avril 2020
Entretien

Rachid Benzine mesure toute la force de frappe de la fiction

Par Fouzia MAROUF
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Islamologue de renom, passionné de littérature, il vient de publier Ainsi parlait ma mère. Un roman pour parler librement du réel.
 
Affable, Rachid Benzine est un auteur au contact direct. Ce grand brun passionné d’histoire est présent sur tous les fronts. Né en 1971 à Kénitra, au Maroc, il partage sa vie entre l’Europe et son pays natif. Cet islamologue a enseigné à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et a été chercheur à l’Observatoire du religieux, en France. Considéré comme l’une des figures de proue de l’islam libéral francophone, l’homme affiche une production aussi foisonnante que surprenante. En 2013, il publie Le Coran expliqué aux jeunes, suivi, en 2017, d’un ouvrage coécrit avec Delphine Horvilleur, Des mille et une façons d’être juif ou musulman. Il a en outre mis en scène des pièces de théâtre, dont Lettre à Nour (adaptée de son roman de 2016, Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?, dans lequel il dissèque le phénomène kamikaze) et Pour en finir avec la question musulmane, en 2018. Comme son héros- narrateur dans Ainsi parlait ma mère (Le Seuil), il est enseignant à l’université catholique de Louvain, en Belgique. Ce récit poignant rend hommage à une mère courage à l’histoire tourmentée et révèle la veine naturaliste de l’écrivain.
 
AM : Ce récit sensible qui narre l’histoire d’un fils s’occupant jour et nuit de sa mère vieillissante et malade est-il d’inspiration autobiographique ? 
Rachid Benzine : Il l’est dans le sens où les émotions que nous ressentons face à la vieillesse de nos parents et à la peur de les voir partir nous sont communes. À travers ce récit, j’ai voulu poser la question de notre rapport à nos aînés, selon la façon dont nous apprivoisons ou pas cette peur. Mais les personnages que j’ai introduits sont fictifs : leur histoire, leur parcours ne sont que des moyens pour raconter ce que nous avons envie de transmettre. C’est en cela que la fiction est puissante : elle convoque à la fois l’imagination, afin de créer une histoire, et nos ressources les plus intimes, pour rejoindre les lecteurs avec des émotions que nous avons en partage.
 
Comment avez-vous abordé les passages qui décrivent avec pudeur la toilette intime que votre protagoniste s’attache à faire malgré son embarras ?
J’ai voulu écrire cette scène pour évoquer deux tabous. Le premier est celui qui nous fait voir notre mère uniquement comme une mère, et nous empêche de la considérer comme une femme, avec un corps, un désir. Quand mon héros, en l’absence d’infirmière, se propose pour laver le corps de sa mère, y compris ses parties les plus intimes, il transgresse ce tabou par amour, par sens aigu du service envers cette dernière. J’évoque aussi à un autre moment l’impossibilité pour le narrateur d’imaginer sa mère éprouvant du plaisir charnel. Le second tabou, c’est celui de la vulnérabilité de nos parents : tout au long de notre vie, nous les voyons comme des remparts protecteurs, des repères qui guident, des sanctuaires inviolables, et voilà qu’arrive un moment, un âge où ils s’écroulent. Ils deviennent vulnérables, et nous aussi ! Nous redevenons des enfants un peu perdus au moment même où la vie nous impose de devenir des protecteurs, des repères et des sanctuaires pour nos propres parents. Ce renversement est à la fois beau et difficile, comme cette scène où le fils et la mère sont confrontés à ces deux tabous. Chacun doit vaincre ses réticences : la mère est un peu crispée à l’idée que son fils la lave entièrement, puis se laisse finalement porter, et quelque part « soigner », par ce très bel acte d’amour. La pudeur est une valeur centrale dans la plupart des sociétés, et plus particulièrement dans l’univers culturel musulman. Le dévoilement du corps des parents devant leurs enfants est impensable. Dès lors, qu’un fils se retrouve dans une situation où il doit faire la toilette intime de sa mère constitue une sorte de cataclysme mental pour l’un comme pour l’autre. Mais il s’agit d’une sorte de renversement occasionné par la logique de la vie, c’est ainsi qu’il doit être appréhendé : hier, la mère lavait son bébé, aujourd’hui, c’est l’enfant qui se comporte comme le parent de sa mère désormais dépendante. L’amour est capable de tout surmonter !
 
