octobre 2018

Sans complexes

Par DOUNIA BEN MOHAMED/Ouakaltio Ouattara
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Ambitieux et innovants, ils et elles incarnent une nouvelle Côte d’Ivoire : 14 portraits, 14 projets.
 
Bahi Degui et Akadji Gbongbadjé, le duo de la crêpe
Investir dans la gastronomie en Côte d’Ivoire, en particulier dans une crêperie, n’avait rien d’une entreprise évidente. Il leur aura fallu du temps, de l’énergie et de la persévérance pour donner naissance à Marin, une crêperie unique en son genre puisqu’elle marie les habitudes alimentaires bretonnes et ivoiriennes. Bahi Degui (37 ans) et Akadji Gbongbadjé (27 ans), tous deux diplômés en commerce, ont évolué dans des univers différents, automobile et immobilier pour le premier, banque et marketing pour le second. Avec Marin, ils se sont lancé le pari de démocratiser la crêpe en en faisant un produit de consommation populaire. Pour y parvenir, ils ont développé leur enseigne autour de valeurs familiales, qui reflètent les signes extérieurs de la civilisation ivoirienne. La technique, simple, consiste à confectionner des crêpes à base de mets locaux, tels que de la banane plantain frite, appelée « alloco » à Abidjan. « Nous voulons créer une franchise et être les leaders de la crêpe en Afrique de l’Ouest », déclarentils, confiants. Le duo s’associe à quelques start-up qui prospèrent dans la chocolaterie afin de gagner la confiance des Abidjanais. Et les choses se passent plutôt bien pour ceux qui ont tout abandonné en France pour tenter l’expérience africaine.
 
Edwige Gbogou, « be chic, be geek ! »
La « geekeuse d’Abidjan », comme elle s’est baptisée, est passionnée de technologie depuis son enfance. « Mon père avait ramené un ordinateur à la maison. Je voulais voir comment cela fonctionnait, par curiosité, alors je m’y suis mise. » Bac en poche, elle entre au Centre des études supérieures des affaires d’Abidjan. En deuxième année, elle se spécialise en systèmes électroniques et informatiques, puis intègre très rapidement les communautés de la scène technologique ivoirienne et crée son blog, « Mon aventure de geekette », avant de lancer, avec des amis d’Abobo, sa commune de naissance, Baby Lab, un laboratoire d’idées et de production qui offre aux jeunes délaissés un espace de travail collectif et créatif. En 2016, elle y fonde EG, sa propre marque, de bijoux fabriqués à partir de produits recyclés. À 28 ans, elle est aujourd’hui directrice générale de PerformAddict, une agence digitale spécialisée dans l’accompagnement de projets d’innovation, récemment sélectionnée pour devenir l’un des ambassadeurs de Digital Grassroots, un programme soutenu par les Nations unies qui promeut les bonnes pratiques de l’Internet. « Petite, je me souviens avoir entendu l’expression “empire commercial” et je rêvais de régner sur cet empire. Je nourris encore cette envie au fond de moi. »
 
Pehah Jacques Soro, l’art en 3D
À tout juste 30 ans, Pehah Jacques Soro, artiste peintre qui réalise des oeuvres à effet optique (3D), révolutionne le monde de l’art. « Je suis né à Korhogo. J’ai commencé mes premiers pas dans le dessin dès ma classe de CP. » Le jeune homme est sorti major de sa promotion au lycée d’enseignements artistiques d’Abidjan, puis a décroché un master 2 à l’école nationale des Beaux-Arts d’Abidjan ; un parcours des plus classiques pour un amateur d’art. Son travail, en revanche, est loin d’être commun. « Je peins des scènes de vie quotidienne en lien avec la femme, l’enfant, la religion… Ces scènes, je les veux vivantes et fascinantes, afin que mes messages ne passent pas inaperçus. C’est ce désir de singularité qui m’a poussé à présenter une technique picturale influencée par le cubisme européen et les icônes de la peinture ivoirienne, telles que James Houra et Soro Pehouet Patrick. » Pour donner plus de « relief » à son expression artistique, il la fait vivre en 3D. « Un artiste ne peint pas parce qu’il a simplement envie de peindre, mais plutôt parce qu’il est motivé par quelque chose et qu’il a une idée à véhiculer. J’ai remarqué que pendant longtemps l’oeuvre d’art est restée prisonnière de son support technique. Et comme l’art est le domaine par excellence où réside la liberté, j’ai donc décidé de libérer les différents éléments de mes compositions du cadre de leur support technique, d’ouvrir une porte ou une fenêtre qui constituerait un “pont” grâce auquel les différents éléments de la toile peuvent sortir du cadre pour nous visiter et nous permettre de faire partie nous aussi du tableau. »
 
