FMI estime les besoins de financement de l’Afrique à 1 200 milliards de dollars jusqu’en 2023 !

Pérenniser les mesures sociales innovantes

Face à la crise, 46 pays africains sur 54 ont pris des mesures afin de protéger les plus vulnérables, et notamment les travailleurs du secteur informel, pour lesquels l’interruption de l’activité équivaut à une perte de revenus, sans indemnité… La Côte d’Ivoire a adopté un plan de soutien de son économie de 1 700 milliards de francs CFA (2,6 milliards d’euros), équivalent à 5 % de son PIB. Le Togo a opté pour un dispositif original : le versement par paiement mobile pendant le confinement (d’avril à juin) d’une aide de 12 250 francs CFA mensuels (18,60 euros) à un demi-million de citoyens (sur 8,6 millions). La ministre de l’Économie numérique et de la Transformation digitale, Cina Lawson, dit réfléchir à une pérennisation de ce « revenu universel de solidarité », financé par l’État, l’Agence française de développement (AFD) et des fonds privés. Au Kenya, l’ONG américaine GiveDirectly a – comme son nom l’indique – versé directement 30 dollars par mois à 15 700 personnes. L’Afrique du Sud réfléchit également à un tel dispositif. Économiste à la Banque mondiale, Ugo Gentilini estime que « l’on dispose de preuves solides que les gens utilisent cet argent de façon avisée et productive ». Quant aux prix Nobel d’économie 2019 Esther Duflo et Abhijit Banerjee, ils recommandent le déploiement dans les pays pauvres de mesures sociales afin de « couvrir les SHUTTERSTOCK besoins vitaux ». Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, le Portugais Antonio Guterres, a lui aussi évoqué, en juillet, la possibilité d’« un revenu universel de base ». La crise fait progresser sur le continent cette idée, en définitive moins coûteuse – dans le cas du Togo, 11,3 milliards de francs CFA (17,2 millions d’euros) distribués – que les impacts sociétaux du dénuement extrême [voir interview d’Olivier Vallée ci-contre].

Des colosses aux pieds d’argile

Preuve en sont les drames économiques et sociaux endurés par deux colosses aux pieds d’argile du continent. Championne continentale des inégalités, déjà en récession avant l’apparition du virus, l’Afrique du Sud dévisse. D’indécents scandales de corruption liés à la gestion de la crise sanitaire augurent d’une crise politique d’ampleur dans un pays à bout de nerfs, où le virus a tué plus de 15 000 personnes, où les forces de l’ordre ont imposé le confinement à coups de trique et où la criminalité explose… Du côté du Nigeria, la police réprime à balles réelles des manifestations contre… les violences policières. Des habitants exaspérés pillent des entrepôts gouvernementaux, dans lesquels moisissent des denrées alimentaires jamais distribuées… La Banque mondiale note que « les pays fragiles vont subir un déclin économique plus fort », car le Covid-19 « exacerbe les facteurs d’inégalités ». Le cas nigérian illustre très bien l’une des leçons à tirer de cette crise économico-sanitaire : la monodépendance est un handicap. Les pays les plus impactés sont ceux où une seule ressource, un seul secteur phagocyte l’économie nationale. Ainsi, le cours de l’or noir – déjà relativement bas avant la pandémie – a plongé, jusqu’à devenir fin avril virtuellement négatif sur les marchés ! Les exportateurs de métaux, eux, pâtissent à la fois de l’effondrement de la demande chinoise – l’Empire du Milieu totalisant la moitié des achats de métaux dans le monde – et de la fermeture sanitaire des mines, où la promiscuité démultiplie la contagion (près d’un demi-million de mineurs au chômage en Afrique du Sud). À partir des mois de juillet et août, ces exportateurs ont néanmoins bénéficié de la reprise chinoise, comme de la fermeture des mines en Amérique du Sud, atteinte à son tour par la pandémie. Mais les pays au secteur touristique hypertrophié ont souffert presque autant que les exportateurs de brut : au Cap-Vert, à l’Île Maurice, aux Seychelles, l’assèchement soudain du flot des vacanciers dépensiers interroge quant à la fragilité d’une manne que l’on s’imaginait intarissable.