Pourquoi avoir situé Ainsi parlait ma mère en Belgique, et non en France ?
Peut-être pour que l’on ne me demande plus si c’est un récit autobiographique [sourire]. Mon livre précédent m’a fait passer beaucoup de temps en Belgique, c’est un pays que j’aime beaucoup, et j’ai eu envie d’y situer cette histoire. C’est un peu comme le père dans Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?, je l’ai situé dans un pays arabe, sans préciser lequel. Et non pas en France ou au Maroc. Peut-être que, inconsciemment, j’ai besoin de créer une distance entre moi et des personnages à qui je fais dire parfois ce que je ressens.
 
Le narrateur affirme : « Ma culture scolaire naissante développait chez moi un inconscient mais bien réel mépris de classe. Qui me souille encore aujourd’hui et dont j’ai définitivement honte. » Est-ce également votre sentiment ?
Disons que, souvent, lorsque l’on est issu d’un milieu social déclassé dont on s’éloigne par les études et le parcours de vie, on peut être susceptible de passer par des sentiments difficiles, et parfois contradictoires. On peut avoir une sorte de honte de ses origines, on a du mal à voir ses parents parler mal le français devant ses professeurs. Le narrateur explique ainsi qu’avec ses frères, il apprenait à sa mère les phrases exactes à dire aumédecin ou lors de réunions scolaires. Il raconte aussi ce qu’il a ressenti lorsque cette dernière, partie chercher un colis à la Poste, s’est sentie humiliée par l’employée qui lui demandait de remplir un document, sans comprendre que la pauvre femme, analphabète, en était bien incapable. Il l’a vue alors tourner les talons et repartir les larmes aux yeux sans son colis. C’est une blessure qui reste. Et en même temps, on ressent la culpabilité d’avoir quitté ses origines pour soudainement habiter un autre territoire, qu’il soit intellectuel, social ou culturel. C’est une double honte en fait, que peuvent ressentir ceux que l’on nomme « transfuges de classe » : la honte des siens que l’on éprouve parfois, voire la haine de soi, et la culpabilité de ressentir cette honte. On met du temps à l’apprivoiser, à occuper en paix la place que l’on a gagnée à force d’études, et à accepter de ne plus totalement appartenir « complètement » au même monde que les siens. C’est comme un deuil que l’on apprend à faire.
 
Face à sa mère analphabète, issue de la campagne marocaine, ce fils doué pour les études est animé d’un fort déterminisme social. Diriez-vous que ce roman est aussi celui de la lutte des classes ?
Je dirai plutôt que c’est un roman de la réconciliation. La lutte des classes est liée à nos étiquettes, aux rôles et aux fonctions que nous endossons dans la vie. Et effectivement, quand nous nous voyons uniquement par le prisme de ces costumes « sociaux », nous pouvons ressentir de la distance : c’est ce que je disais précédemment avec cette idée de transfuge de classe. Là, je parle d’un fils et de sa mère, d’un homme qui veille sur celle qui l’a mis au monde et d’une femme dont la vie dépend de la présence de son fils. Quel que soit le chemin que celui-ci, professeur d’université, ait pu parcourir, il n’est finalement qu’un enfant au chevet de sa mère. Et puis, il y a dans le livre un rituel quotidien qui scelle cette réconciliation : c’est le moment où il lui lit des passages de Peau de chagrin d’Honoré de Balzac, un moment qu’elle réclame tous les jours, bien qu’elle connaisse l’ouvrage dans ses moindres détails. Pour moi, c’est un cadeau qu’elle fait à son fils, une façon de le rejoindre là où il est maintenant, dans le monde des lettres. Parfois, quand on s’est éloignés de l’univers des siens, on souffre car on a le sentiment qu’ils ne peuvent plus comprendre ni partager ce que nous sommes devenus. Par ce rituel, la mère apaise cette souffrance en allant rencontrer son fils là où il est. Ces deux êtres sont réunis par l’amour filial invincible et par cette réconciliation de leurs mondes à travers un livre.
 
