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Interview

Sonia Le Gouriellec :
« Les Ethiopiens trouveront une solution à laquelle nous ne nous attendions pas »

Par Cédric Gouverneur - Publié en décembre 2020
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Le premier ministre éthiopien et prix Nobel de la paix 2019, Abiy Ahmed, a déclaré le 28 novembre la fin officielle des combats au Tigray séparatiste. Mais rien n’est réglé, explique à Afrique Magazine la spécialiste de la Corne de l’Afrique, Sonia Le Gouriellec. Maîtresse de conférences à l’Université catholique de Lille, elle est notamment l’auteure de « Djibouti : la diplomatie de géant d’un petit État » (publié en mars 2020 aux Presses universitaires du Septentrion). Le parti tigréen TPLF vient certes de perdre la guerre conventionnelle, mais c’est un redoutable spécialiste de la guérilla. La population éthiopienne semble avoir approuvé l’intervention contre le parti de la minorité tigréenne (6% des 110 millions d’habitants), qui a dominé le pays pendant trente ans jusqu’à sa mise à l’écart par Abiy Ahmed. Mais l’escalade militaire menace l’existence même de l’Etat central.

​​​​​​​Le Prix Nobel attribué à Abiy Ahmed en octobre 2019 paraît loin. Avez-vous été surprise par ce prix, puis surprise par cet embrasement ?

Non, à l’époque je n’avais pas été surprise par ce choix. J’avais même tendance à défendre la position du Comité Nobel. En effet, il me semblait injuste de critiquer ce prix alors même que Barack Obama l’avait reçu sans aucun résultat à son actif en dehors de son élection. On peut critiquer l’application de l’accord de paix mais le Prix Nobel récompensait le rapprochement et le processus de paix entre deux pays en guerre froide depuis près de vingt ans. Néanmoins, il ne fallait pas lire cette récompense comme un blanc-seing pour mener comme il l’entendait la transition ouverte depuis quelques années en Éthiopie. Il faut aller au-delà des analyses sur « un prix Nobel de la paix qui part en guerre », il faut s’intéresser aux racines profondes du conflit. Dans ce bras de fer avec le Tigray, le Premier ministre Abiy avait deux options devant lui : dialoguer et reconnaître le gouvernement du Tigray comme entité autonome et égale tout en créant un précédent qu’auraient pu faire valoir d’autres régions, ou rétablir par la force la loi et l’ordre fédéral au risque d’en payer un coûteux prix politique. La deuxième option a été retenue, mais cette escalade militaire fait craindre pour l’existence même de l’État éthiopien.

Aux troubles dans la région Oromia s’ajoute désormais le conflit au Tigray. L’Ethiopie risque-t-elle, cette fois, de véritablement imploser ?

La phase critique du conflit semble passée. Mais la victoire militaire d’Abiy n’est pas une victoire politique. Le problème n’est pas résolu : le conflit trouve ses racines dans l’histoire constitutionnelle du pays, et il pourrait dessiner les contours de son avenir proche, voire de son destin. L’intervention du pouvoir fédéral a finalement été plutôt soutenue par le reste de la population, qui garde beaucoup de rancœur contre les anciens caciques tigréens du régime. Certains disent même que cette intervention militaire a participé à renforcer l’unité éthiopienne, le reste du pays étant demeuré relativement calme.

Comment la formule fédérale peut-elle être améliorée ?

C’est la question historique de la politique éthiopienne : le pays doit-il être un Etat fédéral ou un Etat unitaire ? La question a été tranchée au début des années 1990 avec une nouvelle Constitution instaurant un Etat fédéral ethnique, dont les Tigréens sont les initiateurs. Néanmoins, on peut se demander si, entre 1994 et aujourd’hui, l’Ethiopie n’était pas un Etat fédéral que de nom, dirigé en fait par une coalition elle-même entièrement dominée par la minorité tigréenne et le TPLF (Front de Libération du peuple du Tigray, ndlr). Je ne peux pas dire ce qu’il faudrait améliorer, mais je peux soulever des questions. Le gouvernement fédéral n’aurait peut-être pas à intervenir dans les États où les forces de sécurité seraient seulement limitées à une police traditionnelle. Mais certains gouvernements de région sont à la tête de véritables forces armées. Par exemple, l'État du Tigray compterait 250 000 miliciens et forces spéciales. Dans un tel contexte, une intervention fédérale se transforme inévitablement en une guerre civile… Enfin, si des contestations sont apparues depuis 2015, c’est parce que, lorsque la coalition EPRDF* était au pouvoir, l’Ethiopie a connu un véritable boom économique. Mais les Droits humains n’étaient pas respectés, les gouvernements régionaux étaient peu démocratiques, et les retombées économiques ne touchaient pas la grande majorité de la population. Il faut également se pencher sur ces problématiques.

