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La cop de la dernière chance ?

Par Emmanuelle Pontié - Publié en novembre 2021
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Samedi 23 octobre, Sénégal. Une centaine de femmes battent le pavé à Dakar. Elles sont là pour tirer la sonnette d’alarme en vue de sauver d’urgence l’environnement menacé par les changements climatiques. La plupart d’entre elles travaillent la terre et sont confrontées aux inondations, à la pollution, à l’érosion, aux coups de vents inhabituels… « Nous n’avons plus de nappes phréatiques. Les animaux meurent par manque d’eau. Nous ne pouvons plus faire d’agriculture », clame leur porte-parole Nadia. Un mouvement de ras-le-bol, orchestré volontairement à une semaine de l’ouverture de la COP26, le dimanche 31 octobre, à Glasgow, en Écosse. Une COP considérée comme celle de la dernière chance par la plupart des pays du continent. Et par le président du Groupe africain des négociateurs sur le changement climatique, le Gabonais Tanguy Gahouma-Bekale : « On ne voit pas l’argent sur le terrain, ça fait plus de dix ans que nous attendons les 100 milliards de dollars promis. »

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Pour l’Afrique, un seul thème à l’ordre du jour : ​​​​​​​forcer les pays développés à tenir leurs promesses face à l’urgence

écologique. Une aide qui devrait déjà être revue à la hausse, selon la plupart des spécialistes de la question. Six ans après la COP21 tenue à Paris, on parle de besoins allant jusqu’à 700 milliards de dollars par an… À voir. Mais ce qui est sûr, c’est que pour les petits pollueurs du monde (pour rappel, le continent est responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde), les ravages sont déjà démesurés. Avec des premières retombées imminentes sur la question alimentaire, avec des terres brûlées et une pénurie d’eau grandissante.

Et surtout, faut-il le rappeler, les politiques locales ont du mal à imposer des règles en faveur du climat, faute de moyens c’est sûr, mais aussi à cause des réalités du terrain. Dans des pays préoccupés par l’urgence de la pauvreté à résoudre ou confrontés à l’insécurité, la question de l’environnement est reléguée au second plan. Voire à La Saint-Glinglin pour des citoyens occupés à sauver leur peau et à nourrir leurs enfants au jour le jour. Ils n’ont pas toujours l’espace mental pour se projeter sur les catastrophes climatiques de demain. Si couper du bois pour se chauffer à moindre coût participe dangereusement à la déforestation, peu importe. Et lorsque l’argent aura été débloqué et les politiques vertes africaines mises en place, ce sera peut-être là, au niveau de la prise de conscience citoyenne, que le combat pour l’environnement sera le plus difficile à mener. Car, en Afrique, les deux combats doivent se mener de concert, celui pour le développement et celui pour le climat. 

 

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