Penda Cissé, fondatrice de Co-Lab
« J’ai passé la première partie de ma vie entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Ces déménagements successifs, liés à la carrière diplomatique de mon père, n’ont jamais été un problème. J’aime bouger et faire bouger les choses. » De ces voyages aux quatre coins du monde, Penda Cissé, fille d’un diplomate sénégalais, a puisé une inspiration intarissable. Après de brillantes études en France, elle s’expatrie au Canada, puis à New York, où elle intègre l’univers du luxe made in France, avant de revenir sur le continent. « Pour moi, le retour en Afrique était en lien étroit avec l’entrepreneuriat. Je souhaitais rentrer pour exprimer ma créativité. Il me semblait avoir acquis toutes les bases pour monter une entreprise viable. » Avant de l’exprimer dans sa totalité, à travers son agence de communication globale Piment bleu, elle devra s’adapter à son environnement et trouver ses marques. « Quand je suis arrivée en Côte d’Ivoire en 2011, un espoir immense marquait le pays, considéré comme une terre d’opportunités, qui reprenait sa place de moteur dans la sous-région ouestafricaine, après des années de crise. Je pensais que cela serait un bon point de départ pour monter un business », se souvient Penda, avant de nuancer. « Je dois reconnaître avoir connu des difficultés d’adaptation au début. Car manager des équipes en Afrique est un véritable challenge quand on a été comme moi formé à l’étranger. En Europe ou en Amérique du Nord, la liberté de parole prime. Alors qu’en Afrique, il faut avoir un management paternaliste, avec plusieurs niveaux de validation… Cela m’a effrayée à l’époque. Il m’a fallu prendre en compte un environnement qui m’était étranger. » Elle a donc dû s’adapter, avant de laisser parler sa créativité et d’innover avec Co-Lab, un espace de coworking d’un nouveau genre. « La création de l’agence a été conjointe à celle de Co-Lab, un lieu d’innovation, qui fournit des espaces de travail en collaboration connectés, que nos clients, les co-labeurs, peuvent utiliser de manière très flexible. »
 
Djélika Yao, femme plurielle
« Partir de rien pour devenir quelqu’un ! » Tel est le slogan de l’émission que Djélika Yao a créée. Depuis plusieurs années, elle est le visage de l’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire. Directrice de l’agence Pluriel communications, elle anime l’émission Entreprenantes et dynamiques diffusée un dimanche sur deux sur la première chaîne ivoirienne, la RTI 1, qui connaît depuis plusieurs années un grand succès en Côte d’Ivoire. « Elle est produite et financée en fonds propres à partir des bénéfices de Pluriel Communications. Ce slogan illustre le véritable ADN de notre société. Il dit tout de notre démarche et de ma personne : il est possible de réussir en partant de rien, si l’on s’en donne les moyens et que l’on travaille nuit et jour. La persévérance et le travail constituent les clés de la réussite. » Djélika Yao, qui représente cette réussite, a fondé son agence de communication en 2008. Situé dans le quartier huppé des Deux Plateaux, à Abidjan, Pluriel communications place l’entrepreneuriat féminin au coeur de ses activités professionnelles. Le leitmotiv de sa fondatrice : encourager les femmes à prendre leur destin en main à travers l’entrepreneuriat. Pour ce faire, Djélika Yao s’appuie sur son parcours personnel. « En tant que présidente de la récente Fédération ivoirienne de mini-football, je suis fière de notre équipe, qui a gagné la première Coupe d’Afrique des nations, dont la finale s’est disputée le 12 mai dernier à Tripoli, en Libye. Grâce à notre cohésion et à un coach hors pair, Eugène Beugré Yago, nous avons remporté de haute lutte cette compétition en battant le Sénégal aux tirs au but. Rien ne présageait cette victoire. Nous sommes partis d’Abidjan sur la pointe des pieds parce que nous avions un effectif réduit par rapport à nos adversaires et étions sans grands moyens. » Un exemple à l’image de son propre parcours.
 