Vous avez écrit de nombreux essais en plus de vingt ans. Pourquoi le passage à la fiction s’est-il opéré aussi tardivement ?
Je ne sais pas si cela arrive tard, je pense que cela arrive plutôt au terme d’un cheminement qui devait prendre son temps. Avec mon dernier roman, Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?, qui a fait l’objet de plusieurs représentations théâtrales en France, en Belgique, au Maroc, en Tunisie, aux États-Unis ou encore en Italie, j’ai pu mesurer toute la force de frappe de la fiction. Cet ouvrage basé sur un échange épistolaire entre une fille, partie rejoindre Daesh, et son père, professeur de philosophie, m’a permis de réellement proposer un dialogue sur un sujet devenu trop difficile et douloureux pour que l’on puisse prendre le temps de s’écouter véritablement. Les analyses politiques et sociologiques sont nécessaires, mais à un moment, il m’a semblé qu’elles ne permettaient pas de se retrouver, de se parler, chacun campant sur ses positions dans un climat de plus en plus exacerbé et clivant. Avec ce livre, l’amour filial instille ce lien jamais rompu entre deux êtres que les idées opposent de façon radicale. Lors des représentations et des rencontres, on a pu toucher les gens, leur faire prendre la mesure de la complexité des choses, leur permettre de comprendre ce qui se passait dans la tête de « l’ennemi », que l’on ne peut pas réduire à un barbare ou à un fou. Quand j’ai réalisé ce que la fiction pouvait permettre, j’ai eu envie de continuer d’explorer ce genre au fil de sujets qui me tiennent à cœur. Une rhétorique du sensible au service du sens.
 
Vous êtes né à Kénitra et êtes arrivé à Trappes à 7 ans. En 1996, vous avez été champion de France de kickboxing. Comment êtes-vous passé du ring aux sciences politiques et à l’herméneutique coranique ?
Je ne suis pas passé de l’un à l’autre, j’ai vécu tout cela en même temps. Le kickboxing est arrivé assez tard dans ma vie, et je n’étais pas intéressé par ce type de sport. J’enseignais depuis mes 22 ans. Je suis passé par l’économie d’abord, des études de sciences politiques et ensuite d’histoire. Je ne crois pas au fait que les gens puissent être réduits à une seule étiquette, une seule aptitude. J’ai eu la chance de pouvoir explorer toutes mes passions dès l’adolescence : les livres et l’histoire des religions, l’engagement associatif – commencé très jeune à Trappes –, le sport. Il faut s’écouter, faire l’expérience des passions qui nous portent, quand on peut et tant qu’on le peut.
 
Enfant, avez-vous joué au foot avec Jamel Debbouze, Omar Sy ou Nicolas Anelka [qui habitaient également Trappes, ndlr ] ?
Oui, nous avons joué ensemble. La dream team de Trappes ! Nous sommes de la même génération. Omar était défenseur, Jamel ailier droit, et Nicolas avant centre. Chacun de nous a ensuite poursuivi sa vocation. Je suis toujours en contact avec Jamel et Omar.
 
Quels liens entretenez-vous avec le Maroc ?
Je suis né à Kénitra. Mon père était instituteur, et très tôt, j’ai adoré l’école, apprendre. Parallèlement à l’enseignement scolaire, j’ai suivi l’école coranique au Maroc, puis à mon arrivée en France, j’ai appris le français aux côtés d’enfants sénégalais, algériens et tunisiens. Comme j’étais doué, on m’a fait sauter une classe à la fin de ma première année scolaire. Mais mon pays d’origine, le Maroc, est lié à mon enfance, à ce grand voyage que nous faisions en famille, chaque été dans les années 1980, en 504 break. Une fois arrivé, j’avais à cœur de retrouver mes amis, j’allais au cinéma L’Atlas de Kénitra, dont la séance coûtait 2 dirhams, et j’y voyais tous les films de karaté de l’époque ! On a vécu de rudes années en France, mais le retour au Maroc incarnait ce qu’appelait Spinoza, « la joie du oui dans la tristesse du fini ».
 