Comment Abiy Ahmed peut-il rassembler les Ethiopiens autour d’une identité supranationale ?

Faut-il unir autour d’une identité supranationale et est-on sûr qu’elle n’existe plus vraiment ? Je n'en suis pas certaine. En tout cas, c’est l’objectif d’Abiy et ce qu’il a tenté de faire en créant en 2019 le Parti de la Prospérité, qui devait dépasser les clivages ethniques, accroitre les pouvoirs du gouvernement fédéral et minimiser ceux des régions. Le paysage politique voit donc actuellement s’affronter les unionistes, les ethnofédéralistes et les fédéralistes. Chacun a une lecture différente de la Constitution de 1994. Le Premier ministre défend une lecture unioniste du système. Sa philosophie « Medemer » (un mot amharique qui se traduit littéralement par « addition » ou « rassemblement ») renvoie à une telle lecture. Il promeut une vision unitaire qui s’est traduite par la dissolution de plusieurs partis ethniques, ainsi que celle de la coalition alors au pouvoir et la création du Parti de la Prospérité. Cette approche est critique par rapport au fédéralisme et s’inquiète de l’instrumentalisation des identités ethniques. Une partie de l’élite politique - essentiellement amhara - s’y rattache et souhaite abolir le système fédéral au profit d'un système unitaire.

Ironie de l’histoire, en défendant cette lecture, Abiy se rapproche de celle de son voisin érythréen. En effet, au moment de son indépendance en 1993, l’Érythrée a développé un système en opposition totale avec celui défendu par Meles Zenawi en Éthiopie : construction d'un État jacobin, monopartisme, instauration du libéralisme économique pour l'Érythrée ; fédéralisme ethnique, décentralisation avec une économie laissant large place à la tutelle étatique, pour l'Éthiopie.

Cette lecture unitaire s’oppose à celle des ethnofédéralistes, dont les Tigréens sont les initiateurs. Ils tiennent des discours nationalistes et prêchent pour une autonomie régionale forte, voire la sécession pour les plus radicaux. Ils ont une vision d’une "politique à somme nulle". Enfin, les fédéralistes, plus modérés et moins visibles actuellement, développent une vision d’un fédéralisme multinational, qui soit respectueux de la diversité ethnique du pays. Aux facteurs idéologiques s’ajoutent ainsi des facteurs identitaires et économiques.

Comment expliquer cette volonté séparatiste du TPLF ?

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abiy, il y a eu de nombreux points de désaccord entre le gouvernement fédéral et les dirigeants du Tigray. La création du Parti de la Prospérité par Abiy en 2019 a été une tentative de dépasser les partis ou mouvements ethniques qui existaient au sein de la coalition EPRDF, pour faire une formation unique. Le TPLF a rejeté cette initiative et s’est marginalisé en choisissant de rester le parti représentant la région Tigray et la minorité tigréenne.

Il faut garder en tête que l’Ethiopie a toujours été tiraillée par ces conflits entre centres et périphéries. Je veux croire que les Ethiopiens, comme ils l’ont souvent fait, trouveront une solution à laquelle nous ne nous attendions pas. Le conflit est survenu car le dialogue était interrompu. Auparavant, les tensions se sont exacerbées lorsque le Conseil de la fédération à Addis Abeba a décidé de suspendre le budget alloué au gouvernement de l'État du Tigray et de contourner le gouvernement de l'État-région. De son côté, le gouvernement du Tigray a fait part de son intention de conserver pour lui les impôts fédéraux perçus dans l'État-région. Abiy a peut-être calmé les velléités des autres régions pour un temps en montrant la force dont il disposait, mais la crise institutionnelle persiste.

Le Dr Debretsion Gebremichael Measho, chef du TPLF. @ ITU/ R. Farrell

Officiellement, les combats sont terminés. Mais le TPLF est coutumier de la guérilla : le conflit peut-il s’enliser ?

