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Pas de rentrée pour tous

Par Emmanuelle Pontié - Publié en octobre 2022
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Le saviez-vous ? Dans le monde, 244 millions d’enfants de 6 à 18 ans ne sont pas scolarisés. Et la plus grande partie d’entre eux (98 millions) réside en Afrique subsaharienne. Un bien triste record. La principale raison, c’est le nombre important de zones d’insécurité. Au Burkina Faso, 2,6 millions d’écoliers seront privés de rentrée, notamment dans six régions en proie à des crises sociales, des tensions ou autres trafics. Pas d’école non plus au Nord-Kivu, ravagé par la guerre en République démocratique du Congo. La région séparatiste anglophone du Nord-Ouest au Cameroun a aussi vu de nombreux élèves rester chez eux lors de la rentrée scolaire le 5 septembre dernier… Etc., etc.

Il faut également compter avec les grèves récurrentes d’enseignants, qui ont souvent des arriérés de salaires abyssaux et profitent des débuts d’année académique pour faire pression sur leur gouvernement, tel au Congo. Sans oublier les zones où il n’y a pas d’écoles, comme dans la plus grande partie du Tibesti au Tchad, et les autres, trop reculées, dans lesquelles les enseignants refusent de s’installer. Là-bas, comme dans certains villages maliens, les arbres poussent dans les établissements abandonnés, avec quelques ânes qui parfois viennent s’y abriter de la chaleur…

Ajoutons à cela la question cruciale des moyens insuffisants pour envoyer ses enfants à l’école pour nombre de ménages du continent. Alors, on en choisit un sur la fratrie, en oubliant les filles évidemment, bien plus utiles pour les corvées domestiques ou le travail dans les champs. Parce que les fournitures sont trop chères, les livres pas toujours subventionnés par les gouvernements. Il faut parfois apporter son banc en classe, car l’État ne les fournit pas, comme dans certains villages nigériens. Et cette année, la crise mondiale de l’énergie, du transport, du prix du papier a fait flamber encore davantage les tarifs. Le paquet de cahiers est passé de 1 000 à 1 500 francs CFA à Lomé, au Togo.

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Bref, chaque rentrée scolaire laisse sur le bord de la route des millions d’enfants, qui partent mal pour jouir d’une bonne intégration sociale. Et la situation ne s’améliore pas. Alors, que faire ? Contre l’insécurité, sûrement pas grandchose. Mais les gouvernements, dont le portefeuille de l’enseignement est souvent le mieux loti côté budget, pourraient faire une priorité absolue de payer les professeurs, de les déployer sur tout le territoire, de subventionner les livres ou les bancs d’école. Et surtout, se creuser globalement les méninges pour que cette situation insupportable s’améliore au lieu de s’aggraver d’année en année… 

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