avril 2015

RÉUNIONITE AIGUË

Par Emmanuelle PONTIÉ
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Je ne dirais pas que les réunions sont inutiles. Bien au contraire. Lorsqu’elles ont un objet précis, sont circonscrites dans le temps, font avancer un projet, un système, un Schmilblick. Mais avez-vous remarqué la tournure totalement hystérique, voire détournée, qu’elles peuvent prendre dans les boîtes et administrations africaines ? Héritage probable d’une culture de palabre sous le manguier, où chacun est censé s’exprimer en prenant le maximum de temps, en se perdant souvent en détails infinis, elles sont la plupart du temps interminables. Et les personnes qui y participent semblent se complaire avec ravissement dans l’exercice. Essayez par exemple de faire avancer le traitement d’un dossier dans un ministère… Réponse la plus fréquente : « Ah, je ne pourrai pas m’en occuper avant la semaine prochaine. Là, nous avons des réunions importantes à préparer. » Essayez encore de rencontrer une personne après sa réunion… Résultat, elle ne finit jamais et le portable de l’intéressé reste hermétiquement verrouillé jusque tard dans la nuit. Certains conclaves valent le coup, of course. Et leurs membres y bossent vraiment. Mais bien souvent, la réunionite aiguë est une maladie très pratique pour tout le monde. Et une bonne excuse pour ne pas traiter les affaires en cours. Un genre de pause obligée, où l’on peut se couper du monde. Voire finir la journée en douce au maquis ou dans les bras de son deuxième bureau, en étant officiellement retenu au travail.

Autre souci corollaire : la plupart de ces grandes plages de bla-bla sont-elles vraiment fructueuses ? Professionnellement, je veux dire. Certaines décisions simples se diluent dans une foule d’interventions très compliquées de tout le monde. « On pourrait faire comme ci, ou comme ça. » On parle parfois pendant des heures de la couleur des parapluies à distribuer lors d’une intervention sur une tribune en plein air, ou du modèle du minibus à mobiliser pour transporter les groupes de chants d’accueil. Ou encore de choisir ou non une couverture à spirale pour le rapport que l’on doit produire dans un mois…

Souvenir d’une réunion rapide et efficace menée à Ouaga sur l’organisation d’un concours de beauté. Une dame en bout de table, toute dépitée que la séance ait été bouclée en une heure, lance à l’assemblée, déjà en train de ranger ses crayons : « Mais alors, c’est fini ? On n’a même pas vraiment palabré ! C’est pas normal… » Ben oui, Madame. On a juste travaillé. Avancé. Bouclé l’affaire. Ce qui, somme toute, au risque de décevoir les travailleurs rêveurs, est bien le but de toute « réunion », non ?

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