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Décentralisation

L’opportunité aux territoires

Par Alexandra Fisch - Publié en janvier 2021
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Korhogo, dans le Nord, est la quatrième ville du pays.NABIL ZORKOT

Abidjan n’est pas tout ! Le DÉVELOPPEMENT LOCAL est une nécessité et une chance pour accélérer l’émergence.

Abidjan, « Perle des lagunes ». La capitale économique et financière concentre environ 80 % de l’activité économique nationale. C’est aussi la ville la plus peuplée, avec ses 6,6 millions d’habitants, soit 25 % de la population totale. Elle offre une porte sur le monde, avec le port autonome et l’aéroport international FHB. Mais le pouvoir d’attraction de Babi présente aussi des inconvénients : la spéculation immobilière, la saturation des axes de circulation, les réseaux surchargés, la hausse du niveau de vie… Un contraste fort avec le reste du territoire, plus rural, où les villes moyennes essayent pourtant de tirer leur épingle du jeu et cherchent aussi à recueillir les fruits de la croissance. Le développement local, durable, s’impose à l’État. Pour atteindre l’émergence. Multipliant les infrastructures de base dans les régions afin d’y créer un cadre de vie agréable et un environnement à même d’attirer les investissements dans chacune d’elles, le gouvernement fait aussi bouger les lignes en matière de gouvernance décentralisée.

LOCALISER LA GESTION

Le Sénat a adopté le 3 août dernier le projet de loi portant sur le régime financier des collectivités territoriales et des districts autonomes selon les recommandations de l’Uemoa. Cette harmonisation de la décentralisation va permettre aux collectivités de disposer des mêmes règles de gouvernance que les standards internationaux. Ce texte comprend huit innovations : tout d’abord, l’extension du pouvoir de substitution de l’autorité de tutelle, en matière financière, au mandatement d’office des dépenses obligatoires. Mais aussi, le remboursement des annuités d’emprunts venant à l’échéance avant le vote du budget, dans la limite du quart des crédits ouverts au budget de l’exercice précédent. Autres innovations : l’obligation d’élaborer un plan de trésorerie ; la systématisation de la comptabilité matière pour retracer les existants et les mouvements concernant les biens meubles et immeubles, les valeurs de portefeuille et les stocks de matières et fournitures. Ou encore, l’obligation de constituer des dotations aux amortissements et aux provisions pour dépréciation des actifs ainsi que pour les risques et charges divers ; l’institution du contrôle financier auprès des collectivités territoriales et des districts autonomes. Et enfin, une ultime nouveauté : l’institution d’un débat d’orientation budgétaire au sein des collectivités territoriales et des districts autonomes deux mois avant l’examen du budget et la fixation au 31 mars de l’année concernée comme date limite d’adoption du budget. Pour encadrer les collectivités locales, le président a annoncé la création de plusieurs organismes à l’horizon 2025 : un Institut national de renforcement de capacités des collectivités territoriales (INRCCT), un Comité national des finances locales (CNFL) et un autre dédié la réforme de la fonction publique territoriale (FPT).

Autant de nouveaux outils qui devraient permettre aux mairies, conseils régionaux et districts autonomes de gérer au mieux et au plus près leur territoire. L’État continuant sa politique d’aménagement des régions pour que développement local rime avec croissance nationale. Quelques exemples présents et à venir…

Dans la région de la Bagoué, située dans le nord de la Côte d’Ivoire, les infrastructures réalisées sont qualifiées de « projets à impact rapide ». Trois centres multiethniques de médiation et d’arbitrage (maisons des chefs) ont été construits et aménagés, respectivement à Kouto, à Kasséré et à Ganaoni. Non loin, à Lafi, un foyer polyvalent est sorti de terre. Autant de lieux qui permettent de construire le vivre-ensemble et la paix. À Sianfon (Kasséré), c’est une pompe hydraulique à motricité solaire qui a été installée. Il y a aussi des dons de matériels, comme la remise de 12 véhicules aux transporteurs de la région de la Bagoué à la mairie de Boundiali. Cette dotation s’inscrit dans le cadre du renouvellement du parc automobile du pays.

