août 2015
No futur ?

TUNISIE

Par Akram BELKAÏD
Partage

Peut-être que tout cela ne fut qu’un mauvais cauchemar. Ou bien encore que tout cela pourrait déjà être oublié. Comment oublier ? La mémoire tragique est là, inscrite dans chaque grain de sable, inscrite comme des taches de sang dans le bleu de la mer. Ce 26 juin 2015, 39 personnes ont été massacrées (39…) sur le bord d’une plage de Sousse par un jihadiste tunisien armé d’une kalachnikov. La mémoire est aussi dans la pierre. Le 18 mars dernier, d’autres tueurs, peut-être issus de la même cellule, prenaient la vie de 22 personnes (22…) lors d’une attaque au musée du Bardo, dans la périphérie de Tunis. Le cœur du Printemps arabe sombre dans la douleur. La Tunisie est devenue l’une des cibles des mouvements islamistes internationaux. Qui recrutent, là, en son sein, parmi ses enfants, les agents de la terreur. Le pays paraît sidéré. En suspens. On multipl ie les mesures de sécurité. L’état d’urgence a été décrété pour faire face à l’immédiateté du danger. On s’interroge sur démocratie et sécurité. Le fatalisme gagne les âmes en attendant que la crise économique vienne semer le chaos. Le laxisme menace de tout emporter. Et pourtant on ressent aussi et en même temps, dans ce qui demeure un pays d’avant-garde, une volonté confuse d’aller de l’avant, d’aller au-delà, de se dépasser, de surmonter les drames, de tracer les chemins de l’avenir. La société civile est vivante. Elle porte encore à bout de bras la Tunisie. Rencontres, analyses et débats.

Et pourtant la vie continue !
La psychose est là, présente et muette. La classe politique paraît sidérée. Mais quelque chose dans la société résiste, veut fonctionner, travailler, croire à demain.

Tunis, quelques jours avant la fin du ramadan, à l’heure de la rupture du jeûne. L’accès routier à la zone des départs de l’aéroport international de Tunis-Carthage est bloqué par une simple barrière métallique. Le check-point où les policiers vérifient habituellement les coffres des voitures et l’identité de leurs passagers est déserté. Récurrent depuis le début du séjour, un sentiment oppressant, mélange de peur et d’accablement, se réveille soudain. On pense au pire qui pourrait arriver. À ce danger qui guette en permanence la Tunisie post-Ben Ali, cette Tunisie dont le monde arabe espère tant en matière de démocratisation et de naissance d’un véritable État de droit. Comment ne pas être inquiet ? Comment penser à autre chose y compris lorsque l’on est à l’ombre d’un parasol au bord d’une eau turquoise et transparente ? La question de la sécurité face aux menaces terroristes est sur toutes les langues, dans tous les esprits. Les attentats du Bardo en mars puis de Sousse en juin (61 morts dont 59 touristes étrangers) ont frappé les imaginations. Ils ont montré que le pire est possible dans un pays longtemps loué pour sa tranquillité et pour son peuple pacifique et accueillant. Ces deux attentats de 2015, bien plus que les meurtres de personnalités politiques en 2013 et les multiples attaques sanglantes contre des forces de l’ordre et contre l’armée, ont créé ce que l’on pourrait qualifier de psychose muette. Prégnante, elle devient douloureusement audible quand des rumeurs non fondées faisant état de la présence d’hommes armés sèment la panique ou quand les menaces en provenance de l’organisation de l’État islamique (EI) sont relayées par les réseaux sociaux.

Certes, la vie ne s’est jamais arrêtée. Tunis, les villes et villages du cap Bon ont vécu à l’heure des soirées festives du ramadan. L’Aïd venu, et passé une trêve de deux jours consacrés à la famille et aux proches, les plages ont été prises d’assaut avec force glacières et nourriture rappelant que le Tunisien aime toujours autant se faire plaisir. Ici et là, le soir venu, les cortèges klaxonnant pour célébrer un mariage ont refait leur apparition. Les gargotes comme les restaurants ne désemplissent pas et, comme c’est le cas chaque année ou presque, telle ou telle vedette étrangère invitée au festival de Carthage se fait siff ler par un public intransigeant. Mais il n’empêche. L’air de la violence, le même qui a flotté sur l’Algérie au début des années 1990, est bel et bien là. Il prend à la gorge et colle à la peau. Pour celui qui l’a connu à Alger ou même à Beyrouth ou à Bagdad, c’est une insupportable sensation de déjà-vu ou, plutôt, de déjà vécu. Chacun sait ce qui risque de se passer, encore que, par pudeur et accord tacite, le sujet n’est pas tout de suite abordé. « Ils vont recommencer. C’est inévitable. » Cette prévision, glaçante, clôt souvent la discussion à propos de la situation. Chez l’homme de la rue, le vendeur à la sauvette, l’épicier débonnaire ou le vendeur de cartes téléphoniques, l’acuité le dispute à une sorte de fatalisme résigné. On s’en remet à la protection divine, au mektoub. Il arrivera, dit-on, ce qui doit arriver.

