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Extraits

Les amours de Bob et Pascaline

Par Emmanuelle Pontié - Publié en avril 2021

Pendant plusieurs mois, Anne-Sophie Jahn a enquêté sur une LIAISON ÉTONNANTE : celle qu’ont entretenue la superstar du reggae et la fille d’Omar Bongo. En résulte un ouvrage passionnant.​​​​​​​

Bob Marley et la fille du dictateur, par Anne-Sophie Jahn, Grasset, 224 pages, 20 €.
Bob Marley et la fille
du dictateur, par Anne-Sophie
Jahn, Grasset, 224 pages, 20 €.

Pour la petite histoire, il y a un bon moment, Anne-Sophie Jahn, journaliste à l’hebdomadaire français Le Point, m’a contactée pour que je lui parle du Gabon, au cours d’un échange confraternel. Je ne me doutais pas qu’elle préparait cet ouvrage aussi étonnant, Bob Marley et la fille du dictateur. Car l’auteure a réussi ici une sacrée performance : arriver à faire parler Pascaline Bongo, fille de l’ancien chef d’État gabonais et soeur de l’actuel président, de son histoire d’amour plus ou moins secrète avec la star mondiale Bob Marley. C’était il y a plus de quarante ans, au cours des deux dernières années avant que le roi du reggae soit emporté par un cancer. Elle a 23 ans, et le rencontre en backstage lors d’un concert à Los Angeles en 1979, puis l’invite à venir jouer au Gabon l’année suivante. L’ouvrage raconte comment Bob et les Wailers ont investi l’hôtel Okoumé, envahit de fumée de chanvre à leur étage. Comment le président Omar Bongo voit cette love story entre sa fille aînée et le révolutionnaire d’un oeil plutôt inquiet. Anne-Sophie Jahn, tout au long de son livre, parvient à passer d’un univers à l’autre, même si tout les oppose, entre la Jamaïque et les folies rastas d’un côté, et le Gabon des Bongo de l’autre. En marge des confidences de Pascaline, elle réunit les témoignages inédits des proches de Marley, de ses musiciens, de ses femmes, de sa mère. Mais aussi des Gabonais, comme Didier Ping, compagnon de virée des amoureux à l’époque et fils de l’actuel opposant au pouvoir (Jean Ping, qui sera aussi plus tard le père des deux enfants de la même Pascaline…). Ou encore Loïk Le Floch-Prigent ou Robert Bourgi, proches du père à l’époque. On apprend beaucoup. Sur le Gabon, le mode de fonctionnement, le système. Et tout autant sur Bob Marley, sa vie, sa carrière, sa mort, le chanvre et la religion rasta. Deux mondes qui ne se seraient jamais côtoyés, sans cette incroyable histoire d’amour. « Je ne sais pas pourquoi nos deux âmes soeurs se sont rencontrées. Peut-être que la chimie, c’est Dieu », commente ainsi la « princesse », selon le petit nom que lui donnait Bob. 

Extraits

La première rencontre ​​​​​​​

« Bob était une racaille, mais aussi un gentleman. Les femmes l’adoraient et les hommes aimaient être dans son entourage. Quand il entrait dans une pièce, toujours à grandes enjambées, il avait une aura et était extrêmement sûr de lui. Il était à la fois roi et gredin. Les femmes sont souvent attirées par les mauvais garçons. Elles lui auraient donné n’importe quoi, elles perdaient toute inhibition en sa présence. » Dommage que Bob se referme toujours presque instantanément. Il a le visage dur, dramatiquement auréolé de fumée, quand il lance à Pascaline ces mots méprisants : « Tu es vilaine. » Elle est choquée. C’est la première fois de sa vie qu’elle le voit. Comment peut-il se permettre de lui parler ainsi ? Ne sait-il pas qui elle est ? « En fait, j’ai compris après que c’était parce que j’avais les cheveux défrisés », explique-t-elle en riant. Gilly, le cuisinier de Bob, a assisté à la scène : « À l’époque, ces filles, vous savez… (Il éclate de rire.) Elles venaient tout le temps nous voir après les concerts… Je me suis dit que Pascaline devait être spéciale si elle avait accès aux loges. Elle était attirée par Bob. Elle était passionnée. Entre elle et lui, ça a été le coup de foudre. » « Non, ce n’était pas le coup de foudre, corrige-t-elle. Bien sûr que je l’ai trouvé beau, charismatique et sexy… Mais je l’ai aimé en le découvrant. » Bob accepte sans hésiter l’invitation de Bobbit à un cocktail en petit comité chez les filles Bongo, trois jours plus tard. « Une belle femme noire comme ça ! Et classe ! explique Gilly. Il ne pouvait pas refuser ! »

