novembre 2017

Pouvoir : au nom du fils

Par Zyad LIMAM/Sabine CESSOU/Hedi DAHMANI/Emmanuelle Pontié
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Faure Gnassingbé, Ali Bongo Ondimba, Joseph Kabila… Enquête sur ces héritiers particuliers, « élus » ou « désignés », qui incarnent souvent des présidences familiales au long cours.

Faure face aux échéances
Ce qui se joue au Togo, ce n’est ni plus ni moins que le départ du président en 2020. Et la fi n d’une dynastie de plus d’un demi-siècle.
 
«Cinquante ans, ça suffit ! » Ce slogan a été mar telé dans les rues de Lomé le 7 septem bre dernier, par une marée humaine de 100 000 personnes selon la police – 1 million selon les organisateurs. La colère s’est exprimée après la répression d’une autre manifestation, le 19 août, qui a fait au moins deux morts et des dizaines de blessés. Un parti d’opposition lancé par un nouveau venu, Tikpi Atchadam, juriste et anthropologue, ancré dans les régions nord – traditionnellement acquises au pouvoir – a fait mouche. Il a su mobiliser en tenant un discours plus ferme que les autres opposants à l’égard du gouvernement, pour contrer les manoeuvres en cours qui permettraient au président sortant de rester en place encore longtemps. Du coup, un sommet Israël-Afrique prévu pour fin octobre a été reporté, et les réformes politiques en cours, accélérées… Les autorités ont d’ores et déjà fait marche arrière sur leur projet « rwandais » de modifier par référendum la Constitution pour transformer le quinquennat en septennat et limiter à deux le nombre de mandats présidentiels successifs. Le but de la manoeuvre était de se laisser la possibilité de rester en place jusqu’en 2034, comme Paul Kagame – l’un des héros et modèles de Faure Gnassingbé, le président du Togo, en politique. Désormais, il n’est plus question que de quinquennat, avec limitation des mandats, mais en remettant les compteurs à zéro à partir de 2020… Or la population a fait part de ses doléances à la « commission de réflexion » qui est chargée de sillonner le pays pour la consulter sur ces « réformes ».
 
UNE PLACE À PART DANS LA FRATRIE
 
Un Accord politique global (APG) resté lettre morte avait déjà été passé avec l’opposition pour apaiser le climat en 2006. Il portait sur le retour à la Constitution de 1992, retouchée en 2002 par Eyadéma père pour rabaisser à 35 ans l’âge du président et faire « sauter » la limitation de mandats. L’opposition demande la restauration d’un article de la loi fondamentale qui disposait très clairement : « En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats ». Autrement dit, le bras de fer qui se joue au Togo porte ni plus ni moins sur le départ de l’actuel président en 2020. C’est dire à quel point la pression monte contre Faure Gnassingbé, qui a entamé en 2015 son troisième quinquennat. Malgré son bilan, qu’il défend à coups de grands chantiers dans la ville nouvelle WellCity, au nord de Lomé, ou de nouveaux axes routiers, il représente, à 51 ans, le « système Eyadéma ».
 
Ou l’emprise, depuis 1963, d’une famille et d’un clan sur les affaires du Togo, un petit pays de 8 millions d’habitants, doté d’un grand port qui dessert les pays enclavés du Sahel, Burkina Faso, Mali et Niger, et qui dépend largement de son agriculture. Né le 6 juin 1966, trois ans après le putsch qui a porté son père au sommet de l’État, et un an avant que ce dernier ne devienne président, Faure Gnassingbé a reçu en héritage des méthodes et toute une culture politique. Qui est ce jeune chef d’État au sourire avenant ? Depuis son enfance, il occupe une place à part dans sa fratrie. Il n’est « que » le demi-frère des nombreux autres fils d’Eyadéma Gnassingbé*. Sa mère, Séna Sabine Mensah, une femme d’Agou, localité du sud du pays, a laissé derrière elle le fils issu de sa relation extra conjugale avec le général-président pour aller s’installer avec son époux légitime, un professeur d’université, en Côte d’Ivoire.
 