Se prémunir des chocs macroéconomiques

A contrario, les économies davantage diversifiées sont moins impactées. Et les importateurs nets de carburants ont indirectement bénéficié de l’effondrement des cours. Aussi, la Banque mondiale note que « les pays dotés d’institutions fortes ont moins souffert ». Forte de ces constats, elle identifie plusieurs vecteurs afin de favoriser une croissance solide et inclusive, qui permettrait de créer des emplois durables. Mais attention : rien ne s’accomplira sans détermination politique. « La voie vers le rétablissement sera longue et escarpée » et « doit être pavée de politiques économiques solides », écrit-elle dans ses conclusions. Un rétablissement soutenu dépendra de la promptitude des États africains à donner la priorité aux politiques et aux investissements répondant au défi d’une croissance inclusive et créatrice d’emploi. La BM propose d’« orienter les ressources » vers des secteurs « moins volatils », comme l’économie numérique. À l’occasion de la crise sanitaire, « un quart des entreprises du continent » ont ainsi accéléré leur mutation numérique, bricolant des solutions afin de poursuivre leurs activités malgré les mesures de distanciation sociale. Les institutions étatiques ont aussi pu continuer à fonctionner, malgré la limitation des contacts avec le public. La Banque mondiale insiste sur la nécessité pour les pays d’étendre leurs infrastructures numériques. L’impact sur l’économie est quantifiable : au Sénégal, les zones où a été déployée la 3G ont vu la consommation des ménages grimper de 14 %. Et au Nigeria, on observe une meilleure productivité agricole dans les zones rurales couvertes par Internet. Rendre la connexion Web abordable, fiable et universelle augmente la productivité des entreprises, créé des opportunités de marchés, des emplois qualifiés et non- qualifiés, met en relation directe producteurs et consommateurs, et rend plus transparente la chaîne logistique. La Banque mondiale cite aussi l’exemple d’un cheptel namibien, identifié et « tracé » sur smartphones, au grand bénéfice des éleveurs. L’acquisition de « compétences numériques » pourrait ainsi « prévenir l’exclusion de segments de la population déjà marginalisée », notamment dans les zones reculées. Le numérique peut aussi contribuer à une meilleure perception des impôts, en identifiant les contribuables, en diminuant les coûts, et en limitant la fraude, l’évasion et la corruption. Au Togo, depuis un an déjà, les grandes et moyennes entreprises ont l’obligation de déclarer et de payer leurs impôts en ligne. Face au succès du revenu d’appoint pour le secteur informel pendant le confinement, la ministre Cina Lawson souhaite « que chaque citoyen dispose d’une identité biométrique, d’un téléphone portable et d’un compte bancaire mobile ». Le chantier est de taille. Dans son rapport sur la situation en Afrique du Nord du 19 octobre, la BM déplore « une connexion Internet de piètre qualité avec des solutions de paiement électroniques inexistantes », et insiste sur la nécessité d’établir au Maghreb « un marché numérique commun » pour améliorer la productivité.

Le complexe portuaire Tanger Med (Maroc). La crise sanitaire doit pousser les pays du Maghreb à fortement accentuer leur intégration économique. DR