Pascaline, la princesse africaine​​​​​​​

Je rencontre Félix Bongo, fils de Martin Bongo, neveu d’Omar et ex-ministre des Affaires étrangères gabonais, un matin d’hiver neigeux dans un café, porte Maillot. Pimpant quadragénaire, il m’en dit plus sur l’enfance de sa cousine : « La mère de Pascaline est congolaise. Son grand-père maternel, monsieur Mouyabi, était chauffeur au gouvernorat de Franceville, dans le sud-est du Congo, d’où nous sommes originaires. C’est là qu’elle a rencontré Omar Bongo. Ils ont eu un enfant mais n’ont jamais été mariés. Omar est reparti et pendant des années, elle a fait des démarches pour qu’il la reconnaisse. Pascaline a donc été élevée au Congo par sa mère, et n’a pas eu une enfance huppée », dit-il en dévorant un pain au chocolat. Il essuie quelques miettes tombées sur son pull brun et poursuit : « Quand elle a eu 13 ans, Paul Malékou (alors ministre des Affaires étrangères, ndla) a été la chercher dans un avion privé, à la demande de son papa, qui entre-temps était devenu président. Elle s’est installée au palais. Après tout, elle est son premier enfant sur terre ! Bien sûr, on dit aussi qu’il n’est pas son père… Enfin, en bon patriarche africain, il l’a reconnue, et maintenant, c’est sa fille. » « J’ai vécu avec ma mère jusqu’à mes 13 ans », raconte, pour la première fois, Pascaline. « Mon grand-père paternel n’a jamais voulu que mon père m’élève. Il était chauffeur du commandant de région à ma naissance, et n’a jamais accepté la relation entre mes parents. Malgré tout, mon père a toujours gardé le contact avec ma mère et moi. Chaque fois qu’il venait à Brazzaville, où j’ai fait mon primaire, il me rendait visite. Finalement, en 1968, mon grand-père a accepté que j’aille d’abord en vacances à Libreville et ensuite vivre avec mon père. »