Surnommée « Maman Sabine », elle réside aujourd’hui à Lomé, et a accompagné son fils à Rome en juillet 2014 lors d’une visite au pape François. Faure, dont le deuxiè me prénom est Essozimna, a donc été élevé entre Lomé et Kara, le fief paternel, au nord du pays, en enfant kabyè, l’ethnie septentrionale qui domine largement dans l’armée. Il a participé aux « Evalas », ces tournois de lutte d’initiation marquant le passage des garçons à l’âge adulte à Kara. Et terrassé, en 1980, un adversaire plus costaud que lui, pour le plus grand plaisir de son père. Il a fait son école primaire dans un camp militaire de Lomé, parmi les enfants d’officiers, avant d’entamer ses études secondaires au collège protestant de Lomé.
 
En cours de route, pour des raisons sur lesquelles il ne communique pas, il est envoyé au collège Chaminade de Kara, où il décroche son BEPC en 1982, à 16 ans. Son père l’inscrit ensuite en seconde au prestigieux lycée militaire de Saint-Cyr, en France, où il obtient son baccalauréat section D (biologie) à 19 ans. À la discipline de l’armée il préfère cependant la liberté de la vie d’étudiant à Paris, et s’inscrit en 1985 en finances à l’université de Paris-Dauphine. Il en sort en 1989 avec une maîtrise de gestion. Un « blanc » de trois ans suit dans sa biographie officielle. Après quoi, il séjourne aux États-Unis de 1992 à 1997, où il obtient un Master of Business Administration (MBA) à l’université George Washington. Mais certains doutent qu’il ait réellement décroché ce diplôme, et ce en raison de son faible niveau en anglais.
 
De retour au Togo en 1998, à 32 ans, il est élu un an plus tard député du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), dans la préfecture de Blitta, au centre du pays. Nommé président de la Commission des relations extérieures et de la coopération de l’Assemblée nationale, il part fréquemment en mission à l’étranger, indique sa biographie. Réélu député en 2003, il est nommé la même année par son père « super- ministre » de l’Équipement, des Mines, des Postes et Télécommunications. Bien avant qu’Abdoulaye Wade n’en fasse de même avec son fils Karim au Sénégal, en 2009.
 
Un lourd portefeuille, malgré les doutes du général-président concernant les capacités de son fils, qu’il réprimandait parfois en présence d’autres ministres pour son goût prononcé pour la fête, l’argent et les beaux costumes, bien plus que pour ses dossiers. La biographie officielle de Gnassingbé Eyadéma aborde sa succession en ces termes elliptiques : « À la suite du décès de Gnassingbé Eyadéma le 5 février 2005, il [le fils] devient président de la République le 7 février. Pour éviter au pays de basculer dans le chaos, il renonce à ses fonctions le 25 février afin de garantir la transparence de l’élection présidentielle du 24 avril à laquelle il est candidat. Faure Gnassingbé est élu président de la République le 24 avril 2005 en obtenant 60,15 % des suffrages. »
 
Mais telle qu’elle a été relatée par la presse à l’époque, la version de ces événements est un peu différente. Le général Eyadéma, décédé à bord d’un avion au cours d’une évacuation sanitaire le 5 février 2005, n’avait pas clairement désigné de successeur, même s’il avait fait modifier en 2002 la Constitution, abaissant l’âge légal de 45 à 35 ans pour accéder à la présidence et préparer un boulevard au jeune Faure, alors âgé de… 35 ans. Parmi ses nombreux fils, c’était le préféré, car il était le seul à avoir terminé ses études.
 
La Constitution du Togo, elle, prévoit que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim en cas de décès du chef de l’État, et organise des élections dans les soixante jours. Or Fambaré Ouattara Natchaba, qui préside l’Assemblée à l’époque, est resté bloqué à Cotonou, au Bénin, toutes les frontières du pays ayant été fermées après l’annonce de la mort du « Grand Baobab de Pya ». Deux heures après cette nouvelle, Faure Gnassingbé est proclamé successeur par les généraux qui tiennent l’armée (8 500 hommes). Il procède ensuite à un « coup d’État constitutionnel », décrié par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’Union africaine (UA) et la communauté internationale, France et Union européenne(UE) en tête. En toute hâte, il fait modifier la Constitution, le 6 février 2005, un dimanche, de manière à restaurer le ministre qu’il est dans son ancien mandat de député. Ce qui permet à la majorité parlementaire, acquise au RPT, de l’élire nouveau président de l’Assemblée nationale.
 