Ashley Gnahoua, alias OKédjè
« Quand j’étais petite, j’alignais mes peluches et j’imitais la maîtresse pendant des heures. Je faisais aussi des discours devant une assemblée de déodorants et de parfums. » Si Ashley Gnahoua, une Franco-Ivoirienne de 31 ans, commence son parcours de façon classique, elle revient très vite à la communication, un domaine pour lequel elle développe un talent quasi inné. Blogueuse, photographe, animatrice d’événements, sous le pseudonyme OKédjè, elle inonde le Web. « Grâce à mon blog, OKédjè’s Testimony, je partage mon quotidien. Raconter les échecs et les réussites que je rencontre peut aider ceux qui me lisent, leur donner une motivation, du réconfort. J’ai aussi été rédactrice pour plusieurs webzines. Un jour, en allant représenter l’un d’eux, Ayana, pour le compte d’Amie Kouamé, la directrice générale d’Ayana & Compagnie, aux Adicom Days, je suis entrée en contact avec l’entreprise pour laquelle je travaille aujourd’hui. Je souhaitais venir en Afrique, j’ai toujours voulu y vivre, particulièrement en Côte d’Ivoire. » Aujourd’hui, community marketing manager Afrique de la deuxième plate-forme internationale d’hébergement de vidéos, elle met à profit ses compétences acquises sur la Toile. « Mon travail consiste à gérer les réseaux sociaux de la plateforme en assurant la promotion des contenus intégrés par nos partenaires ou que nous réalisons nous-mêmes. Je gère également la notoriété et l’implémentation relationnelle sur le continent africain. » En parallèle, elle monte un programme de coaching. « J’ai eu à coeur de fonder Deviens ton talent, un programme permettant de découvrir ses grâces cachées et d’accomplir sa destinée. Pourquoi ? Pour s’épanouir et devenir une source d’épanouissement pour les autres. Je propose des master class publiques et gratuites, ainsi que des séances d’accompagnement individuel. »
 
Axel-Emmanuel Gbaou, la #CocoaRevolution
Instant Chocolat. C’est le nom de l’une des rares marques de chocolat 100 % made in Côte d’Ivoire qui rayonne aujourd’hui à l’international. Un succès local porté par Axel- Emmanuel Gbaou, 34 ans, tombé dans le cacao tout petit. « J’ai grandi à l’ombre des cacaoyers en Côte d’Ivoire, premier producteur de cacao au monde. Mais je ne supportais plus de ne pas voir de marques de tablettes de chocolat ivoiriennes dans les rayons des supermarchés. Il fallait agir et vite. » Ainsi, après de brillantes études de droit et sciences politiques à l’université d’Abidjan suivi d’un master en fiscalité et un début de carrière prometteur en tant que banquier, il plaque tout pour suivre son rêve. « Depuis tout petit, je rêvais d’avoir mon entreprise et d’être mon propre patron. » Le cacao lui permet de concrétiser ce souhait. Champion de Côte d’Ivoire et vice-champion d’Afrique de chocolat-pâtisserie, Axel-Emmanuel a d’autres ambitions. « Malheureusement, je suis l’un des rares chocolatiers ivoiriens, mais je ne compte pas le rester. J’espère former beaucoup de jeunes. Il y a de la place pour une centaine de chocolatiers en Côte d’Ivoire, autant que de partis politiques. » En attendant, Instant Chocolat prépare une nouvelle collection de tablettes de chocolat, emballées dans du pagne. « À la fin de l’année 2019, j’espère exporter les premières tablettes fabriquées dans un autre pays d’Afrique… Le projet semble un peu insolite et les recettes sont innovantes. Nous préparons la #CocoaRevolution ! »
 
