avril 2019
C'est comment

Oui ou non ?

Par Emmanuelle Pontié
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On connaît, très spécifiquement en Afrique centrale, le syndrome de la porte fermée et la lueur de bonheur qu’on lit dans la pupille du portier observant avec délice la file d’attente qui s’est formée devant telle administration, telle ambassade, tel grand magasin ou tel stade. Un grand classique : la porte à double battant ouverte à moitié pour que les gens s’écrasent les uns contre les autres en la franchissant, ou celle qui se ferme quinze minutes avant l’horaire prévu, claquée pile au nez d’une pauvre retardataire qui croyait (à juste titre) être dans les temps. Le maître de la porte, héritier d’une once de pouvoir ponctuel, petit havre de plaisir dans son quotidien bien terne, en use et en abuse. Normal. Il a l’immense pouvoir de dire non. On connaît encore le vendeur renfrogné, derrière son étal de légumes au marché presque content de ne pas avoir les avocats que vous cherchez. Ou encore le fonctionnaire ravi de vous annoncer, après vos quarante-cinq minutes de queue, que les timbres fiscaux sont en rupture… Bref, le non bien frontal, très bantou et un brin caractériel, c’est presque culturel. Il rabat le caquet éventuel du client fortuné ou pressé, de celui qui croit que la vie est facile, et que l’on doit satisfaire ses désirs, alors que le petit employé, lui, il souffre. Plus loin, disons globalement en Afrique de l’Ouest, on se heurte à un autre type de non, beaucoup moins direct, peut-être plus subtil, fruit d’une culture bien différente, celle du « faux oui ». En gros, quoi que vous demandiez ou souhaitiez, on vous répond oui neuf fois sur dix, avec un grand sourire vissé sur le visage. Ce qui, déjà, crée une ambiance plus conviviale. Certes. Pourtant, avec le temps, vous vous rendez compte que les oui tardent à être suivis d’effets. On vous dit « bien sûr, je vais vous trouver ça », et, après plusieurs relances, votre interlocuteur continue à vous jurer sur tous les saints qu’il n’y a pas de problème, que c’est sûr, ça va le faire… Mais, rien. Idem pour une signature, que l’on vous promet tous les jours, et qui souvent ne vient jamais. Bref le « faux oui » se transforme vite en un « vrai non » qui ne dit pas son nom. Différents cieux, différentes moeurs. Après, chacun ses goûts. Le visiteur, touriste ou homme d’affaires, a le choix. Vaut-il mieux se heurter à un non direct ou être baladé pendant des jours par un faux oui ? Le truc, c’est de ne pas perdre de vue, qu’à Dakar comme à Douala, obtenir un vrai oui, ce n’est pas toujours facile. Que ce soit pour cause d’impuissance non avouée ou le fruit d’un caractère rebelle, c’est quand même, au final, un goût immodéré pour le non qui prédomine. Qu’on se le dise ! 
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