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ABOUBAKAR MOUSTAPHA

« Nous nous adaptons aux mutations »

Par François.BAMBOU - Publié en février 2016
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Le lamido de Demsa, parmi les plus influents de la région du Nord, est aussi directeur de l’agence de la BEAC de Garoua.

AM : De plus en plus de communautés organisent des festivals culturels. Quel est le but de ces manifestations ?
Aboubakar Moustapha : Elles visent à transmettre les valeurs d’une génération à la suivante et à exposer la culture des uns aux autres. En tant que garant de la tradition du lamidat de Demsa, je ne peux qu’encourager les promoteurs de ces festivals. Au sein de notre communauté, nous organisons chaque année plusieurs manifestations pour vulgariser et perpétuer l’ensemble de nos coutumes.

Faut-il faire découvrir ces traditions aux jeunes ? Comment y parvenir dans le contexte actuel d’occidentalisation de la société ?
Oui, sans hésiter, tout cela relève d’une identité. Ici comme partout ailleurs en Afrique, chacun se reconnaît à sa culture. Nos valeurs vestimentaires, orales, musicales, culinaires, etc., font notre particularité et doivent rester comme telles au risque de voir tout cela disparaître. L’Occident nous a apporté ses langues, son éducation, sa pensée : voilà pourquoi nous devons encourager nos jeunes à apprécier et à entretenir ces valeurs ancestrales, qui sont au demeurant exceptionnelles !

Certains intellectuels s’interrogent pourtant sur l’utilité de la chefferie dans le contexte d’une administration moderne…
L’existence des chefferies est de loin antérieure à l’indépendance du Cameroun : il n’y a donc aucune raison d’opposer l’administration postcoloniale à des entités qui perdurent depuis des siècles. Par exemple, le lamidat de Demsa existe dans son organisation administrative depuis 1789. Comme tout pouvoir, il a sa structure politique, qui s’adapte aux mutations de la société. L’avènement de la démocratie laisse une place de choix au pouvoir traditionnel, plus proche et plus ouvert aux populations à la base. Nous continuons d’assurer pleinement notre rôle fondamental de garant de la tradition dans un équilibre social respectant les valeurs de la République.

L’autorité traditionnelle est-elle aujourd’hui affaiblie par la transformation de la société ?
Notre combat quotidien est de trouver comment assurer une meilleure existence à nos populations.

Comment définiriez-vous votre rôle d’autorité traditionnelle, face aux populations et à l’État ?
Nous assurons la pérennité de nos valeurs traditionnelles dans une société devenue plus vaste et vivant en harmonie malgré les différences ethniques et religieuses. Face à l’État, les chefferies sont un échelon de l’organisation administrative du Cameroun. Elles sont régies par la loi fondamentale. Et nous assumons pleinement notre rôle de lien entre les populations et l’administration.

L’engagement des chefs en politique est souvent critiqué. Quelle est votre analyse ?
Ces chefs sont avant tout des citoyens de la République. Et comme tels, ils doivent pouvoir exercer leurs droits civiques. À partir de là, faire de la politique ou non relève de la volonté individuelle de chacun. Pour ma part, je ne suis encore candidat à aucune compétition électorale. Mais mon rôle, comme référence et modèle pour ma communauté, est d’aider la population à comprendre où se trouvent es intérêts. Propos recueillis par F.B.

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