Pascaline est vite employée par son père. Elle se souvient : « Mon père a commencé très tôt à me former et à me familiariser avec son travail. J’ai commencé à travailler auprès de lui (pas officiellement, j’étais stagiaire) lorsque j’ai eu 18 ans, pendant toutes mes vacances scolaires. Je travaillais avec ses secrétaires, j’ai commencé par trier le courrier et par rédiger des notes pour lui avec mes commentaires et mon point de vue. Je pense qu’il voulait m’évaluer et voir ce que j’avais dans la tête. Il m’a appris à rassembler les gens et résoudre les conflits. Il m’a transmis l’humilité comme valeur. Même si on a accès aux belles choses, même si on a du pouvoir, de l’argent, il faut garder un coeur humble et pouvoir accepter de se passer de ces choses, accepter de partager avec ceux qui n’ont pas, accepter les échecs ou le fait de se tromper. Il m’a aussi appris à écouter et surtout, il m’a transmis son amour pour le Gabon. » Jean-Léon Abiague, ancien chef du protocole d’Omar Bongo et proche de Pascaline, se souvient : « C’est la première fille de Bongo qu’on a connue. Elle détient le pouvoir de son père. Récemment, elle a envoyé son jet chercher un gâteau à Paris pour l’anniversaire de sa fille à Libreville. À Paris, nous avions des Mercedes, des Cadillac, des Porsche, des Ferrari… Pascaline était la mama. Quand elle voyait qu’on était tristes, et qu’on lui disait que c’était parce qu’on était fauchés, elle nous disait d’aller se servir dans les sacs. Il y avait des sacs alignés : dollars, livres sterling, francs suisses, francs CFA, francs français… On pouvait prendre l’équivalent de 20 000 euros. » Derrière elle, la présidence règle les factures impayées. Elle ne semble pas avoir de limite de budget. Son père l’a désignée comme l’administratrice de la fortune de la famille, « parce qu’il la trouvait maternelle et attentionnée à l’égard de ses nombreux enfants », explique un proche. Il fait d’elle « le gardien des secrets des reliques de la famille », comme son propre père l’avait fait avec lui. Petit homme affable à moustache, Omar Bongo connaît par coeur la vie politique de l’ancienne puissance coloniale. Elle voit défiler dans les salons richement meublés du palais les émissaires de tous les présidents français de la Ve République. « C’est celle qui a le plus de personnalité. Elle a un sens des relations avec les gens très habile », m’a confié Roland Dumas. Élevée dans la vénération, l’adoration et la proximité du père, elle ne semble pas très proche de sa mère, comme me le divulgue l’avocat de la Françafrique Robert Bourgi, qui a fait de nombreux allers-retours entre Paris et Libreville à partir de 1982 : « Ça fait partie des mystères de l’Afrique. S’ils veulent que tu saches qui elle est, ils te la montrent. Mais je n’ai jamais vu maman Pascaline. » Selon Félix Bongo, « elle s’en occupe, mais pas plus. Vous savez, les filles aînées d’un autre lit, dont la maman n’est pas l’épouse, mais qui vit du côté du père, ont toujours tendance à vouloir surcompenser leur présence ». « Je suis une fille à papa, reconnaît Pascaline. Mais j’ai deux mères. Louise Mouyabi, ma mère biologique, qui est congolaise, et Patience Dabany, la première femme de mon père, et celle qui m’a élevée. Toutes les deux sont des femmes de tête engagées dans leurs pays respectifs. Ma mère Patience est plutôt forte, autoritaire et passionnée. Ma mère Louise est plutôt calme et réservée. Mais les deux m’ont appris, chacune à leur manière, l’importance du travail et du respect de nos traditions : même si on étudie en Europe, il ne faut pas oublier d’où on vient, notre culture, et continuer de respecter nos aînés. »

Début d’une idylle

 

L’artiste et la « princesse » gabonaise, en 1980.
L’artiste et la « princesse » gabonaise, en 1980. DR

Après son concert au Gabon, Bob est rentré en Jamaïque. « Ils nous ont invités en Jamaïque et donc j’y ai été, en avril, avec mes soeurs », m’a confié Pascaline. Elle a réservé tout le dernier étage de l’hôtel Pegasus dans le centre-ville de Kingston. « On était une quinzaine. On arrivait en avion privé et on avait des gardes du corps. J’étais surpris parce que c’était comme chez nous, en plus pauvre ! », m’a raconté Didier Ping, qui l’a accompagnée dans ce voyage. « Nous avions des a priori sur la Jamaïque, peur des vols et des agressions mais tout s’est bien passé », admet Pascaline. « La Jamaïque est très similaire au Gabon finalement. On y trouve les mêmes paysages, la même nourriture… C’est là que Bob et moi avons eu une aventure. » Car au début, ce ne devait être que ça : une aventure… Elle seule pourrait raconter comment s’est déroulée cette nuit. Elle ne le fera pas : Pascaline Bongo est une femme réservée, discrète. Extrêmement secrète, elle ne donne pas d’interviews. Pour parvenir à décrocher une audience, je l’ai pourchassée pendant seize mois, suivant ses péripéties avec la justice française et la politique gabonaise, harcelant son entourage. L’inabordable m’obsédait tellement que je n’arrivais plus à acheter un billet d’avion pour une destination quelconque sans craindre que Pascaline ne choisisse justement cette période pour me rencontrer. Pascaline, l’épée de Damoclès de mes déplacements, est finalement apparue  devant moi le 31 octobre 2019, par un après-midi de grisaille froide, en bas d’un immeuble de pierre de taille parisien, à 14 h 29, une minute avant notre rendez-vous. Particulièrement élégante en longue jupe de soie imprimée et col roulé beige, toujours belle sous le grand tissu brun à motifs qui cache ses cheveux, elle est polie, humble, souriante, mais distante. Son père a dû lui apprendre à se méfier des gens comme moi qui ont fait de leur indiscrétion un métier et chaque question posée me vaut un regard sombre et autoritaire. Ses répliques sont laconiques. Souvent, elle ne répond pas. Pendant une heure et demie, j’ai arraché ses souvenirs aux forceps, flirté avec les limites de sa pudeur, mais je n’ai pas eu le courage de l’interroger sur son intimité.