Développer le commerce interafricain

Autre piste : développer le commerce entre les pays. En Afrique de l’Est, le commerce interrégional a ainsi permis de limiter la casse au second trimestre 2020 : « Paradoxalement, étant donné le pessimisme dominant concernant les perspectives du commerce global, le Kenya a expérimenté une amélioration significative de ses exportations, couplé à une modération de ses importations », écrivent Anthony Mveyange et Andrew Mold dans le rapport de la Brookings Institution, The Impact of the Covid-19 Crisis on Trade : Recent Evidence from East Africa, publié en juillet dernier. Les producteurs kenyans, qui se plaignaient régulièrement de la concurrence des produits chinois à bas prix, ont profité de la paralysie de l’Empire du Milieu : le deuxième producteur mondial de thé juste après la Chine a comblé le vide laissé par la déconfiture de son principal concurrent, exportant un record de 58 000 tonnes de thé en avril 2020 (contre 38 000 tonnes en avril 2019), et convertissant en avions-cargos les gros-porteurs de Kenya Airways cloués au sol faute de passagers ! En mai 2020, les importations du pays ont chuté de 15 %, tandis que les exportations augmentaient de 4,7 % par rapport à mai 2019, offrant même au pays une balance commerciale positive. Importateur net de carburants, le Kenya a également bénéficié de la chute des cours de l’or noir. Pour Anthony Mveyange et Andrew Mold, « le défi est désormais de pérenniser cette opportunité ». Selon eux, concrétiser la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) permettrait « le renforcement du commerce interafricain ». Avec seulement « 2,4 % du commerce international réalisé entre les États membres » de la toute théorique Union du Maghreb arabe, l’Afrique du Nord constitue sur ce point un contre-exemple : « Les investisseurs sont découragés par les barrières douanières et réglementaires servant des intérêts locaux à courte vue », sabre Blanca Moreno-Dodson, responsable du rapport de la Banque mondiale du 19 octobre et directrice du Centre pour l’intégration en Méditerranée. Cette crise, conclut-elle, constitue « une excellente opportunité » pour les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord de « repenser leurs politiques économiques et sociales et renforcer l’intégration commerciale tout en réduisant », pour certains, « leur dépendance à l’égard du pétrole ».

S’adresser au consommateur

Avec la crise, « la prime à la diversification de l’économie est renforcée », constate Luc Rigouzzo, cofondateur en 2011 d’Amethis, gestionnaire de fonds d’investissement présent dans plus de 20 pays du continent : « Nous investissons dans des entreprises familiales, qui fournissent des biens et des services. Pendant la pandémie, les entreprises ont continué leurs activités dans la santé, les technologies, la distribution. Le secteur industriel est à 90 % de son activité d’avant la pandémie. Seuls les secteurs liés à la demande extérieure (européenne, chinoise…) ont été mis à l’arrêt : pétrole, tourisme, aérien… La clé de la survie réside alors dans la trésorerie, et l’absence ou non d’endettement. Notez cependant que la capacité de résistance de l’Afrique s’est révélée supérieure à celle de l’Europe : la plupart des pays du continent demeurent en croissance ! J’estime que les États aux économies diversifiées vont retrouver une croissance de qualité dès 2021, 2022, avec un effet rebond et une courbe en V. D’autant que la baisse des cours du pétrole se traduit par une dépense énergétique moins élevée. Les pays qui s’avèrent – une fois de plus – trop dépendants des exportations de matières premières se trouvent davantage en difficulté : on ne peut diversifier une économie en quelques mois… »

« Transformer les produits avant exportation » permettrait de « réduire la dépendance » et « constituerait un tournant décisif », note la BM. Le continent doit passer « de l’exportation de matières premières à une plus grande valeur ajoutée et à une chaîne de valeur inter africaine ». C’est ce que s’efforce par exemple d’accomplir le conglomérat Dangote au Nigeria, à travers sa méga-raffinerie de Lekki. Quasiment achevée, la mise en œuvre du projet s’est vue retarder par la pandémie. « L’une des leçons à tirer de cette crise est qu’il faut régionaliser la chaîne d’approvisionnement, et moins dépendre de l’Asie », insiste Luc Rigouzzo. « L’Europe et l’Afrique vont davantage importer depuis l’Afrique. Certains pays vont avoir une carte à jouer. Le Maroc, par exemple, premier exportateur de voitures du continent. La croissance africaine, c’est le continent : il faut s’adresser au consommateur africain. »

Reste que les recommandations de la BM suscitent une certaine méfiance : l’institution de Bretton Woods, gardienne de l’orthodoxie libérale, a pu lourdement se tromper par le passé, mais n’est guère réputée pour sa capacité de remise en question. Dans les années 1980 et 1990, ses plans d’ajustement structurel, imposés aux États en échange de l’accès au crédit, ont conduit à des cures d’austérité, à la privatisation des marchés publics et à une libéralisation commerciale et financière qui ont, globalement, fragilisé les populations les plus vulnérables, affaibli la capacité productive des pays et dévasté leur tissu de PME. La libéralisation des marchés de capitaux a largement contribué à répandre en 2008 une autre pandémie : celle de la crise financière mondiale, consécutive à la faillite de Lehman Brothers. 

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