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Découverte / Niger

À la recherche des dinosaures

Par Thibaut Cabrera - Publié en avril 2023
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Au musée national Boubou-Hama, de nombreux squelettes issus de fouilles locales sont exposés. Ici, celui de Jobaria tiguidensis, l’une des espèces découvertes par le paléontologue américain Paul Sereno dans les années 1990.ZYAD LIMAM
Au musée national Boubou-Hama, de nombreux squelettes issus de fouilles locales sont exposés. Ici, celui de Jobaria tiguidensis, l’une des espèces découvertes par le paléontologue américain Paul Sereno dans les années 1990.ZYAD LIMAM

Le territoire est particulièrement fertile en matière de découvertes paléontologiques, riches d’enseignements sur la faune qui y vivait il y a plusieurs millions d’années ! 

Il y a plus de 65 millions d’années, les reptiles préhistoriques les plus connus au monde peuplaient notre planète. Les dinosaures ont dominé l’ère mésozoïque et occupent encore une place importante dans l’esprit des curieux, qui tentent de s’imaginer ce à quoi la Terre ressemblait à cette époque. Ce sont aujourd’hui les fossiles de ces créatures, fascinantes par leur diversité – taille, allure, alimentation, etc. –, qui retiennent l’attention des paléontologues et les aiguillent dans leurs études scientifiques. Recouvert à plus de 80 % par le désert du Sahara, le Niger est connu pour abriter certains des plus riches gisements de fossiles de ces animaux intrigants et attire des spécialistes du monde entier. Un objet d’étude captivant.

UN SOL QUI RECÈLE DE TRÉSORS

On estime qu’une vingtaine de tonnes de fossiles de dinosaures seraient enfouies sous le sol nigérien. Au nord, ils permettent d’étudier l’évolution des vertébrés du continent à l’ère du Crétacé – de la période où l’Amérique du Sud était attachée à l’Afrique à celle où cette dernière s’en est entièrement détachée. Les principaux gisements se situent dans les régions de Tillia, d’In Abangharit, d’Ingall, et au niveau de la formation géologique d’Elrhaz. Toutes ces zones sont situées dans la partie désertique du centre et du nord du pays. Les premiers sites ont été mis au jour au début du XXe siècle, dans la région d’Agadez, mais c’est au cours des années 1950, dans la zone du Ténéré – surnommée le « désert des déserts » en raison de son climat très aride –, que des gisements ont été trouvés. De même, le site de Gadoufaoua, situé en plein cœur du pays, est considéré comme le plus important du continent africain. Depuis les années 1960, des dizaines d’autres zones ont été découvertes au sein de diverses couches géologiques et, avec elles, les fossiles d’une grande variété de dinosaures : théropodes, sauropodes et ornithopodes.

Au beau milieu de la capitale, s’étendent sur 24 hectares le musée national Boubou-Hama et ses jardins. Créé en 1958, juste avant l’indépendance en 1960, l’édifice compte sept pavillons, dont le plus visité est entièrement consacré à la paléontologie. En son sein, de gigantesques squelettes de dinosaures se côtoient, et l’on y reconnaît notamment d’impressionnants sauropodes et théropodes. Immanquable, la reconstitution d’un Sarcosuchus imperator, immense crocodile de 11 mètres de long, règne sur les lieux la gueule grand ouverte. Son squelette a été découvert en 1966 par le Français Philippe Taquet dans la région d’Agadez. Les nombreuses découvertes des paléontologues indiquent combien les sols et l’histoire du pays sont riches. Et elles continuent d’aller bon train. En novembre 2022, une expédition américaine a permis d’extraire cinq nouveaux fossiles de sauropodes, qui sont parmi les plus grands animaux ayant jamais existé sur Terre. Une découverte rarissime, dont l’exhumation requiert précaution, précision et patience.

DES FOUILLES COMPLEXES

Entre le climat désertique, le difficile accès aux sites et les menaces armées, ces experts font face à de nombreux défis. Dans Le Parisien, Vincent Reneleau évoque un « dispositif de sécurité extrêmement lourd », mis en place à l’occasion de l’expédition de 25 jours qui a permis la découverte des cinq sauropodes en 2022. Les fossiles, souvent très fragiles, peuvent être endommagés ou détruits lors de leur extraction. Il convient donc de travailler avec soin pour qu’ils soient collectés et conservés de manière appropriée.

La donne s’est complexifiée pendant la pandémie de Covid-19. L’équipe de chercheurs menée par le paléontologue américain Paul Sereno, qui avait découvert 11 nouvelles espèces de dinosaures en deux ans, a dû recouvrir les fossiles et quitter les lieux en 2020, face à la pandémie et au conflit armé au Niger. Une pratique inhabituelle, et dont les effets sur la conservation des fossiles sont pour le moins aléatoires.

Le changement climatique est un autre élément perturbateur. Les températures au Sahel grimpent 1,5 fois plus vite que la moyenne mondiale, et les zones de fouilles se trouvant en majorité dans le désert, les recherches deviennent de plus en plus difficiles au fil des années. Vincent Reneleau décrit un milieu « extrêmement hostile », où la température dépasse chaque jour les 40 °C. Malgré ces multiples défis – et sans oublier la prédation des trafiquants et le manque de financement pour la préservation des fossiles –, les paléontologues continuent de faire des découvertes importantes. Face aux enjeux, le Niger fait de grandes avancées, que ce soit dans la structuration de ses activités de recherche ou dans la protection de ses sites historiques