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Au-delà des cultures

Par Emmanuelle Pontié - Publié en juillet 2022
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Le 24 juin, un véritable séisme pour des millions de femmes s’est produit aux États-Unis : l’arrêt Roe vs Wade, qui autorisait l’avortement depuis 1973, a été révoqué. Dorénavant, chaque État pourra choisir de l’interdire ou non. Sept États ont décidé dans les jours qui ont suivi de priver les femmes de ce droit. Et une vingtaine d’autres devraient suivre. Pour des millions d’Américaines, c’est un retentissant retour en arrière. Depuis, des manifestations et des inquiétudes grandissantes en Europe et en Occident s’enchaînent ou montent.

Ailleurs dans le monde, et en particulier en Afrique, l’émotion est moins grande. En effet, à part en Tunisie, au Mozambique, en Afrique du Sud, au Cap-Vert, et très récemment au Bénin, l’IVG est interdite par la loi. La loi «officielle », coutumière, religieuse, culturelle, sociale… Certains pays, comme le Gabon ou la Côte d’Ivoire, ont réussi à assouplir un peu la règle, en autorisant l’avortement thérapeutique pour le premier, ou en cas de viol ou d’inceste pour le second. Mais globalement, le sujet agite des démons, qui vont de l’autonomisation des femmes à la mise en péril de la descendance.

Dans certaines régions où l’inceste, le viol et le violent rejet des filles-mères sont une réalité quotidienne, les femmes sont confrontées à un mur « culturélo-religieux » ancestral infranchissable. L’objet n’est pas ici d’ouvrir le débat sur les pro ou anti-IVG, sur les justifications des opinions de X ou Y, bref, sur une question particulièrement épineuse et complexe en Afrique. Mais nous souhaitons rappeler quelques chiffres, capables de donner à penser. Car évidemment, que l’on soit pour ou contre, 6,2 millions d’avortements clandestins ont lieu chaque année en Afrique subsaharienne. Et malheureusement, 44 % des femmes qui meurent dans le monde des suites d’un avortement à risque sont africaines. Un total de 300 000 femmes en moyenne par an.

Elles ont recours à des méthodes épouvantables, en solitaire, ou encouragées et facturées par des « cliniques de rue ». Hormis celles qui décèdent, la plupart des rescapées finissent leur vie avec un utérus perforé, des hémorragies et des infections à répétition. Et deviennent souvent définitivement stériles. Alors, peut-être faudrait-il peu à peu considérer cette triste réalité comme un moyen de faire bouger le curseur, et appréhender aussi la question inévitable de l’avortement comme un problème majeur de santé publique. Au-delà des cultures…

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