En haut, Ali Bongo reçoit Bob Marley en lieu et place de son père, en 1980.
Ci-dessus, le président Omar Bongo Ondimba avec sa fille aînée Pascaline
en 2005, « élevée dans la vénération, l’adoration et la proximité de son père ». T.ESCH/PARIS MATCH/SCOOP

 

« Je pense que l’amour était déjà là lors de mon séjour en Jamaïque, mais je n’en ai vraiment pris conscience qu’à l’automne 80. J’étais jeune, je ne me rendais pas compte que c’était une belle histoire », m’explique-t-elle. « L’amour manque de raison, comme on manque d’air à mesure qu’on monte en montagne », écrit Jean-Luc Marion. « Quand vous tombez amoureux de quelqu’un, vous ne réfléchissez pas, ça arrive », dit simplement Pascaline. « Je ne sais pas pourquoi nos deux âmes soeurs se sont rencontrées. Peut-être que la chimie, c’est Dieu », se demande-t-elle. Lindsay Oliver Donald, le photographe de Bob en Jamaïque, se souvient de la visite de la Gabonaise sur l’île. Il vit aujourd’hui à Londres et hurle « Oh my gooooooood ! », lorsque je mentionne au téléphone l’histoire d’amour entre Pascaline et Bob. « Quand Bob a fait son concert au Gabon en janvier, elle est tombée amoureuse de lui et l’a suivi en Jamaïque », commence-t-il. « Elle est restée une semaine, un ou deux mois avant la tournée Uprising (qui a commencé fin mai 1980, ndla). Elle voyageait avec son entourage et des gardes du corps armés, ce qui était interdit en Jamaïque. Mais en tant que fille de président, elle avait des privilèges diplomatiques, donc Bob m’a envoyé la chercher à l’aéroport de Kingston pour expliquer la situation aux douaniers, car je parlais un peu français. Je les ai ensuite emmenés à leur hôtel, puis à Hope Road, où Bob les attendait. Là, ils se sont reposés et ont cuisiné. Bob a ensuite emmené Pascaline dans sa chambre, ils ont fait leur affaire, et puis ils sont revenus parmi nous. Pascaline était assise sur les genoux de Bob. Il m’a demandé de prendre une photo d’eux, mais m’a interdit de la publier : leur relation était secrète. »

Longue distance

Le reggaeman en concert à Los Angeles, le 26 mai 1976.
Le reggaeman en concert à Los Angeles, le 26 mai 1976.

