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Edito

Dans 3600 jours ou presque

Par Zyad Limam - Publié en février 2021

Il va falloir apprendre à vivre avec le Covid19, à l’affaiblir progressivement, avant de pouvoir le ratatiner. Le seul chemin possible pour mener cette bataille, pour vaincre, c’est la vaccination. Et la vaccination pour tous. Il ne suffira pas de protéger les riches, les États-Unis, l’Europe, une partie de l’Asie pour s’en sortir. Il faudra vacciner toute la planète. Vacciner près de 8 milliards d’humains. Un effort homérique, la tâche d’une génération. On ne parle pas de générosité, d’une main tendue des nantis vers les pauvres et les moins pauvres du monde. On parle d’une sauvegarde commune, d’une nécessité. Un virus à l’état endémique ou épidémique « au Sud » ne permettra pas un retour à la normale global. Les variants pourront proliférer ici ou là, s’infiltrer d’une manière ou d’une autre derrière les forteresses sanitaires, l’équilibre politique et social des nations non vaccinées deviendra intenable. L’économie, le commerce international resteront durablement affaiblis.

Le coût de cette « opération monde » sera nettement moins élevé que le gouffre financier abyssal qu’entraînerait une « épidémie longue ». Mais pour se donner une chance, il faudrait penser autrement, sortir des logiques du capitalisme classique, et du chacun pour soi. Il faudra s’organiser pour produire 8 à 10 milliards de doses « rapidement », en utilisant tous les vaccins possibles et reconnus, en délocalisant progressivement les centres de production, en associant là où c’est possible des industriels locaux, en sortant de la logique des monopoles et de la propriété intellectuelle. Je sais ce que cette approche a d’idéaliste, et même d’irréaliste. Mais le Covid-19 (et ses futurs descendants…) nous met face à notre communauté d’êtres humains, il nous rassemble par sa férocité, il nous rassemble au-delà des frontières, des langues, de la couleur de la peau, de la puissance des uns et de la faiblesse des autres. Le Covid n’a pas de limites. Et les vaccins devraient être considérés comme un bien commun de l’humanité.

Cette bataille sera forcément africaine aussi. Malgré sa jeunesse, le continent reste menacé. Il faudra progressivement protéger plus de 1 milliard de personnes. Au-delà de la disponibilité des vaccins, des accords avec les uns et les autres, avec la Chine ou les grands laboratoires pharmaceutiques, les États, la société civile, les entreprises devront se montrer à la hauteur du défi [voir notre article pages 52-59] pour mobiliser les peuples.

Le Covid-19 n’est pas notre seul problème existentiel. Le changement climatique, le développement durable, la définition d’un nouveau modèle de production sont toujours l’urgence majeure. Nous avons, disons, dix ans devant nous (c’est ce que pensent la plupart des spécialistes) pour changer de cap, si ce n’est pas déjà presque trop tard. 3 600 jours, ce n’est pas grand-chose à l’échelle du temps immémorial… Et pour emprunter un nouveau chemin, s’assurer que notre écosystème reste viable pour notre humanité. Là aussi, il s’agit avant tout d’une prise de conscience de la menace « collective ». Le réchauffement de la planète ne connaîtra pas de frontières et nous sommes tous impliqués. Changer de système pourrait sembler hors de portée de notre humanité égoïste. On peut pourtant y croire. Les générations montantes se mobilisent. Les efforts de chacun jouent, comme la créativité et la mobilisation d’acteurs majeurs plus structurés. Des États, des entrepreneurs, des inventeurs, la société civile s’impliquent. Et même le capitalisme. Wall Street accorde aujourd’hui des primes au « green business », perçu comme le chemin de l’avenir, des futurs méga-profits de demain.

Sur ce domaine aussi, l’Afrique a un rôle clé à jouer. Elle n’a pas le capital (pas pour le moment), mais elle a des ressources naturelles, elle a un climat, elle a surtout de l’énergie, des jeunes avec des idées, qui ne veulent pas grandir dans un monde à l’agonie. Aux élites de mettre la question du développement durable à l’avant-garde de l’émergence.

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