Les milieux aisés, eux, ont plutôt tendance à faire l’autruche. Certes, la banlieue nord de Tunis est inquiète elle aussi. Mais – peut-être est-ce là la force d’une bourgeoisie qui en a vu d’autres au cours des siècles – cette classe privilégiée peut parfois se comporter comme si tout cela ne la concernait pas. Bien sûr, il lui faut exprimer sa colère face à une situation qui ne s’améliore pas, qu’il s’agisse de la sécurité ou de l’économie. Hier, c’était le président Moncef Marzouki, accusé de mille maux dont le moindre n’était pas celui d’avoir composé avec les islamistes d’Ennahdha. Aujourd’hui, c’est la Libye voisine et son chaos. Parfois l’Algérie, soupçonnée de ne pas en faire assez pour aider la Tunisie. Quant au président Béji Caïd Essebsi, il commence lui aussi à inquiéter, y compris celles et ceux qui ont voté pour lui. Avec prudence, un peu comme si les pratiques policières de l’ancien régime étaient susceptibles de revenir, la question de sa compétence face aux circonstances extraordinaires que connaît le pays est posée. Constat d’un homme du sérail, ancien du RCD au pouvoir sous Ben Ali et revenu aujourd’hui, certes discrètement, dans le sillage de Nidaa Tounes, le parti présidentiel : « L’enjeu est énorme. Économie, politique, sécurité. Nous sommes au bord du précipice. Il faudrait une réaction d’ampleur à la hauteur des enjeux. Hélas, c’est loin d’être le cas. On vivote au jour le jour… »

L’at tentat du Bardo et plus encore celui de Sousse ont mis en exergue une réalité des plus déplaisantes. Sur le plan sécuritaire, la Tunisie ne semble pas prête à faire face à la menace jihadiste. Désorganisation, lourdeur de l’appareil administratif, personnel démobilisé, rivalités entre services, fortes contraintes sur l’armée : le panorama inquiète y compris les chancelleries occidentales et les observateurs les plus attentifs de la situation. Dans un rapport, l’organisation International Crisis Group (ICG) tire la sonnette d’alarme : « Renforcer l’apparei l de sécurité passe en priorité par la modif ication des statuts juridiques qui régissent le secteur, la mise en place d’un ambitieux plan de gestion de ressources humaines ainsi que l’amélioration de la formation initiale et continue », précise le document*. Pour l’ICG, c’est là une condition majeure pour que les autorités cessent de réagir « au coup par coup » aux attentats et pour que le pays échappe au chaos ou à un retour de la dictature.

