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Parcours

Jhonel
Les mots pour dire les maux

Par Astrid Krivian - Publié en juin 2021
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« Je veux que la société prenne conscience qu’elle est la main-forte du changement.  LE RÊVE AFRICAIN

Le slameur et poète nigérien, Jhonel a choisi le pouvoir de la parole pour revendiquer la justice sociale et éveiller les consciences. Armé de son phrasé éloquent et de ses images fortes, il égrène ses mots au rythme de sa révolte.

L es mots pour dire les maux. Cette célèbre formule figure bien l’art oratoire de Jhonel, qui scande en musique ses textes conscients, engagés, dénonçant les fléaux de la société. D’aucuns le considèrent slameur, lui se présente comme « fils de la parole », inspiré par la pratique des conteurs et des griots. « Dans notre culture, basée sur la littérature orale, la parole a une force. Hélas, cette tradition s’éteint à petit feu. On se dirige vers la marche du grand monde, mais en rompant avec nos valeurs, nos coutumes, notre identité », regrette l’artiste.

À la différence des louanges et des hauts faits racontés par la tradition griotique, son verbe est un outil de révolte pour dépeindre les injustices sociales, éveiller les consciences, porter la voix des opprimés. Né en 1984 au Niger, cet « enfant du voyageur » a grandi entre son pays natal et la Côte d’Ivoire, où ses parents commerçants ont émigré. Dans son premier recueil de poésies Niamey, cour commune (L’Harmattan, 2014), celui qui, adolescent, slamait déjà avec ses amis, raconte son enfance au sein d’une famille élargie, levant le tabou sur la polygamie : « Je décris la tristesse de ces conditions de vie difficiles pour les femmes et les enfants, l’injustice permanente. »

Après un premier album, Assalam Aleykoum, réalisé au Mali en 2010, il met le cap sur la France en 2013 et crée un spectacle voix-percussions avec le batteur Jean-Luc Bernard. Avec sa verve éloquente, il sillonne l’Hexagone lors d’une tournée en 2016, puis les États-Unis, au sein d’universités, en 2017. Par ailleurs, Jhonel fonde Fish Goni, un festival de slam, d’humour et de colloques dédié aux enjeux de développement, à Niamey. L’édition 2019 était consacrée à l’inclusion des personnes en situation de handicap. Une question à laquelle le griot moderne est particulièrement sensible : enfant, il a profondément été marqué par les discriminations auxquelles sa tante, frappée de mutisme, devaient faire face. Que ce soit en français ou en zarma, l’une des langues du Niger, sa plume indignée manie habilement l’ironie. Dans « Ils ne sont que des pauvres », morceau pétri d’outrance et de sarcasme, et titre de son deuxième recueil, il singe un homme politique cynique, véreux. « Je veux que la société prenne conscience qu’elle est la main-forte du changement, si elle se lève, refuse de se laisser manipuler, combat sa pauvreté. » La clé pour une société plus égalitaire ? L’éducation. « C’est un droit. » Vent debout contre la corruption des puissants – « Ma conscience n’est pas à vendre », martèle-t-il –, il met également le citoyen face à ses contradictions, comme dans la chanson « 1 000 poèmes », où les mots sont les miroirs d’une vérité difficile à affronter. Son leitmotiv « La porte ne peut s’ouvrir de l’extérieur / Mais seulement de l’intérieur ! » invite à incarner soi-même le changement, avant de l’exiger du monde.

Partisan du panafricanisme, il plaide pour une Afrique unie et forte. « Nos dirigeants doivent répondre à ces questions : comment faire profiter aux populations des richesses du continent ? Transformer nos matières premières chez nous ? On peut échanger avec l’autre, mais selon un accord gagnant-gagnant. Ce n’est pas le cas actuellement, donc on ne peut pas se déclarer indépendants. » griotmoderne.com 

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