juin 2017
Le rendez-vous

Alain Taïeb, président du groupe Mobilitas

Par Emmanuelle PONTIÉ
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Rendez-vous pris en après-midi dans le havre de verdure qu’offre la Closerie des Lilas, institution qui accueille le Paris littéraire et « arty » depuis 1847.
 
Comme tous les vrais patrons, Alain Taïeb, 62 ans, est très ponctuel. Nous n’avons qu’une heure. Après la séance photo, la conversation s’engage, autour d’un café et un jus de fruit, avec le président de Mobilitas, géant tricolore du déménagement, du relocating, et depuis peu, de l’archivage. Le groupe, qui réalise autour de 40 % de son chiffre d’affaires sur le continent, compte 4 500 salariés dans le monde. Alain Taïeb parle d’abord d’une histoire de famille. Naissance en Tunisie avec ses trois frères et soeurs, dans une famille de Français pieds-noirs, dont le père est numéro 2 de la Centrale électrique de Tunis. Puis, départ pour la France au moment de l’Indépendance en 1967.
 
« Cela s’est très bien passé, raconte-t-il. En douceur. Un de mes oncles, professeur à Strasbourg, s’est occupé de notre “relocating”, même si le concept n’existait pas encore à l’époque ! » Son père retrouve du travail, emmène sa famille à Paris, dirige la société de son frère dans le transport et décide, enfin, de créer sa propre entreprise en 1974, AGS. Alain, lui, a 21 ans. Passionné de mathématiques et de physique, il fait des études d’ingénieur, se marie et part en 1977 en coopération à Douala comme professeur durant deux ans. C’est le coup de foudre pour le pays, sa géographie, sa population…
 
De retour en France, il exerce le métier d’ingénieur pendant deux ans, avant d’intégrer l’entreprise familiale et de travailler main dans la main avec son père. Petit à petit, il gagne en autonomie et devient directeur général. Son père restera président jusqu’à sa mort en 2001. AGS grandit, absorbe d’autres marques, comme Les Déménageurs bretons, leader du déménagement en France, Démépool et Archives Systèmes. La holding Mobilitas est créée en 2000 pour rassembler toutes ces activités : elle détient aujourd’hui une trentaine de sociétés en France, dont AGS bien sûr, très connue des expatriés, et des filiales dans 98 pays, dont la moitié en Afrique.
 
C’est le père d’Alain qui entame cette ouverture à l’international dans les années 1980. Lancée dans les DOM-TOM, elle se poursuit en Europe, de la Grande- Bretagne jusqu’en Ukraine. « On a développé l’ADN international de l’entreprise dans des environnements difficiles, ce qui a contribué à construire notre savoir-faire. On était capable d’aller partout, dans des régions organisées comme dans des zones plus olé olé », se souvient le patron de Mobilitas.
 
Pour l’Afrique, c’est d’abord en Côte d’Ivoire en 1993, en raison de son environnement culturel et juridique francophone et de la forte demande d’expats, que la société a installé une filiale. Puis, très vite, le Sénégal, le Mali et les pays anglophones comme le Nigeria et le Ghana ont suivi. Progressivement, l’offre de déménagement s’assortit d’un nouveau métier qui a le vent en poupe aux États-Unis : le relocating.
 
Il s’agit, en marge du déménagement d’un cadre à l’étranger, de lui proposer tout ce qui doit accompagner son départ et son installation : gérer l’appartement qu’il laisse, lui en trouver un à destination, ainsi qu’une école pour ses enfants, jusqu’à la hotline dédiée en cas de panique sur place…
 
Actuellement, c’est une offre souscrite par les grandes entreprises à un tarif compris entre 1 000 et 20 000 euros, selon les prestations. Dernière corde à l’arc de la société familiale : l’archivage. Des données historiques d’une société, d’une administration, mais aussi de documents rares, tous formats, comme une partie des manuscrits de Tombouctou, récemment numérisés pour le Mali.
 
« C’est une fierté d’avoir fait cela, affirme Alain Taïeb. Nous avons aussi par exemple scanné le tissu d’un sarcophage qui enveloppait un pharaon noir afin de le protéger et de le faire connaître à tous. En parallèle, nous formons localement des jeunes aux métiers de l’archivage et de la numérisation. »
 
Une dernière question sur l’Afrique et son avenir ? « Il faut y investir à long terme, reprend-il. Attendre que ça aille mieux, ne jamais partir quand ça va mal. C’est la seule région du monde qui a une croissance potentielle aussi importante. Et dans tous les domaines : population, économie, communication, etc. Bien sûr, actuellement, avec la chute des prix des matières premières et la montée des terrorismes, c’est la première fois, en vingt-cinq ans, que l’on assiste à un tel concert général de fausses notes… Alors en attendant, on travaille un peu plus en Afrique de l’Est, qui résiste mieux… »
 
Investir sur le long terme, donc, et pour les générations futures aussi, puisque Alain prépare la 3e génération Taïeb, en la personne du fils de sa soeur, Cédric Castro, 42 ans – ses quatre enfants étant encore jeunes.
 
« C’est lui qui prend le manche et il le prend bien ! », lance-t-il avant de nous quitter, tout sourire. Un dernier regard sur le lieu : « Ici, c’était mon adresse favorite de jeune célibataire, vous savez ! Je crois me souvenir de bons tournedos, avec un peu de foie gras dessus… »
 
Une autre fois, avec plaisir !
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