Établi en Tunisie depuis le milieu des années 1990, un homme d’affaires algérien livre cette analyse en pesant ses mots : « Après la chute de Ben Ali, le pays a fait une longue crise de nerfs. Il fallait que les choses sortent, que la parole se libère. Maintenant, nous sommes entrés dans une autre phase. C’est celle de la sidération et du déni. Je crains que certains responsables de ce pays ne se rendent pas compte que l’affaire est sérieuse. Que rien n’immunise contre le terrorisme. » Des propos qui confortent le malaise du visiteur ayant vu d’autres situations conflictuelles, notamment dans le monde arabe. Dans de nombreux endroits publics voire des représentations diplomatiques – sans oublier les hôtels –, il est impossible de ne pas relever un certain laisser-aller en matière de protection. Un peu comme s’il fallait d’autres horreurs que celles du Bardo et de Sousse pour que la rigueur et la vigilance soient au rendez-vous. Bien entendu, les enjeux vont au-delà de la lutte contre le terrorisme. « Ce moment ne passera pas tout seul et ce n’est pas un mur à la frontière libyenne qui réglera les choses. Il faut une politique ambitieuse car le problème n’est pas que sécuritaire, mais politique et économique », estime de son côté un diplomate arabe. L’absence d’un projet politique est patente. L’idée que rien n’a changé depuis janvier 2011 ne suffit pas à lancer une dynamique volontariste, une sorte de New Deal qui pourrait redonner espoir à une jeunesse tentée par le jihadisme. Ainsi, que répondre à Moncef, 28 ans, ingénieur au chômage, qui jure que l’EI recrute des diplômés à des salaires dignes de ceux du Golfe ? Ces affirmations véhiculées par la propagande islamiste sur Internet sont légion. Elles alimentent les conversations du soir, quand la chaleur du jour est retombée et que le seul loisir hormis surfer sur la Toile consiste à refaire le monde au pied d’un réverbère en mangeant des graines de courge séchée. Pourtant, les signaux d’alerte se multiplient. Le cabinet International Alert, dirigé à Tunis par la politologue Olfa Lamloum, montre que la jeunesse des quartiers d’Ettadhamen et de Douar Hicher est loin d’être prémunie contre les idées radicales. Constat tranchant d’Adel, comptable dans une entreprise de Bizerte : « Le gouvernement peut fermer toutes les mosquées extrémistes, ça ne changera pas ce qu’il y a dans la tête de jeunes qui n’ont que trois issues : dépérir en restant ici, quitter le pays en harraga ou aller mourir en Syrie ou en Libye. »

Faut-il pour autant se laisser gagner par le pessimisme ? La réponse est non, car il suffit d’observer la société tunisienne au quotidien pour comprendre qu’elle possède les ressorts pour s’en sortir. Il y a ainsi une condamnation presque unanime de la violence et du radical isme. Les at tentats contre les touristes étrangers, les attaques contre la police et l’armée ont révulsé la majorité, qui y voit un comportement contraire aux valeurs traditionnelles de la société. Certes, le fossé entre la jeunesse désœuvrée et la pol ice n’a jamais cessé de se creuser, mais de là à applaudir à des meurtres, il y a un pas que peu franchissent. « Au lendemain de l’attentat de Sousse, j’ai eu l’impression que les gens travaillaient et s’activaient plus. Il y avait de l’abattement, mais aussi la volonté de montrer que la vie continuait », relève Dorsaf, enseignante en mathématiques dans un col lège. Nejwa, universitaire et chercheuse au Canada, insiste quant à elle sur le rôle fondamental des femmes. « Quand on regarde autour de soi, on se rend compte que les Tunisiennes ne baissent pas les bras. Au travail, elles sont à leur poste jusqu’à très tard. Elles ont bien conscience de la gravité de la situation mais elles font du mieux qu’elles peuvent. Ce sont elles qui vont sauver ce pays. »

* « Réforme et stratégie sécuritaire en Tunisie »,
Bruxelles-Tunis, 23 juillet 2015.

Témoignages

NABIL KAROUI
Communicant, patron de Nessma TV, futur homme politique

« À DÉFIS EXCEPTIONNELS, SOLUTIONS EXCEPTIONNELLES »
IL DIRIGE avec son frère Ghazi le groupe Karoui & Karoui World. Créateur de la chaîne de télévision Nessma, celui qui fut l’un des fondateurs du parti Nidaa Tounes ne cache pas ses ambitions publiques.

AM : La Tunisie est-elle réellement en danger ?
Nabil Karoui : Clairement ! Mais pas uniquement à cause du terrorisme, qui n’est que l’éruption cutanée d’un mal plus profond. Il y a une absence de leadership chez la classe dirigeante d’aujourd’hui. Le peuple constate tous les jours qu’il n’y a pas de vision claire pour le pays et encore moins de réponses adéquates aux défis complexes auxquels nous sommes confrontés. L’État a perdu de sa prééminence et les valeurs républicaines leurs vertus. Nous sommes au cœur d’un tourbillon politique, économique, social, sécuritaire et moral. Est-ce par nonchalance, par inconscience ou par incompétence que les dirigeants actuels ne saisissent pas l’ampleur de la crise ? Trop de spin doctors, trop de chapelles, une cacophonie générale mais rien de visible, de fiable et de rassurant à l’horizon. Il s’agit aujourd’hui de prendre le bon virage, de réconcilier la société avec l’État et avec les valeurs de la République. De rassembler, d’unir, de produire de la confiance et de l’engagement.