Aboubacar Karim, des drones pour l’agriculture
Aboubacar Karim (22 ans) tisse sa toile dans un domaine où il espère servir de boussole aux jeunes de son âge. « Dans le secteur agricole, la technologie aura un rôle important dans les années à venir, et il faudra produire de manière plus précise », confie le jeune homme, fondateur et directeur général, depuis janvier 2017, d’Investiv Group qui propose un modèle de gestion d’exploitation agricole en phase avec la révolution technologique. Pionnière dans l’utilisation des drones en agriculture en Afrique de l’Ouest, la start-up fournit à ses clients des solutions techniques et innovantes alliant productivité, performance et gain de temps. Ces solutions leur permettent de réduire les pertes liées aux problèmes phytosanitaires, puis de connaître avec précision l’état et les dimensions de leurs terres et, enfin, de suivre l’évolution de leur activité et de procéder à des études techniques préalables à la mise en oeuvre de leur projet. Diplômé en agroéconomie de l’université de Laval en 2016, avec à son actif plusieurs stages au Conseil café-cacao (Abidjan) et au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, il a pour ambition de « permettre aux producteurs agricoles de mieux connaître leurs terrains, leurs besoins, et d’adapter leurs pratiques de production aux indicateurs appropriés ». Sa technique consiste à utiliser des drones pour diagnostiquer les plantations et mesurer avec exactitude la superficie des terrains et les besoins en eau et en engrais. Il caresse le rêve « de faire de la Côte d’Ivoire un pays où l’agriculture sera moins dépendante du climat, grâce à la précision ».
 
Daniel Oulai, stimuler l’innovation agricole
Bénévole pour plusieurs programmes dans l’agriculture, Daniel Oulai (29 ans) a remporté, fin août, le prix Castel de Solibra qui valorise les entrepreneurs dans le domaine agricole. Son projet consiste à créer, selon ses termes, une « grainothèque rurale de semences d’utilité communautaire » ayant pour but de préserver le patrimoine génétique des espèces nourricières africaines en voie de disparition. Celle-ci serait accompagnée d’un « fonds documentaire thématique, disponible en numérique et en physique, qui explique le processus de semence ». Parmi les difficultés auxquelles sont confrontés les agriculteurs ivoiriens, on peut citer les pertes post-récolte et les problèmes de stockage qui causent un manque à gagner de 40 à 50 % en moyenne ; une problématique à l’origine de la création de Grainothèque en 2016. Cette « entreprise sociale et solidaire vise à stimuler l’innovation et la transformation durable de l’agriculture paysanne », explique Daniel Oulai. Avec la création de cinq emplois directs à temps plein et d’une centaine d’emplois indirects, le jeune lauréat voit grand et mobilise des fonds pour « déployer un système d’agriculture intégrée qui permettra à 10 000 jeunes d’être insérés dans les chaînes de valeur agricole ». Titulaire d’un master spécialisé en développement agricole et d’une licence en marketing et management, il avait déjà, en 2016, remporté le prix Entrepreneur vert Afrique francophone, doté du trophée Initiative Climat, à la COP22 de Marrakech, au Maroc, ainsi que le prix des 100 projets pour le climat. En 2017, il a également été lauréat du prix de la Fondation Tony-Elumelu.
 
Raïssa Banhoro, au service de l’alphabétisation
Raïssa Banhoro est un nom qui fait grandement écho dans le monde très sélect des développeurs d’applications mobiles en Afrique. Ingénieur en sciences informatiques, celle qui a remporté le prix de la meilleure développeuse Web de Côte d’Ivoire en 2015, puis raflé le premier prix du Hackaton régional en Égypte en 2016 et le prix RFI Challenge App en 2017, apporte sa pierre à l’édification d’un monde sans analphabète. Sa création, nommée Lucie (pour Leçon unique conçue pour l’innovation dans l’enseignement), a pour but d’apprendre aux femmes à lire grâce à une technique d’alphabétisation qui s’adapte à leur profil et à leurs besoins. Pour ce faire, les apprenantes ont à disposition plusieurs modules de cours dotés d’une assistance vocale, qui leur permet d’acquérir de bonnes pratiques dans leurs activités quotidiennes. « La plupart des filles qui n’ont pas été scolarisées exercent des petits métiers. Il existe des cours d’alphabétisation à suivre le soir, mais elles n’ont pas le temps d’y prendre part. Grâce à l’application, à l’heure du déjeuner par exemple, elles pourront faire leur apprentissage », explique Raïssa Banhoro. Un système d’évaluation permet aux développeurs d’évaluer les progrès des utilisatrices et ainsi de leur envoyer des textes d’encouragements. Si l’application est en partie gratuite, l’accès aux modules plus avancés coûte quant à lui 76 centimes d’euros tous les mois.
 
