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Édito

Dividende Démographique

Par Zyad Limam - Publié en décembre 2021
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En 2100, c’est-à-dire dans un peu plus de soixante-dix ans, ce qui n’est pas grand-chose à l’échelle de l’histoire humaine, et ce qui n’est pas si loin pour les enfants qui naissent aujourd’hui, 40 % des Terriens seront africains. À cet horizon, nous serons alors aux alentours de 4 milliards (dont 3 milliards pour l’Afrique subsaharienne à elle seule) pour une population globale de 8 à 9 milliards d’habitants.

Le Nigeria aura près de 700 millions de résidents. Et le Niger aux alentours de 200 millions ! L’Afrique sera alors, avec le Moyen-Orient, une exception, toutes les autres régions du monde voyant leur population diminuer ou se stabiliser. La Chine pourrait revenir à 1 milliard d’habitants (moins que sa population de 2021). Certains pays, comme le Japon ou la Russie, l’Italie et même l’Espagne, pourraient perdre 40 % à 50 % de leur population. Les États-Uniens seraient alors un peu plus de 400 millions dans un pays fortement métissé avec une minorité « blanche ».

Ces chiffres, et leurs implications stupéfiantes sur la marche du monde, sur les équilibres politiques et sociaux internes sont à prendre avec précaution. Ils sont basés sur des modèles mathématiques. Et 2100 reste un horizon très lointain, toutes sortes d’événements politiques, sanitaires, climatiques pourraient intervenir.

Mais la tendance de fond est là, au moins sur le moyen terme, sur une ou deux générations à venir. C’est la puissance de « l’inertie démographique ». Sans se projeter jusqu’à 2100, l’Afrique va devoir absorber une formidable poussée démographique. Même si la fécondité baisse et les taux de mortalité également, le continent pourrait compter en 2050 entre 1,6 et 2 milliards d’habitants. Dont l’immense majorité sera jeune, très jeune. Un véritable choc qui n’est pas encore suffisamment dans notre débat public. Sauf pour s’écharper sur les questions religieuses ou sur la question hautement taboue du contrôle des naissances.

Pourtant, la question démographique est au cœur des enjeux africains. La limitation des naissances est la pierre angulaire des scénarios positifs et de la théorie du « dividende démographique ». Quand la fécondité chute rapidement dans un pays, la part des très jeunes diminue fortement, sans que la part des personnes âgées n’augmente sensiblement au début. Par contre, la population d’âge actif augmente nettement, offrant une opportunité de développement économique : création d’un marché de consommateurs, emplois… Cette fenêtre ne dure qu’un temps, quelques décennies. Lorsque la population vieillit à nouveau, la fenêtre se ferme progressivement, faute d’un nombre de nouveaux actifs suffisants et avec le poids des gens âgés…

Mais pour que cette opération magique fonctionne, il faut aussi et surtout créer des emplois, des potentialités pour cet afflux de jeunes. Il faut de la croissance et des économies en marche. Il faut former également ces cohortes de nouveaux travailleurs. Sinon, les actifs rejoignent le rang des chômeurs et de la précarité informelle, entraînant une situation sociale explosive…

Le chemin vertueux du dividende démographique (croissance, opportunités, contrôle des naissances), c’est le parcours que la Chine a vécu. Au Brésil, en Argentine, en Amérique latine, d’une manière générale, faute d’emplois suffisants et de créativité économique, le « dividende » fonctionne nettement moins bien.

Pour nous, Africains, les choix sont limpides. Quoi qu’en disent les théoriciens de la population nombreuse, pour qu’il y ait un futur jouable, notre nombre doit se stabiliser, les naissances doivent baisser, nous devons nous orienter vers des familles nucléaires à quatre ou cinq. Et les énergies doivent toutes tendre vers le développement économique et l’imagination de nouveaux modèles.

D’ici là, je vous souhaite à toutes et tous une année 2022 plus paisible, d’être pleinement vaccinés, énergiques et actifs au cœur du monde.

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