Comment expliquez-vous qu’une part si importante de la jeunesse tunisienne soit attirée par le jihad ?
La paupérisation et la marginalisation de certaines régions et catégories sociales qui se sont manifestées sous l’ère Ben Ali se sont accentuées avec l’avènement de la révolution. Cela a constitué un terreau propice à l’embrigadement de jeunes désœuvrés et sans espoir. Situation extraordinaire qui a fait du pays le plus grand pourvoyeur de jihadistes au monde. On peut dire que les jeunes d’aujourd’hui se retrouvent dans une société fermée qui recycle redondances et infantilisme. Un pays où l’ascenseur social est bloqué, où le système éducatif est dévalué, où tous les chemins mènent soit au bar, soit à la mosquée. Nos parents se sont identifiés à Bourguiba et ont adhéré à son projet de société. Ma génération a subi la chape de plomb bénaliste et rasé les murs par peu de l’oppression. Les jeunes d’aujourd’hui se retrouvent dans un paysage dévasté. Ils vont vers Daech comme on se shoote au crack. Je crois qu’ils se suicident, tout simplement, et plongent dans l’éphémère d’un monde fantasmatique avant de tomber criblés de balles.

Comment peut-on réagir « à froid » aux attentats du Bardo et de Sousse ?
La Tunisie est en guerre contre le terrorisme, mais elle ne l’assume pas. Considérer le terrorisme comme un phénomène international dont notre pays est l’une des victimes, c’est fuir ses responsabilités. Je suis convaincu que le traitement devrait d’abord être tuniso-tunisien. Le constat est clair : notre système de protection n’a pas tiré les leçons de l’attentat du Bardo, c’est ce qui a engendré la catastrophe de Sousse. Les défis sécuritaires auxquels nous sommes confrontés quotidiennement sont inédits, mais les réponses sont traditionnelles et inadaptées. À défis exceptionnels, solutions exceptionnelles, loin du flou, de la mollesse voire de l’hypocrisie ambiants, mais sans que cela contredise le respect des droits et des libertés.

Quelle est la nature du « drame tunisien » : social ? civilisationnel ? tout simplement politique ?
C’est tout cela à la fois. Aujourd’hui, nous n’avons pas de vision claire. On assiste au contraire à un dévoiement sinon à une perte des valeurs qui fondent le vivre ensemble. La Tunisie est une terre, un peuple, une histoire glorieuse, une civilisation riche. Contribuer à la rendre plus forte et invulnérable devrait participer d’une mystique nationale adossée à un dessein fédérateur.

Vous êtes un acteur majeur de la société politico-médiatique depuis l’ère Ben Ali. Quel est votre regard « distancié » sur l’évolution du pays depuis la révolution ?
La révolution n’a pas été perçue de la même façon par l’ensemble de la nation. Certains y ont vu l’équivalent de la Révolution française de 1789. D’autres se sont imaginé revivre Mai 68. D’autres encore se sont vus en pleine révolution iranienne de 1979. Cela a créé une frustration générale, car personne n’est parvenu à imposer sa vision. Les gouvernements successifs depuis 2011 n’ont pas fait la bonne lecture de ce qui s’est passé. La Tunisie a vécu une révolution du XXIe siècle, qui n’est apparentée à aucune des trois révolutions citées plus haut.

Peut-on agir efficacement pour la sécurité, lutter contre la terreur et maintenir les acquis démocratiques ?
C’est une question pertinente qui se pose aujourd’hui dans toutes les démocraties du monde. Chaque attentat terroriste entraîne naturellement une réaction tendant à la répression aveugle et à la dérive. Soyons clairs : je suis résolument pour un État fort qui applique les lois pour tous avec fermeté et équité. Mais cela n’est pas incompatible, loin de là, avec le respect de la démocratie, des droits et des libertés.

Les élites traditionnelles sont-elles dépassées ?
Nous vivons une accélération de l’Histoire qui rend obsolètes la plupart des solutions proposées par les hommes politiques actuels. Les programmes avancés par ces derniers se sont révélés inefficients et ont fait la preuve de leurs limites. La Tunisie de demain a besoin de sang neuf, d’idées inédites, de talents et de savoirs pointus. Il nous faut de l’audace, du courage, de la pertinence et de la créativité. Il nous faut des patriotes sincères et engagés qui regardent dans la même direction.