Didier Assouakon, pour une digitalisation des soins de santé
Diplômé de l’Institut national polytechnique Félix-Houphouët- Boigny de Yamoussoukro, l’un des plus prestigieux établissements du pays, et faisant partie des trente meilleurs jeunes promoteurs de start-up et de PME du patronat ivoirien en 2017, Didier Assouakon (34 ans) a mis sur pied deux plates-formes : Femmivoire et RDVMedecine.com. La première est une page Facebook de vente en ligne de sacs et chaussures de grandes enseignes européennes. Les articles proposés sont essentiellement à destination des femmes. Depuis janvier 2015, plus de 5 000 articles ont été livrés dans tout le pays vers plus de 1 000 clientes. Le business fonctionne sur commande. La seconde est une plate-forme numérique de recherche et de prise de rendez-vous médicaux ; un projet conçu depuis octobre 2015 et amélioré au fil du temps. En collaboration avec une centaine d’établissements sanitaires privés, le jeune entrepreneur a réussi à adapter l’application aux exigences des usagers et les tests, effectués dans une dizaine de centres de santé, ont permis d’apporter de nouvelles fonctionnalités au site, qui vise entre autres à offrir un agenda de gestion et d’organisation de la patientèle aux praticiens ainsi qu’à « digitaliser le parcours de soins du patient et à améliorer le quotidien des professionnels de santé », comme l’explique Didier Assouakan. Une innovation de taille dans un pays où les archives des patients n’existent presque pas et où les antécédents médicaux de ces derniers sont peu connus des médecins. À raison, puisque la plupart des Ivoiriens ne peuvent se payer le luxe d’avoir leur médecin.
 
Évariste Akoumian, de la lumière pour les élèves défavorisés
Évariste Akoumian (35 ans) a eu l’ingénieuse idée de concevoir des cartables multifonctionnels qui permettent de transporter des manuels scolaires le jour et fournissent une source de lumière à la tombée de la nuit. Le Solarpak, destiné aux élèves des villages ivoiriens ne disposant pas de l’électricité, est muni d’un petit panneau solaire qui emmagasine l’énergie à l’intérieur d’une batterie rechargeable incorporée, d’un port USB et d’une ampoule ; un assemblage léger que les élèves peuvent transporter sans peine. Cet outil magique comporte une plaquette solaire de 3 W, rechargeable. Grâce à cette invention, « l’écolier peut gérer son temps d’étude, lui évitant ainsi d’avoir besoin de la lampe de poche ou de la lampe-tempête de la famille. » Le premier test, pour lequel avaient été mis en place 400 exemplaires dans différentes régions de la Côte d’Ivoire, a été passé haut la main en 2017 ; le projet a en effet séduit plusieurs responsables d’établissements scolaires et parents d’élèves. Cependant, à 12 000 francs CFA l’unité (moins de 20 euros), le Solarpak est encore loin de la bourse des parents d’élèves des zones rurales. Cette invention, qui intéresse l’Unesco et la Banque mondiale, pourrait être plus accessible d’ici 2020 si les coûts d’accès sont réduits.
 
