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Découverte / Côte d’Ivoire

Râleurs et fiers à la fois !

Par Emmanuelle Pontié - Publié en août 2022
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Le futur est en travaux ! DR - NABIL ZORKOT
DR - NABIL ZORKOT

Arrivée à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny. Direction le Plateau. C’est le soir, tard. La circulation est fluide. Je le souligne en m’adressant au chauffeur, qui me rétorque, renfrogné : « À cette heure peut-être, mais vous allez voir demain. Ils ont fermé l’échangeur, encore pour des travaux de je ne sais quoi.On n’en peut plus. Il y a des embouteillages partout ! Cette ville n’est plus possible. Il faut arrêter là-haut [le pouvoir, ndlr] avec toute cette agitation. Ça ne sert à rien. On roule de plus en plus mal à Abidjan ! » Le lendemain soir, dîner chez des amis, dont l’appartement surplombe la lagune. Un peu exprès, je lance l’éternel débat : «Alors, cette baie de Cocody, elle en est où ? » La réponse fuse : « Nulle part ! Les travaux sont arrêtés. Encore un truc qu’on ne verra jamais ! » Bon, ça, c’est fait… Les exemples de la mauvaise foi abidjanaise sur la multitude des travaux d’embellissement de leur ville annoncés, lancés, en cours, et parfois même réceptionnés, sont légion. Jusqu’au sempiternel « Est-ce qu’on mange la route ? », manière de dire que les chantiers, c’est bien joli, mais ça ne remplit pas l’assiette. Eh oui, Abidjan, à l’image de l’ensemble de la Côte d’Ivoire, est en chantier. Des routes, une autoroute, des ponts, des échangeurs, des stades, les bords de la lagune, etc. De nouveaux immeubles ultramodernes aussi, et prochainement un métro. En région, des écoles, des universités et des hôpitaux sortent de terre, des voies se bitument, des spots touristiques se viabilisent. Et quelle que soit l’incrédulité ambiante dans les quartiers ou les moues des éternels ronchons, le pays avance. Sérieusement. Le jour et la nuit avec hier. Au sens propre déjà, puisque la capitale économique s’est tout à coup éclairée il y a une dizaine d’années, rompant avec une longue période de zones coupe-gorge plongées dans le noir. Et depuis, elle a repris sa place de leader, avec sa kyrielle d’enseignes d’hôtels ou de restaurants pour le tourisme d’affaires. Les chargés de mission africains se débrouillent pour mettre Abidjan comme escale sur leur feuille de route. « On essaye de passer une nuit ici. C’est trop bien, on se détend un peu. » Et l’Ivoirien de la rue, jonglant allègrement avec ses contradictions, le sait parfaitement. Le soir, au maquis, il compare et ironise sur les voisins : « Tu as vu, en Guinée, ils n’ont rien fait. Conakry, c’est toujours un gros campement ! » « Ouais, mais gars, tu peux pas comparer. Ici, on est en Côte d’Ivoire ! » Proud of Ivory Coast, les Babi Boys ! Une fierté qui passe par… les travaux d’embellissement et les chantiers du développement. Préalable incontournable à la redistribution des richesses. Quoi qu’en disent les râleurs. Et d’ailleurs, on ne sait pas trop si les volées de bois vert que reçoivent les pouvoirs publics sur les réseaux sociaux lorsque tel ou tel projet prend du retard ne sont pas la preuve, au final, de l’impatience trépignante d’avoir enfin son autoroute flambant neuve ou son métro ultramoderne. Car sur la route du retour, un autre chauffeur reconnaît : « Depuis qu’on a le 3e pont, tout a changé. Et quand on aura le 4e et le 5e , alors là, Abidjan, Madame, ça sera quelque chose ! » Ah bon ? Parce que franchement, lorsque l’on voyage, que l’on compare avant et après, ici ou là, « Babi », c’est déjà quelque chose !.

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