Que faut-il faire pour remettre la Tunisie en marche ?
Les trois dernières années de la transition ont vu l’adoption d’une nouvelle Constitution ainsi que la mise en place des institutions de l’État démocratique et ont permis de sortir la Tunisie de la crise politique. Aujourd’hui, notre problème essentiel est économique, social et sécuritaire, alors que la classe politique continue de proposer replâtrages, réformettes et solutions politiciennes. Nous travaillons actuellement avec des équipes d’experts à la conception de mesures concrètes et efficaces qui pourront permettre au pays de rebondir immédiatement. D’où la difficulté de l’équation qui consiste à concilier les réponses immédiates et les réformes stratégiques. Il est vital de donner de l’espoir et de l’optimisme à la nation, particulièrement à la jeunesse, afin de libérer les énergies positives qui sommeillent en chacun d’entre eux et qui n’attendent que d’être activées.

Pourquoi en seriez-vous plus capable que d’autres ?
Parce que j’ai une vision claire et un projet. Parce que je n’ai pas peur. Parce que je ne suis pas seul. Parce que c’est possible.

Comment pourrait-on imaginer une Tunisie « relativement idéale » dans vingt ans ?
Il s’agit d’amener ce pays à un modèle inédit susceptible d’allier, pour ne citer que ces exemples, l’audace et la modernité de Dubaï, la croissance et la justice sociale de la Turquie, les libertés et la créativité de l’Espagne. 

Propos recueillis par Zyad Limam

KARIM BEN SMAÏL
Éditeur

« APPRENDRE L’ALTÉRITÉ ET LA DIVERSITÉ »
« HEUREUX ET LIBÉRÉ », affirme-t-il. Le patron des éditions Cérès peut enfin publier ce qu’il veut sans craindre la censure. Face à la crise et aux menaces, il propose plus de tolérance, plus de liberté, d’éducation, un apprentissage de l’autre.

AM : La Tunisie est-elle réellement en danger ?
Karim Ben Smaïl : Oui, c’est une évidence ! Daech nous pose un défi que nous sommes peu préparés à relever. Le risque de dislocation interne, à la fois politique et sociale, est réel. Nous sommes donc fragiles, mais la situation économique est la vraie menace. Elle est bien plus inquiétante que les théories fantaisistes de conquête de l’État islamique [EI]. Nous pouvons espérer que nous ne sommes pas seuls dans ce combat contre le terrorisme. Partout le monde se mobilise. Les réponses militaires classiques, dont l’efficacité à long terme est douteuse, sont enfin accompagnées de mesures diplomatiques efficaces. Si Obama effectue depuis un an des milliers de frappes aériennes contre les positions de Daech, son accord avec l’Iran représente une accélération de l’Histoire, une redistribution des alliances qui pourrait signifier la fin de l’EI.

La Tunisie, la France et la Grande-Bretagne ont été attaquées simultanément. Il serait temps que nos voisins européens adoptent un positionnement à la mesure de cette menace commune. Les premières réactions, frileuses et inadaptées, rejettent les responsabilités sur nos failles en matière de sécurité. Elles semblent passer à côté de la nécessité de constituer un front commun Nord-Sud contre ces nouveaux terrorismes qui sont aussi la conséquence des erreurs stratégiques occidentales au cours des dernières décennies. Nous jouons de nouveau notre rôle historique de pivot méditerranéen. Entre un régime algérien figé, une Libye disloquée et un Moyen-Orient oscillant entre chaos et monarchies chancelantes, notre jeune et fragile démocratie fait figure d’unique modèle arabe viable pour le siècle à venir.

Quelle est l’attitude à adopter après les attentats du Bardo et de Sousse ?
Agir comme un État moderne : en resserrant nos rangs politiques, en rassurant les citoyens, les entreprises et nos partenaires étrangers par des actions de prévention sécuritaire efficaces et visibles. En mettant en avant notre statut de dernier rempart contre l’obscurantisme, en proposant une stratégie de relance économique crédible, et surtout, pour le gouvernement, qui est placé devant un défi historique, en ne cédant pas au « tout sécuritaire ». Souvent dans ces circonstances émerge l’homme providentiel, qui cristallise la volonté nationale, un nouveau Bourguiba, que l’on réclame ici et là dans une société qui est encore dans cette logique paternaliste. Si tel était le cas, nous en ferions un nouveau despote. J’espère que nous n’en arriverons pas là et je reste convaincu que notre démocratie est le meilleur atout pour les batailles à venir. Elle doit survivre au nécessaire état d’urgence, menace classique et prétexte à un retour de l’autoritarisme.

