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Edito

L’Afrique face à l'urgence

Par Zyad Limam - Publié en mars 2021

Pendant que les pays riches s’écharpent pour accéder aux doses vaccinales, pendant que l’Europe se divise sous l’effet de ses égoïsmes, pendant que les Chinois et les Russes tentent d’utiliser leurs technologies vaccinales pour accroître leur influence, pendant que les États-Unis « mettent le paquet » avec une offensive à coups de milliards de dollars, l’Afrique tente de trouver une réponse à la crise du Covid-19.

Avec son milliard et quelques d’habitants et ses structures de santé précaires, le continent est en danger, même si l’épidémie semble moins virulente ici qu’ailleurs. Un danger sanitaire pour les Africains eux-mêmes, malgré leur jeunesse et leur apparente résistance. Et vecteur d’un danger plus global pour « les autres ». Certains, cyniques, pourraient « penser » une Afrique devenue territoire endémique du Covid, un peu comme le paludisme, pendant que le reste du monde s’immunise. Un calcul à très courte vue. Le monde moderne n’a plus de frontières infranchissables, et le virus (et ses mutants) peut voyager quel que soit X... En clair, si le monde veut sortir de la crise du Covid, il faut que l’Afrique (et les autres pays pauvres ou émergents) s’en sorte aussi. L’égoïsme des uns sera une condamnation pour tous. Notre sort est lié. Début mars, on est pourtant loin du compte : les trois quarts des vaccinations dans le monde ont été faites dans 10 pays uniquement, lesquels représentent à eux seuls 60% du PIB mondial...

L’Afrique est en danger aussi parce qu’elle risque de vivre un long Covid économique et social. Avant la crise, c’était le continent jeune, en pleine croissance, en progrès, avec une vision optimiste, positive de l’avenir, pendant que le monde occidental se déprimait dans un vieillissement des âges, des mentalités, des ambitions... Aujourd’hui, un an après, les données ont radicalement changé. Malgré le bazar et les égoïsmes, les pays riches vaccinent. Les variants compliquent tout, mais les perspectives d’immunité collective à fin 2021 deviennent raisonnables. Ces pays ont les moyens de redémarrer rapidement leur économie. Et de dépenser des centaines de milliards d’euros pour soutenir leurs secteurs productifs.

Selon différentes études, l’Afrique, elle, devrait « attendre » jusqu’en 2024 avant de pouvoir bénéficier d’une forme d’immunité collective. Une éternité... Malgré leurs résiliences, les économies et les sociétés du continent seront durablement impactées. Coupées du monde tout d’abord, avec une limitation drastique des échanges et du tourisme.

Quatre ans sans suffisamment de moyens budgétaires pour amortir le choc et opérer la relance. Une croissance quasi nulle, qui aurait un effet immédiatement appauvrissant, compte tenu de la démographie. Enfin, les coûts à moyen terme pourraient être dramatiques. On pense en particulier à la déstructuration du secteur scolaire, à la formation des jeunes. Et au recul sur les autres enjeux de santé collective.

En tout état de cause, l’Afrique a besoin de 1,5 milliard de doses pour mener la lutte contre la pandémie. Elle doit pouvoir compter sur ses alliés, ses amis et sur le mécanisme Covax, tentative assez stupéfiante et encourageante de solidarité mondiale menée par l’OMS et l’ONG Gavi.

L’Afrique a besoin des autres, mais l’histoire lui a aussi appris à compter sur elle-même. Elle doit mobiliser les peuples, renforcer la lutte quotidienne et les mesures de protection collective, elle doit mobiliser ses ressources, attirer les investisseurs, montrer l’exemple en assurant une solidarité entre nations plus riches et nations plus fragiles. L’Afrique peut aussi apporter au monde son expérience des épidémies et des virus. Elle doit enfin, au-delà du pic de la crise actuelle, s’émanciper, construire progressivement son indépendance médicale et pharmaceutique.

C’est le sens de l’idéogramme chinois du mot « crise ». Il se compose de deux caractères. L’un signifie « danger », l’autre « opportunité », le moment à saisir.

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