Au centre du pays, dans la région de la Marahoué, d’autres projets communautaires ont vu le jour : un centre multiethnique de médiation à Sinfra et un foyer polyvalent à Koudougou. Ils témoignent du soutien de l’État aux localités qui ne disposent pas d’infrastructures de base ou qui ont subi des préjudices. À Bouaflé, 900 jeunes entrepreneurs de toute la région – dont 161 filles – ont reçu des chèques, pour une valeur totale de 405 millions de francs CFA, pour financer leurs projets. Cet appui s’inscrit dans le cadre de la troisième édition de l’opération « Agir pour les jeunes ». Ce dispositif déployé à l’échelle nationale se fonde à la base sur une convention signée entre l’Agence emploi jeune et la BACI (Banque atlantique Côte d’Ivoire). Il permet à ces entrepreneurs débutants de mener des activités dans les secteurs du commerce, des transports, de l’artisanat, de l’agriculture, de l’élevage, etc. Dans la région du Moronou (Centre-Est), à Agoua, un château d’eau, inauguré en août, a permis de soulager les 3 000 habitants de la localité. En septembre, c’est un réseau de renforcement de production en eau potable qui a été mis en service non loin de là, à Bongouanou. La cérémonie de mise en service, présidée par Alassane Ouattara, a aussi été l’occasion de doter certaines administrations publiques de la localité de moyens de locomotion, afin de renforcer leurs capacités. Dans le secteur de la santé, des ambulances ont été remises aux centres de santé d’Anoumaba et du village de Banabo, dans la sous- préfecture de Bongouanou. Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile a aussi reçu un véhicule et deux motos destinés au commissariat de police de la même sous-préfecture.

Dans l’Ouest, enfin, dans le département de Biankouma (région de Tonkpi), Sokourala a été dotée de plusieurs infrastructures essentielles, tels une pompe hydraulique à motricité solaire, une école primaire neuve et une autre réhabilitée, un bureau, un magasin… Ces réalisations font partie d’une vaste politique, celle menée dans le cadre du Plan national de développement 2016- 2020 (PND), mais aussi de l’ambitieux programme social PSGouv 2019-2020 destiné à améliorer les conditions de vie des plus fragiles. L’État a concentré ses forces sur un temps court – avec un budget de 1 010,6 milliards de francs CFA – pour agir localement dans des secteurs clés : l’eau, l’énergie, la santé, l’éducation… avec une volonté affichée d’allier équipement des territoires et modernisation de l’administration.

VERS DE NOUVEAUX PÔLES ÉCONOMIQUES

Dans cette stratégie de développement régional, la Côte d’Ivoire vise à densifier et diversifier ses industries sur l’ensemble du territoire, notamment à l’aide de Pôles économiques compétitifs (PEC). Ce projet souhaite encourager la concentration géographique d’entreprises, de centres de recherches et de formation aux domaines techniques complémentaires, afin d’assigner à chaque pôle une vocation spécifique. Il a été conçu par le ministère du Plan et du Développement et mis en œuvre par la Direction générale de l’aménagement du territoire, du développement régional et local (DGATDRL). Le gouvernement a ainsi créé de nouvelles zones industrielles à Akoupé- Zeudji ( Abidjan), à San Pedro (Sud-Ouest) et à Ferkessédougou (Nord). Comptant ainsi attirer des entreprises de transformation de produits semi-finis, en leur offrant un cadre agréable et moderne, dont l’installation est censée générer au total 350 000 emplois d’ici à 2030. Autour de chacune de ces zones, un pôle technique d’excellence et de promotion du label « Made in Côte d’Ivoire » est prévu. Pour mener à bien ces chantiers, l’État a signé un partenariat public-privé avec le groupe Arise, un développeur d’écosystèmes industriels et logistiques. L’accord ratifié en août prévoit un investissement de 1 000 milliards de francs CFA. Ces projets, qu’ils soient modestes ou d’envergure, réduisent peu à peu les inégalités régionales et favorisent un développement plus harmonieux.


En 2025, chaque région aura son « kit »

​​​​​​​On connaissait les kits scolaires, distribués à chaque rentrée aux écoliers dans le besoin, mais pas encore le « kit de développement régional ». Ce « package » d’un nouveau genre est présenté dans le programme présidentiel « Une Côte d’Ivoire solidaire », il comprend un ensemble d’infrastructures jugées essentielles, dont sera pourvue chaque région à l’horizon 2025. Ainsi chaque territoire aura droit à un hôpital de référence de 100 lits, un lycée d’excellence, plus de 20 km de routes bitumées, des équipements sportifs, un centre de loisirs, une banque de développement agricole, un guichet pour les PME, des transports en commun et des logements sociaux.

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