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Dossier Côte d'Ivoire

Patrick Achi,
Un Premier ministre au front

Par Zyad Limam - Publié en mai 2021
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Patrick Achi
ISSOUF SANOGO/AFP

​​​​​​​Le symbole était fort, avec la tenue d’un véritable conclave, pour remettre en marche la machine Côte d’Ivoire. C’était du 21 avril au 23 avril derniers, au palais présidentiel d’Abidjan, avec l’organisation d’un grand séminaire gouvernemental, sous la direction du Premier ministre Patrick Achi.

Objectif : finaliser le programme pour la période 2021-2023, et surtout donner le ton, celui de l’action. Le nouveau Premier ministre résume les essentiels : propulser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici à dix ans ; doubler le PIB dans la même période ; ramener le taux de pauvreté à moins de 20 % à l’horizon 2030 ; et impliquer fortement le secteur privé dans cet effort national. Les ambitions et les exigences sont là, la pression aussi, mais le Premier ministre ne manque pas d’expérience. Né en 1955 d’un père ivoirien et d’une mère française, Patrick Jérôme Achi a fait de belles études, au lycée classique d’Abidjan, puis à l’Université nationale de Côte d’Ivoire, où il obtient une maîtrise de maths-physique. Il intègre ensuite l’École supérieure d’électricité (Supélec), à Paris, puis l’université de Stanford, aux États-Unis, où il décroche un master en management. Après un passage dans le secteur privé, il entre vite dans le monde public. En octobre 2000, Laurent Gbagbo lui confie le portefeuille des Infrastructures dans un gouvernement d’union. Fonction qu’il occupera pendant toute la décennie 2000-2010. Achi rencontre ADO durant ces années complexes. Ils se rapprochent lorsqu’ils se retrouvent reclus au Golf Hôtel, à Abidjan, en pleine crise électorale (fin 2010 à avril 2011). ADO apprécie sa compétence, partage avec lui une culture économique. Achi garde son poste de ministre des Infrastructures économiques. Membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il fait aussi le choix d’Alassane Ouattara lors de la création du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), s’éloigne d’Henri Konan Bédié, après avoir tenté en vain de rapprocher les deux personnalités. Il devient secrétaire général de PDCI-Renaissance, où l’on retrouve les ministres PDCI, qui ont choisi d’adhérer au RHDP. En janvier 2017, quand Amadou Gon Coulibaly devient Premier ministre, il lui succède au poste de secrétaire général à la présidence. Un poste stratégique, exposé. AGC et lui font équipe, ils sont proches, ils s’entendent et partagent une même vision économique de l’avenir du pays. Dans la perspective des élections présidentielles, Achi se charge de l’élaboration des stratégies de développement d’ici à 2030. Il revendique une approche disruptive, moderne, pour mettre la Côte d’Ivoire à la hauteur des grands pays émergents asiatiques. Le secrétariat général lui donne aussi une vision panoramique de l’action publique, une approche directe sur la multiplicité des enjeux contradictoires. Et surtout, il est au contact avec un président exigeant, actif, présent. Au fil des mois, Achi se forge une véritable « densité », tout en restant relativement discret. Il n’est pas « candidat », mais il fait partie clairement du dispositif. On le dit technocrate, homme d’appareil, urbain, métis, mais Achi a su aussi s’implanter sur le plan politique et local. Faire preuve d’efficacité dans le terroir. Élu député en 2011, il devient en 2013 président du Conseil régional de la Mé (sud), une terre traditionnellement Front populaire ivoirien (FPI). En mars 2019, il est réélu après avoir fait campagne sous la bannière du RHDP. Lors des élections législatives de mars 2021, il a su mouiller le maillot, sillonnant sa région, parfois même en T-shirt et à moto, pour soutenir les candidats du parti présidentiel. À 65 ans, Patrick Achi se retrouve donc face au défi de l’action, Premier ministre et numéro deux du pays de facto. Patron d’une équipe de continuité, rajeunie et resserrée, où il compte de nombreux proches et des points d’appui solides. Trois ministres d’État le soutiennent dans sa mission : Kandia Camara aux Affaires étrangères, Kobenan Kouassi Adjoumani à l’Agriculture, et Téné Birahima Ouattara, à la Défense, frère cadet du président, l’un de « ses proches les plus proches ». Patrick Achi sait qu’il lui faudra aller plus loin qu’une saine gestion du pays, qu’il faudra traduire dans les faits les principes posés pendant la campagne présidentielle d’Alassane Ouattara : renouvellement, modernisation, productivité, transformation. Et faire bouger les lignes n’est jamais une oeuvre facile

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