Aujourd’hui, que retenez-vous de votre mère ?
Malgré sa souffrance, le regard de l’autre dénué de bienveillance et les ressentiments, elle n’a pas fait de ses maux une identité. Elle avait la capacité de dépasser des situations peu enviables. L’exil n’a pas été facile pour la première génération d’immigrés, qui vivait en fait un double exil : celui de la terre et celui de la langue. Ce roman parle d’une histoire d’amour, de la gratitude et de la reconnaissance d’un fils envers sa mère. C’est ma façon de lui dire merci. J’aime la littérature, la forme romanesque incarne l’esthétique du sensible en touchant à l’émotion : DR nous sommes au cœur de l’humanité.
 
Vous faites partie de ceux que l’on qualifie de nouveaux penseurs de l’islam. Vous êtes islamologue et chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, qui étudie l’un des penseurs de l’interprétation. Parvenez-vous à comprendre ce qui est séduisant dans les lectures les plus intégristes des textes sacrés ?
Avant d’écrire Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?, j’ai rencontré en prison beaucoup de jeunes qui étaient rentrés de Syrie et d’Irak. Contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas tous déclassés socialement, et ce ne sont pas tous de jeunes désœuvrés : il y a parmi eux des gens qui ont fait des études supérieures. Ils ont donc, à l’image de Nour, une jeune fille brillante qui étudie la philosophie, une rhétorique très bien construite et des arguments efficaces. En réalité, ils sont d’abord souvent dans une défiance et une critique radicale de la « modernité occidentale » et de ses promesses de démocratie, de droits de l’homme, d’égalité, de justice, etc. Ils convoquent les invasions américaines en Irak et la situation en Palestine pour montrer les contradictions et les mensonges de l’Occident. Ce sont des radicalisés politiques qui trouvent un habit à leur critique et à leur révolte dans la radicalité religieuse. Parce que celle-ci est disponible : le fait que l’on soit frileux dans le monde musulman à promouvoir une lecture critique des textes religieux, le fait que l’on ait aujourd’hui une pléthore de « savants » qui diffusent massivement grâce aux nouvelles technologies les lectures les plus orthodoxes, le fait que la doctrine wahhabite soit largement promue à travers le monde, tout cela fait que les lectures rigoristes gagnent du terrain. C’est la conjonction entre révolte politique, critique de la modernité et radicalité religieuse qui produit des phénomènes de djihadisme. Souvent, dans mes rencontres autour de Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? avec de jeunes élèves, ils sont perturbés car ils trouvent légitime la révolte politique contre les agissements de « l’Occident », ils entendent les arguments de Nour. Toute notre vigilance doit se porter à entendre cette critique, au lieu de faire comme si elle n’existait pas, mais sans la laisser sombrer dans la radicalité religieuse qui en fait son miel. C’est là où le travail sur la lecture des textes sacrés, leur contextualisation, est primordial.
 
Vous prônez la place de l’histoire dans ces textes et le rôle de la critique afin d’éviter l’écueil d’une lecture anachronique.
Historiquement, l’antisémitisme n’est pas une question religieuse. C’est un phénomène de « racialisation », de discrimination et de détestation d’un groupe – les juifs – considéré comme n’appartenant pas à la commune humanité et pouvant, dès lors, être dénigré, haï, persécuté, exterminé. Leur détestation et leur persécution ont une longue histoire, qui plonge ses racines dans l’Antiquité, chez les anciens Assyriens et Romains. L’antijudaïsme des Églises, reprochant aux juifs d’être collectivement responsables de la crucifixion de Jésus, a créé un climat favorable à leur persécution massive aux XIXe et XXe siècles. Cela s’est d’abord exprimé par de nombreux pogroms (en particulier en Russie), jusqu’à la Shoah, organisée et perpétrée par des gens qui ne se définissaient plus comme chrétiens mais qui étaient majoritairement des baptisés protestants ou catholiques. Mais c’est au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, avec le développement des sciences et la prétention de classer en catégories toutes les espèces vivantes, que le concept d’antisémitisme est apparu. Le Coran n’est pas plus antisémite que l’Évangile de Saint Jean, lequel, pour désigner les chefs des juifs ennemis de Jésus, dit seulement « les juifs », ce qui a pu favoriser son utilisation dans la politique antisémite nazie. 