Compte tenu de l’hostilité entre le pouvoir central et les dirigeants du Tigray, une résolution pacifique semble difficilement imaginable. Abiy a finalement atteint assez vite ses objectifs militaires, mais les Tigréens ont effectivement une expérience de la guerre non conventionnelle qui date de leur lutte contre Mengistu. Il semble qu’il soit plus facile de conquérir le territoire du Tigray, comme vient de le faire Abiy, que de le conserver avec des habitants hostiles. On a toujours très peu d’informations sur la situation sur place, mais il est possible que le TPLF lance une guérilla depuis les zones rurales montagneuses si ses capacités n’ont pas été totalement détruites par la guerre conventionnelle qu’ils viennent de perdre. Le TPLF n’est pas mort, et il n’est pas certain que le gouvernement fédéral puisse totalement maitriser les nouveaux dirigeants du parti régional.

Pouvez-vous nous présenter Debretsion Gebremichael, le chef du TPLF ?

Debretsion Gebremichael est un Tigréen, chrétien orthodoxe, et il dirige le Front populaire de Libération du Tigré (Tigray People's Liberation Front, TPLF). C’est un ancien membre de la guérilla qui a combattu le régime de Mengistu. Il a interrompu ses études à l'Université d'Addis-Abeba pour rejoindre le TPLF et mener la lutte auprès de l’ancien Premier ministre Meles Zenawi. Après leur victoire, il a été ministre dans la coalition EPRDF, dominée par le TPLF. Abiy et Debretsion se connaissent, et il se dit que ce dernier espérait être nommé Premier ministre lorsque qu’Abiy a obtenu le poste en 2018… Mais Abiy a obtenu 108 des 169 votes, contre seulement 2 pour Debretsion. Cette déconvenue a marqué la fin de sa carrière politique au niveau fédéral : il s’est retiré sur ses terres tigréennes, où son influence s’est accrue. Il ne semblait pas avoir tenu rigueur à Abiy, puisqu’il s’était déclaré pour la pacification des relations avec l’Erythrée. Les dissensions sont apparues lorsque qu’Abiy a dissous la coalition pour créer le Prosperity Party, présenté comme non ethnique et ayant l’ambition d’unir le pays. Le TPLF a refusé d'adhérer, ne partageant pas la même vision politique et souhaitant protéger le fédéralisme ethnique qu’il a lui-même promu en 1994. Le dialogue semble aujourd’hui complètement rompu entre les deux hommes.

Début novembre, un massacre de centaines de civils tigréens, amhara et wolkaït aurait eu pour racines un conflit agraire entre ces communautés (entre autres, des terres attribuées par le TPLF à ses partisans…) : ces problèmes de terres sont-ils une source de tension à travers tout le pays ?

La terre a toujours été une source de tension en Ethiopie, voire l’origine de révolutions. Par exemple, le conflit foncier entre Tigréens et Amharas date de la période de l’empereur Hailé Sélassié (1892-1975).

Début décembre, des forces progouvernementales  ont tiré sur des personnels des Nations Unies. Les autorités ont assumé cet acte, avec un discours souverainiste. Il y a-t-il un risque de fuite en avant, d’isolement de ce pays très à part en Afrique ?

Depuis le début des années 1990, la communauté internationale soutient le pouvoir éthiopien, d’abord dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, voyant dans ce pays pivot de la Corne de l’Afrique une puissance régionale essentielle pour mener un tel combat. Ce parti pris explique notamment la non-résolution du conflit frontalier qui a opposé l’Éthiopie à l’Érythrée, entre 1998 et 2000. Pendant dix-huit ans en effet, l’Éthiopie de Meles a refusé de se conformer au droit international face à un régime Érythréen qui estimait lui aussi pouvoir transformer son pays en un bastion totalitaire. De la même manière que Meles Zenawi l'avait été, Abiy Ahmed fut fortement soutenu à l’extérieur, dans une ferveur sans doute disproportionnée et qui explique très certainement la prudence des déclarations et des appels à la négociation des grandes puissances et des organisations internationales.