PAS DE RUPTURE DE STYLE
 
Soumis à la pression internationale, et notamment à celle du Nigeria, alors dirigé par Olusegun Obasanjo, Faure fait marche arrière et démissionne de ses fonctions de président le 25 février, pour se porter candidat à l’élection présidentielle, et se faire élire le 24 avril. Le scrutin est marqué par une répression massive, aussi importante que celle qui avait fait 500 morts en 1993 lors de la difficile transition démocratique du pays. Entre 400 et 500 personnes ont péri entre février et mai 2005, selon un rapport d’enquête établi un an plus tard par les Nations unies. « À l’échelle de la population du Togo, c’est comme si 4 200 personnes devaient mourir en France pour une élection », note un journaliste à Lomé. Le scrutin est aussi entaché d’une fraude éhontée, des militaires ayant été filmés par des caméras de télévision françaises sortant des bureaux de vote avec des urnes pleines sous les bras.
 
La fraude gagne en sophistication lors des scrutins de 2010 et de 2015, dont Faure sort vainqueur avec respectivement 60,88 % et 58,75 % des voix. En 2010, la commission électorale a changé au dernier moment le mode de transmission des résultats des bureaux de vote, sous prétexte de panne du système VSAT installé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). En 2015, après trois jours de tension, un coup de force télévisé se produit : les gendarmes ont neutralisé le vice-président de la commission électorale, issu de l’opposition, pendant que le président de la Ceni s’est dépêché de déclarer Faure vainqueur à la télévision, alors que le scrutin s’est joué dans un mouchoir de poche – avec des irrégularités dénoncées par l’opposition dans le nord du pays.
 
Répression, élections truquées, peur du complot, manoeuvres pour maintenir l’opposition divisée, nomination de l’ancien opposant Edem Kodjo comme Premier ministre, un poste qu’il occupait déjà sous le général Eyadéma… Dès l’arrivée de Faure au pouvoir, tous les ingrédients semblent réunis pour la perpétuation du « système » Eyadéma, népotisme inclus. Le fils, qui ne revendique aucune véritable rupture avec le style de son père, nomme son demi-frère Kpatcha ministre de la Défense dès 2005.
 
Cet homme proche des militaires a coordonné la répression durant la présidentielle. Kpatcha ayant des vues sur l’héritage paternel – une fortune estimée à 4 000 milliards de francs CFA placée dans une banque suisse selon la presse togolaise –, mais aussi le pouvoir, il n’est pas reconduit dans ses fonctions en 2007. Arrêté manu militari en avril 2009, il est accusé d’avoir comploté en vue de renverser Faure, puis jugé avec 31 complices présumés, civils et militaires, parmi lesquels son frère Essolizam et trois cousins. Il dénonce une « machination » et réclame une « réconciliation », mais il est condamné à vingt ans de réclusion ferme en 2011. Une peine qu’il purge à la prison civile de Lomé, où son état de santé s’est dégradé, en raison d’un diabète, et où il aurait été victime d’une agression le 18 août dernier – le pays se mettant aussitôt à bruisser de rumeurs.
 
Comme sous le général Eyadéma, Faure Gnassingbé règne par la peur, mais aussi par extension de son clan et de son pouvoir dans l’armée comme la société civile… Le chef d’étatmajor actuel n’est autre que l’un de ses beaux-frères, Félix Abalo Kadanga, en poste depuis 2014. Réputé dur, ce fidèle avait mené l’arrestation musclée de Kpatcha, au cours de laquelle deux militaires ont été tués. Trois autres de ses beaux-frères tiennent des postes clés dans l’armée.
 