Dans le Coran, il est question des « Banû Isra’îl », « les fils d’Israël » des temps bibliques ; des « al-Yahûd », « les juifs », soit les tribus juives de Médine ; mais aussi des « ahl al-Kitâb », « les gens du Livre », qui sont proches des nouveaux croyants musulmans. Tantôt, certaines de leurs qualités sont louées, tantôt, ils sont maudits car ils n’ont pas été fidèles au pacte que le prophète Mahomet aurait voulu sceller avec eux. Au moment de la première énonciation coranique, les juifs connus dans la péninsule arabique sont soit des tribus juives arabisées, soit des tribus arabes judaïsées. Ils sont alors moins perçus comme des gens « d’une autre religion » que comme des tribus non arabes dont la fidélité aux alliances contractées ou souhaitées fait défaut. Et lorsqu’on lit des malédictions contre eux, celles-ci sont à mettre en relation avec les tribus juives de Médine entrées en conflit avec Mahomet, et ne sont pas à appliquer à tous les juifs du monde entier et de tous les temps ! Faute d’histoire, on se raconte des histoires et cela finit par faire des histoires. Il convient de relever que les relations entre juifs et musulmans ont souvent été moins violentes que les relations entre juifs et chrétiens, lesquelles ont oscillé entre respect, mépris et violence selon les lieux et les périodes. Au moment du nazisme, la majorité des musulmans au Maghreb et en Europe occidentale ont refusé la politique de destruction systématique des juifs, et on se souvient que le sultan Mohammed V du Maroc a protégé ses sujets. Aujourd’hui, beaucoup de personnes dans le monde musulman sont tentées, à cause de la souffrance du peuple palestinien, de maudire tous les juifs, confondant tout un peuple (et une religion) avec des politiques, qui sont à analyser comme des formes d’expression de la force politique et militaire en vue d’intérêts stratégiques et économiques. Méfionsnous de ceux qui sont enclins à créer une culture générale de haine à l’encontre des juifs, car celle-ci ne produit jamais qu’un peu plus de haine encore. En France, juifs et musulmans représentent deux importantes communautés (600 000 juifs, et quelque 6 millions de musulmans), les uns et les autres constituant des minorités qui font l’objet de rejets et de discours de haine. Beaucoup veulent les diviser, les instrumentaliser, qu’il s’agisse de courants xénophobes ou de mouvements identitaires. L’intérêt de ces deux communautés devrait, dès lors, être de davantage s’unir. Lorsque l’on s’en prend aux « étrangers » en France, les juifs et les musulmans sont concernés. Et quand on s’attaque aux uns, on ne tarde pas à s’attaquer aux autres ensuite.
 
 
La question des libertés est au cœur de votre œuvre. Vous avez twitté ceci le 27 décembre dernier : « La mise en détention d’Omar Radi [journaliste placé en détention pour un tweet critiquant le verdict d’un magistrat contre des membres du Hirak, ndlr] nous interpelle et nous rappelle qu’aucun modèle de développement ne saurait être défendable ni viable sans la garantie de la liberté d’expression et d’information. Le développement implique la critique et le débat d’idées, ou il n’est pas. »
Pour faire corps ensemble, une société doit pouvoir s’écouter et donc gérer ses désaccords. On avance dans la construction d’une société démocratique à partir du moment où l’on apprend à gérer le dissensus. Et l’on ne peut pas se dire inscrit dans un processus démocratique et prêter le flanc à l’autoritarisme. La force de l’Occident est sa liberté de penser. La critique est saine. L’essentiel est d’avoir des lieux de contre-pouvoir, afin que les citoyens ne soient pas uniquement aux prises avec l’ arbitraire. De plus, il n’y a pas de démocratie sans la garantie de la liberté d’expression.
 
Comment vous évadez-vous ? Que faites-vous pour vous déconnecter totalement ?
 Je lis des essais, je regarde des films, je vais au théâtre, j’aime découvrir de nouveaux textes et de nouvelles pièces. Toutes les formes de créativité me passionnent.
 
Vous évoluez entre la France, le Maroc et la Belgique. Si vous pouviez vivre où vous voulez, ce serait où ?
L’Italie. Pour son histoire, son architecture, la poésie de Cristina Campo, sa littérature, la pensée d’Antonio Gramsci, le cinéma de Pasolini, de Visconti. J’aime sa part méditerranéenne, je m’y sens chez moi. J’aimerais tout particulièrement vivre à Florence, au contact de son art et de sa culture foisonnante, éternelle.

 

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