Paterne Messon Gbeli, pour la sécurisation des récoltes
« Depuis mon enfance, je m’intéresse au monde rural. J’ai toujours respecté l’effort des paysans. » Paterne Messon Gbeli, 30 ans, a orienté sa carrière dans ce sens en créant Kouady, une organisation engagée dans la lutte contre la pauvreté, visant à garantir la sécurité alimentaire des populations démunies de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Elle promeut ainsi l’entrepreneuriat jeune dans le secteur agricole, par la mobilité, le renforcement de capacités, la recherche de l’innovation et la culture du numérique. Titulaire d’une licence professionnelle en marketing et communication, consultant et formateur en renforcement organisationnel, Paterne est parti d’un double constant. « Mes parents ont longtemps vécu en zone rurale. J’y ai constaté les ravages de la déforestation et, par conséquent, l’appauvrissement des populations, à l’origine de ces destructions. » Alors que le couvert forestier est passé de 10 millions à moins de 2 millions d’hectares selon le gouvernement, le jeune homme se jette dans un projet d’éducation à l’environnement : « J’ai imaginé installer une école pilote du développement durable, un centre de formation associé à une fermeécole et des jardins pédagogiques, destinés à présenter des solutions efficaces aux jeunes agriculteurs, afin d’assurer leur sécurité alimentaire, d’améliorer leur niveau de vie et de mieux les sensibiliser à la protection environnementale. » Il s’agit, selon lui, d’un « modèle de développement alternatif pour l’Afrique ». Deux cent cinquante producteurs de maïs, de cacao et d’huile de palme ont été formés en un an et demi d’existence du projet. « Il y a de bonnes réactions, mais nous avons besoin de financement pour aller plus loin. »
 
Ly Lagazelle, photographe sans frontières
Artiste photographe autodidacte de 35 ans, Phillis Lissa, de son vrai nom, rêvait enfant « de partir vivre loin, dans une aventure [qu’elle s’inventait] fantastique ». Curieuse et extravertie, cherchant sa propre identité, elle participe en décembre 2007 au Festival des arts visuels de la Fondation Donwahi, à Abidjan, en tant qu’hôtesse. « Côtoyer de si près le milieu artistique a éveillé ma curiosité. L’impression d’éternité révélée à travers une photographie, ce moment unique capturé si précisément par l’objectif, l’émotion transmise, les ombres qui entre elles dansent et s’entremêlent en laissant furtivement la place à la lumière qui les définit… Toute cette dynamique me passionne. » Avec le temps, les oeuvres de Sebastião Salgado, Josef Koudelka, Raymond Depardon et Seydou Keïta, découvertes au gré de longues immersions au coeur de leurs différents univers, au fond d’une bibliothèque, contribueront à affermir Ly dans sa conviction d’embrasser une carrière de photographe. La photographie documentaire dirige sa sensibilité artistique et la mène vers plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, de la Mauritanie au Ghana, en passant par le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire ou encore au Mali, et jusqu’à Myanmar. Aujourd’hui, Ly Lagazelle consacre le plus clair de son temps au traitement des images réalisées au cours de ses voyages. Après sa récente exposition au jardin-musée Anima autour du projet Les Silencieuses, à Marrakech, elle revient sur sa terre natale pour présenter son oeuvre dans le cadre de Cité des Arts #3, à travers une exposition baptisée Instinctiv, à l’image de celle qui l’a inspirée. Son travail, qui traduit sa perpétuelle quête identitaire, résolument moderne, est aujourd’hui enrichi par le numérique, qui offre un large éventail de possibilités dans le traitement des prises de vues qu’elle souhaite profondément expressives.
 
Serif Tall, la tontine des temps modernes
À 28 ans, Serif Tall, natif d’Adiaké, dans le Sud-Est ivoirien, est devenu un véritable influenceur. Ingénieur en pétrole et gaz de formation, il s’est orienté vers l’agriculture afin d’agir au plus près des communautés. C’est tout le sens du programme de financement participatif qu’il a créé, Bêdêmin, qui signifie en langue malinké « Aidons-nous ». « Ce pr ojet consiste à réunir des personnes qui ont peu de moyens financiers. Nous sommes soixante-dix. Ensemble, nous recherchons des jeunes qui sont porteurs de projets. Nous étudions le projet, puis nous présentons ce dernier à la plate-forme et nous lui trouvons un financement », explique Serif Tall. La particularité est que « le porteur du projet ne touche pas de cash. On négocie avec lui afin qu’il ouvre son capital. À la fin, les financiers ont un retour sur investissement. C’est en quelque sorte une modernisation de la tontine que nos mamans font entre elles dans les marchés. » Une idée née sur le terrain : « J’ai rencontré un homme [Axel-Emmanuel Gbaou, ndlr] qui fabrique du chocolat. Le produit existe depuis longtemps mais est méconnu du grand public. J’ai pris des photos que j’ai postées sur les réseaux sociaux. Il a ainsi triplé son chiffre d’affaires. C’est de là qu’est partie l’idée du financement participatif. » 
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