Il faudra voir comment la gouvernance d’Abiy évolue, mais le discours souverainiste est audible et tenu depuis très longtemps en Ethiopie par les différents dirigeants. Ils n’ont cessé de rappeler que leur pays n’a jamais été colonisé et qu’il n’a pas de leçon à recevoir des autres. La politique étrangère éthiopienne a été particulièrement ingénieuse de ce point de vue. Et en se rendant indispensable dans la région, voire sur le continent  - rappelons que l’Ethiopie est le premier contributeur en Casque bleus de l’ONU - Meles Zenawi et ses successeurs ont pu faire diminuer la pression de démocratisation des États occidentaux et des institutions internationales. Les réactions face à l’intervention militaire au Tigray n’ont pas été fortes et sont arrivées assez tardivement, principalement en réaction à la situation humanitaire et aux risques de déstabilisation au niveau régional. De plus, Abiy et son gouvernement ont fait une véritable campagne de communication pour expliquer cette intervention, qualifiée d’ « opération de maintien de l’ordre ». Elle a reçu l’approbation de pratiquement tous les voisins régionaux. Il sera difficile d’isoler une puissance régionale et continentale. Mais il faudra observer l’évolution interne de la transition débutée depuis 2012.

Le TPLF a fait tirer sur la capitale érythréenne, Asmara : cette crise peut-elle constituer une opportunité de rapprochement pour l’Ethiopie avec le rival érythréen ? A l’inverse, l’afflux de réfugiés au Soudan ne risque-t-il pas d’aliéner Khartoum (dont Addis a besoin dans son contentieux avec Le Caire autour du méga barrage GERD)

C’est déjà le cas depuis le processus de pacification entamé en 2018 et qui a valu le Prix Nobel à Abiy. L’invitation d’Abiy au président érythréen Issayas pour visiter Mekele en octobre a été d’ailleurs vécue comme une provocation par les dirigeants du Tigray. Côté tigréen, le rapprochement entre Abiy et Issayas a créé beaucoup de ressentiment.

La guerre au Tigray s’est déroulée sans image. Il est difficile de mesurer l’implication érythréenne dans le conflit. Le TPLF ne cesse de dénoncer l’implication de l’armée érythréenne et, à plusieurs reprises, la capitale Asmara a été la cible d’attaques du Tigray. Les projets de rapprochement entre l’Éthiopie et l’Érythrée, de développement de nouveaux corridors d’accès à la mer, ont besoin d’un Tigray coopératif. Cela semble donc exclure le maintien au pouvoir au Tigray des dirigeants du TPLF, qui avaient mené la guerre contre l’Érythrée en 1998 et 2000.

On ne peut comprendre le conflit au Tigray sans avoir en tête l’histoire des trente ans de guerre de libération de l’Érythrée, la guerre Éthiopie-Érythrée de 1998-2000, les années de sanctions du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, contre l’Érythrée. Ce qui se déroule est la revanche de l’Érythrée d’Issayas Aferworki. Il risque d’être le grand vainqueur du conflit, bien qu’on ne puisse mesurer la puissance interne du régime. Si le dessein d’Issayas est de devenir un acteur politique régional, il est parvenu à devenir un allié d’Abiy, à marginaliser l’IGAD*, et à se rapprocher du président somalien.

Le positionnement du Soudan est à surveiller car ces derniers mois, la politique étrangère de Khartoum a beaucoup évolué, passant d’une alliance avec l’Iran, la Turquie et le Qatar à une alliance avec les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les États-Unis. Un choix que le gouvernement doit justifier auprès de ses citoyens alors qu'il héberge également une base militaire turque et, bientôt, des installations militaires russes. Les relations sont plus ambiguës avec l’Égypte. Le Soudan essaie de garder de bonnes relations avec l’Égypte et l’Éthiopie. Cet équilibre sera difficile à maintenir. Le Soudan est en conflit frontalier avec les deux pays : avec l’Égypte dans le triangle Halayeb et avec l'Éthiopie sur le triangle fertile de Fashqa. Le plus gros différend entre l’Éthiopie et le Soudan reste le grand barrage éthiopien de la Renaissance (GERD). D’aucuns imaginent un rapprochement du TPLF avec l’Égypte pour saboter le projet. Il faut garder en tête qu’une telle action semble peu probable. Le GERD est un projet tigréen, et Abiy ne se l’est approprié que très récemment.

* EPRDF : Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien. Coalition de mouvements de guérilla victorieuse en 1991, composée du TPLF tigréen, du Parti démocratique amhara (ADP), du Parti démocratique oromo (ODP) et du Mouvement démocratique des peuples du Sud de l’Ethiopie (SEPDM). L’EPRDF a été dissoute le 1er décembre 2019 pour faire place au Parti de la Prospérité d’Abiy Ahmed (ndlr)

* IGAD : Autorité intergouvernementale pour le développement (Ethiopie, Djibouti, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Kenya et Ouganda). L’Erythrée n’est plus membre de cette organisation depuis 2007 (ndlr).

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