Par ailleurs, Faure Gnassingbé est décrit, à tort, comme marié avec Nana Ama Kufuor, la fille de l’ancien président ghanéen John Kufuor. Ce dernier avait exigé les fiançailles de sa fille en 2005, tombée enceinte au cours de sa liaison avec Faure. Mais nulle trace d’une union officielle. Depuis, la liste de ses conquêtes et de sa descendance s’est allongée, selon une méthode là encore éprouvée par le père – comme d’autres présidents d’ailleurs, sous d’autres cieux. Faure Gnassingbé s’est fait des ennemis au coeur même de son « système », en évinçant des barons et de hauts gradés de l’armée qui l’ont soutenu lors de son coup d’État constitutionnel, comme le général Zakari Nandja, ancien chef d’état-major mis à l’écart en 2009 après l’arrestation de Kpatcha.
 
Cherchant à redorer son blason sur la scène diplomatique, il a organisé en 2016 une conférence internationale sur la piraterie maritime à Lomé. Et marqué quelques points dans la gestion de son pays. Le Togo a en effet atteint en 2010 le point d’achèvement de l’Initiative pour les pays pauvres et très endettés (PPTE) et beaucoup investi dans son réseau routier. Il affiche une croissance positive de 5,3 % en 2015 et 5 % en 2016. L’agriculture, qui représente 51 % des actifs et 48 % du PIB en 2016, reste malgré tout prépondérante, sur fond de déclin de l’industrie(20 % du PIB) et des services (32 % du PIB en 2015 contre 47 % en 2005). La pauvreté recule mais reste endémique (55,1 % de la population et sept ruraux sur dix en 2015). La moitié des ménages ruraux n’a pas accès à l’eau potable, tandis que l’Indice de développement humain du PNUD classe le pays dans le peloton de queue, au 162e rang sur 188 pays.
 
OBASANJO ENFONCE LE CLOU
 
C’est sur le plan de la gouvernance que son régime a le plus de mal à se défendre. « Qu’il le veuille ou non, Faure représente désormais une anomalie en Afrique de l’Ouest, où il paraît plus proche des dynasties à l’oeuvre en Afrique centrale que des avancées démocratiques de ses voisins directs, le Ghana et le Bénin », note un diplomate européen en poste à Lomé. « Il devrait mettre en place une nouvelle Constitution qui contiendrait une limite du nombre de mandats durant lesquels quelqu’un peut être président, et la respecter », a déclaré de son côté en septembre à la BBC l’ancien président du Nigeria Olusegun Obasanjo.
 
Et d’enfoncer le clou : « Il a dû épuiser toutes les idées qu’il a pu avoir en termes de développement, sauf s’il a quelque chose de nouveau à nous apprendre. » À quel point peut-il craindre pour son propre avenir ? Son silence, de ce point de vue, paraît éloquent. Il n’a dit mot depuis les événements du 19 août, laissant son ami et ministre de la Fonction publique, le prolixe Gilbert Bawara, s’exprimer à sa place. Toujours prêt à attaquer l’opposition, menée par Jean-Pierre Fabre, 65 ans, chef de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), Gilbert Bawara a déclaré le 15 septembre : « Un gouvernement doit toujours être à l’écoute de sa population. » Un référendum constitutionnel pourrait avoir lieu, comme au Rwanda, mais dans des conditions qui s’annoncent tendues. Le pouvoir accuse déjà l’opposition de créer un climat « d’insurrection ». Les opposants, eux, redoutent de voir des militaires en civil s’infiltrer dans leurs manifestations pour provoquer des violences et justifier la répression. D’ores et déjà, des escouades de soldats se prépareraient dans le nord du pays à rejoindre les rangs des policiers, pour mater toute velléité de révolte. Le mot « insurrection » n’en reste pas moins gravé dans les esprits. Pas si lointain, le soulèvement d’octobre 2014 au Burkina Faso, donné pour improbable par les diplomates malgré de nombreux signes avant-coureurs, avait chassé Blaise Compaoré du pouvoir. Et ce, juste avant… une réforme constitutionnelle taillée sur mesure pour le maintenir au pouvoir.
 