​​​​​​​ ​​​​​​​Il l’appelle « Pasci » ou « princesse » mais elle continue de l’appeler « Bob ». « Il disait que c’était une des femmes les plus intéressantes avec qui il avait pu parler », me raconte Al Anderson. « Bob n’avait pas étudié mais il comprenait très bien les enjeux politiques et économiques du monde. Il y avait des similarités historiques et culturelles entre leurs pays. Elle lui parlait d’économie, de politique… Leurs conversations étaient profondes. Elle avait beaucoup voyagé. Elle lui expliquait comment les États africains fonctionnaient. Ce n’était pas le cas des femmes jamaïcaines qu’il fréquentait. Il était différent avec elle. Il la traitait avec plus de respect que les autres. Il la plaçait sur un piédestal. Normalement, les hommes jamaïcains se comportent comme des lions qui montrent leurs crocs… Elle, il ne l’aurait jamais battue. Il n’aurait pas été avec d’autres femmes devant elle. Elle était différente. » « Il paraît qu’elle est tombée enceinte de Marley, mais que son père a dit stop et elle n’a pas pu le garder, m’a confié Félix Bongo. Je n’ai pas de preuves mais c’est ce qui se dit. Elle l’adorait, ça a dû être un drame. » Une rumeur corroborée par Jean-Léon Abiague : « On était tous au courant qu’elle était enceinte de lui, mais je ne sais pas ce qui s’est passé. C’était une relation avec effet de feu de paille, qui n’aurait pas pu aller plus loin. Leur mariage n’était pas d’actualité. Le Président avait des projets pour sa fille. Elle pouvait s’amuser, mais pas l’épouser. Pourtant elle était folle de lui, mais alors folle de lui ! Mais Omar Bongo ne l’avait pas envoyée faire des études à l’étranger pour ramener des voyous ! » Vingt ans plus tard, dans des soirées parisiennes, une certaine Yamilé Bongo prétend être la descendante de Bob Marley. Impliquée dans une affaire de corruption, elle n’a pas répondu à mes sollicitations… Mais officiellement, elle est la fille d’Omar Bongo et de Marie-Yva Astier, consul honoraire du Gabon à Haïti. Et surtout, il me paraît hautement improbable que Pascaline, constamment entourée d’une telle cour, ait pu (et voulu) cacher une grossesse, ce qu’elle me confirme : « Je ne suis jamais tombée enceinte de lui : j’étais jeune, je croyais que j’avais le temps, je prenais la pilule. Il l’a découvert après ! Il était contre l’avortement, contre la contraception. À l’école, j’ai dû prendre position pour l’avortement dans un débat. C’était un exercice, mais Bob ne tolérait pas que je défende cette position, même si ce n’était pas mon opinion personnelle. même si ce n’était pas mon opinion personnelle. Après j’ai regretté. »

La mort de la légende

Pascaline a aimé Bob quand elle l’a senti vulnérable et quand elle a compris qu’il y avait peu de sincérité autour de lui. Comme elle, il est entouré de flagorneurs. « Quand vous êtes gravement malade, si vous n’avez pas à vos côtés des gens qui vous aiment pour vous, vous perdez la foi et vous désespérez. À certains moments, quand j’étais là, il y avait des gens… (Elle secoue la tête d’un air réprobateur.) Il a donné beaucoup d’importance à des gens, mais quand il est tombé malade, beaucoup n’ont pas été à la hauteur de cette belle âme. Ils ne le lui ont pas bien rendu. Ils venaient tous avec leur agenda. Moi je n’avais pas d’agenda, juste je l’aimais. Donc je jonglais avec l’école à Los Angeles et Libreville mais je venais tous les mois. J’y allais seule ou avec une de mes soeurs. Au bout de trois mois, il ne marchait plus beaucoup… » Elle doit être bouleversée de le voir chauve, si pâle et si chétif. Dans son visage maigre ses yeux ont l’air immenses. Il ressemble à un petit garçon. Il a souvent des crises d’épilepsie. Issels lui recommande des jeûnes, et il est constamment affamé. Il est tellement faible qu’il ne peut plus s’habiller seul. Il souffre tout le temps, il souffre énormément, il a mal au crâne, au ventre, la douleur est insoutenable et il ne peut s’empêcher de gémir. Lui qui était si « tuff », il lui arrive maintenant de pleurer. « Une fois où Bob ne se sentait pas bien, on a tous prié et fini en larmes, Bob, moi et sa mère Mrs B, comme les pentecôtistes », se souvient Pascaline. « Certains disent que Bob, comme mon père, était un homme de paix, poursuit-elle. Bob avait pour arme la Bible et la guitare. Mon père avait le dialogue et la tolérance. Moi, je suis comme sa mère, je me focalise sur l’amour et le bon côté des gens malgré les déceptions, les trahisons et les coups bas. La mère de Bob disait que son secret était l’amour : “lots of love, love, love”… C’est sûrement pour ça qu’il y avait beaucoup de respect et d’admiration entre nous. » ■

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