 
Six chefs (et leurs pères)
Certains ont juste pris le fauteuil. D’autres ont été élus, parfois au terme d’un long parcours. Tous sont intimement liés à l’histoire de leur pays.
ALI BONGO ONDIMBA ET OMAR BONGO ONDIMBA (Gabon) 
Dynastie à Libreville
Une seule lettre change dans leurs initiales. Pourtant, lorsqu’Ali Bongo Ondimba se présente au scrutin présidentiel du 30 août 2009, deux mois et demi après le décès d’Omar dans une clinique de Barcelone, c’est sur un air de renouveau, au terme d’une séduisante campagne de rupture. Il y croit. Et travaille à se détacher de l’écrasante image de son père. Le « Tsunali » promet de rompre avec plus de quarante ans de bongoïsme. Mais déjà, à l’époque, ABO est élu sur fond de contestation et de violentes émeutes. Même scénario, amplifié, pour le passage au second mandat en 2016. Entre-temps, le Gabon s’est enfoncé dans la crise, économique, sociale, politique. Les chantiers piétinent et les indicateurs placent l’émergence loin derrière. Au point que certains se prennent à regretter le « Vieux » et les années d’opulence, l’époque du plein or noir. Au final, on reproche au fils de gouverner plus ou moins comme le père, sans son élégance de redistribuer des richesses dans les rouages de la grande famille Gabon. Et surtout, ABO, malgré ses 58 ans, incarne la dynastie qui préside aux destinées du pays depuis un demi-siècle. Un scénario décrié en 2017 par les nouvelles générations africaines.
 
JOSEPH KABILA ET LAURENT-DÉSIRÉ KABILA (RDC)
Le Mzee et son héritier
APRÈS l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila par son garde du corps, le 16 janvier 2001, dans des circonstances troubles, son fils Joseph lui succède, à 29 ans. À l’époque, il est chef d’état-major de l’armée de terre de la République démocratique du Congo (RDC). Bombardé président par l’entourage du « Mzee » (« sage » en swahili), beaucoup s’interrogent sur ses capacités. Il les prouve un an plus tard en acceptant un accord de paix à Sun City en 2002, qui met fin à la seconde guerre du Congo. Il partage le pouvoir avant de se faire élire en 2006 avec 58 % des voix face à Jean-Pierre Mbemba. Il supprime en janvier 2011 le second tour de la présidentielle, qu’il remporte la même année dans des conditions contestées. À la tête d’un système verrouillé et d’un pays constamment au bord du gouffre, il n’a pas modifié la Constitution pour rester au pouvoir, mais n’a pas organisé les élections de novembre 2016 prévues au terme de son second et dernier mandat. Ni celles attendues avant la fin de l’année 2017… La RD Congo est enfoncée dans une crise politique et économique majeure.
 
 
PRAVIND JUGNAUTH ET ANEROOD JUGNAUTH (Maurice)
L’histoire en boucle
EN 2011, The Economist Intelligence Unit avait classé Maurice seul pays africain « démocratie parfaite ». Une exception il est vrai, où les débats sont souvent vifs, avec des chefs charismatiques, le tout dans un petit « paradis » touristique (et fiscal diront certains). Sir Anerood Jugnauth rythme la vie politique, passant du pouvoir à l’opposition et vice versa. Premier ministre de 1982 à 1995, et de 2000 à 2003, il en devient ensuite le président de la République – fonction honorifique mais qui lui permet de rester aux avant-postes.Avant de redevenir Premier ministre. Et de préparer au mieux son fils, Pravind Jugnauth, né en 1961, juriste et avocat de formation, aux arcanes du pouvoir. Ce dernier entre en politique au virage des années 2000 et occupe toutes les fonctions possibles des bancs de l’opposition et du pouvoir. Il est impliqué dans un retentissant scandale de corruption en 2015, avant d’être blanchi par la cour suprême. Ministre des technologies, il devient Premier ministre en janvier 2017 à la démission de Sir Anerood, sans passer par les urnes… Le fils reconnaissant nomme son père, 87 ans, ministre de la Défense ! Exemplaire. Oupresque. 
 
IAN KHAMA ET SERETSE KHAMA (Botswana)
Une longue lignée
AUX COMMANDES du Botswana depuis 2008, Ian, le fils de Seretse Khama, héros de l’indépendance, a de qui tenir. Son père est issu d’un lignage royal, celui des rois des Bamangwato. Le mariage de Sir Seretse avec une « Blanche », Ruth Williams, avait défrayé la chronique dans une région marquée par les préjugés raciaux. Ian, métis, est né en 1953 dans le Surrey alors que son père, humilié, avait été contraint à l’exil. En 1980, il a 27 ans lorsque son père, en fonction depuis 1966, décède. Formé au Swaziland puis à l’Académie militaire de Sandhurst, en Grande- Bretagne, il devient pilote et dirige les forces armées du pays. Il entre en politique en 1998, date à laquelle le chef de l’État, Festus Mogae, le nomme vice-président et démissionne en 2008, lui laissant le pouvoir. Khama remporte les législatives (ce sont les députés qui élisent le président) de 2009 et de 2014. Il aurait annoncé son intention de se retirer l’année prochaine. Critique à l’égard des « despotes », il est lui même reconnu comme austère et autoritaire, accusé sur le dossier des terres bushmen. Il est surtout le 4e président d’un des pays les plus riches et les plus stables du continent.
 
 
NANA AKUFO-ADDO ET EDWARD AKUFO-ADDO (Ghana)
Le style Oxford
APRÈS les tentatives de 2008 et 2012, celle de 2017 aura été la bonne : il est élu président du Ghana en décembre 2016, au premier tour, avec 53 % des voix contre le sortant John Dramani Mahama. Une élection qui sera aussi remarquée par son discours d’investiture, largement plagié sur celui de présidents américains… Nana Akufo-Addo présente des similitudes troublantes avec le parcours de son père. Dans les années 30, Edward Akufo-Addo est envoyé par ses parents à l’université d’Oxford : engagé aux côtés de Kwame Nkrumah, chantre de l’indépendance, il est juge à la cour suprême, puis ministre de la Justice avant d’accéder à son tour, en août 1970, à la présidence, largement honorifique, du pays. Celle-ci sera de courte durée : le régime est renversé par le général Ignatius Acheampong en janvier 1972. Son fils Nana est alors en Angleterre. Dix ans plus tôt, lui aussi est allé à Oxford pour étudier le droit, comme son père, et devenir, lui aussi, avocat. Lorsque Edward meurt en 1979, Nana ouvre son propre cabinet à Accra. Puis s’engage en politique, militant notamment contre les atteintes aux droits de l’homme perpétrées par les généraux. En 2000, son rival au sein du Nouveau parti patriotique (NPP), John Kufuor, devient président. Nana Akufo-Addo devient… ministre de la Justice, comme Edward. Depuis, le fils de n’a eu de cesse de briguer l’élection présidentielle. Jusqu’à cette victoire, au nom du père… Et avec la lourde mission de sortir le pays de la crise économique. 
 
 
 
UHURU KENYATTA ET JOMO KENYATTA (Kenya)
L’histoire en boucle
EN SWAHILI, son prénom signifie « liberté ». Uhuru est le fils de Jomo Kenyatta, fondateur de la nation kényane, premier président, et de sa quatrième épouse Mama Nigna. Il est né en octobre 1961, deux ans avant l’indépendance, enfant d’une grande famille kikuyu, la puissante ethnie dominante. Le 1er septembre, la cour suprême du Kenya a invalidé l’élection présidentielle du 8 août et la victoire de Kenyatta, président sortant. Une révolution. La justice aura inversé le cours du processus électoral pour cause de simples irrégularités. Le Kenya est souvent à l’avant-garde, mais c’est aussi un pays profondément divisé, le long de fractures historico-ethniques, héritées de la colonisation. Uhuru Kenyatta devra donc retourner aux urnes, fin octobre, face à son vieil adversaire Raila Odinga. Une histoire où hier retrouve aujourd’hui, qui mêle ethnie, famille, sentiments profonds d’injustices… Raila est le fils d’Odinga Odinga, qui fut vice-président de Jomo Kenyatta avant d’entrer dans son opposition (et en prison). C’est aussi la figure de proue des Luo, 4e groupe du pays, 10 % de la population, souvent marginalisés, majoritaires dans les grands bidonvilles de Nairobi et sur les rives du lac Victoria…
 
 
 
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