Quelle est la nature du « drame tunisien » : social ? civilisationnel ? tout simplement politique ?
Il n’y a pas de « drame tunisien » ; nous sommes, comme d’autres pays, victimes du terrorisme international. Une guerre contre notre modèle républicain, moderniste et ouvert nous a été déclarée. Le vrai drame est peut-être ailleurs. J’ai été déçu par le peu de réactions de notre société face aux meurtres de Sousse : des dizaines de touristes sont tués chez nous sans même que cela ait donné lieu à une manifestation publique majeure. On a donné l’image d’une société qui ne semble pas vraiment concernée, comme si le massacre s’était passé ailleurs, offshore. Comme si le fait que les « musulmans » aient été épargnés convoquait un obscur et coupable sentiment de revanche contre l’Occident. Une vague fierté, une victoire de perdant. C’est ce qu’un chercheur tunisien a appelé « la part de Daech en nous ».

Justement, comment expliquez-vous qu’une part si importante de la jeunesse tunisienne soit attirée par le jihad ?
Nous sommes confrontés à une faillite de l’éducation et de la famille, à laquelle il faut ajouter la naïveté de la troïka au pouvoir après la révolution. Nous récoltons les fruits de l’absence de politique scolaire de ces dernières années. Le régime de Ben Ali n’a pas accordé assez d’attention à ce secteur et l’a laissé se dégrader sans investissements ni réflexion stratégique. La paix sociale a été achetée en baissant les moyennes d’admissibilité au bac, les signaux d’alarme des universitaires ont été ignorés, et nous avons inventé les « chômeurs diplômés ». Des générations mal formées à l’horizon bouché pour lesquelles l’université n’est plus un ascenseur social. Diplômes dévalorisés, inutiles, autant de fausses promesses que « nous » leur avons faites. Le chômage n’explique pas tout. Notre société est à la fois profondément religieuse et ouverte sur la modernité. Mais nous assistons depuis une quinzaine d’années à un glissement moraliste, pétri d’une religiosité refuge, d’un repli identitaire biaisé. Une sorte de régression qui impose souvent une discipline familiale de fer à nos adolescents. L’espace public est fermé, contrôlé, les jeunes ne disposent pas de lieux culturels, de rencontre, de divertissement. Ils sont confrontés aux tabous, aux interdits, à la frustration. La « rencontre de l’autre » ne peut se faire et l’altérité inaccessible devient hostile, ennemie. Puis vinrent les trois années de la troïka sous domination du parti islamiste Ennahdha, mêlant idéalisme islamique et amateurisme politique. Des centaines de mosquées furent livrées aux prédicateurs, tous comme furent ouverts des centres de recrutement pour certains paumés en quête de guide et visant à réparer les dommages que la société et la famille leur avaient infligés. Sur Internet, puis dans ces mosquées, et ce avec la bénédiction de l’État, ces proies faciles ont été repérées et embrigadées dans des visions idéalisées d’un combat pour l’honneur, le leur et celui d’Allah. C’est un nouveau groupe social qui les valorise enfin, leur donne la puissance des héros, nimbée d’islam, comme une alternative glorieuse à leur monde fermé.

Comment remédier à cette situation ?
Réinvestir dans l’éducation est la réponse « bateau » à votre question, mais je mets l’accent sur le mot investissement : il faut augmenter les budgets, mettre plus d’argent dans les infrastructures, les salaires et la formation des enseignants. À long terme, la réponse doit être culturelle, nos programmes scolaires doivent valoriser l’histoire, la géographie, la littérature, les langues et la philosophie. Nous fabriquons des ingénieurs qui n’ont jamais rien lu, des médecins qui ne connaissent ni l’histoire de leur pays ni celle du monde. Il en va de même pour nos meilleurs élèves : chaque année des étudiants intègrent les grandes écoles françaises, scientifiques mais jamais commerciales, de sciences politiques, d’art ou de sciences humaines. Nos nouvelles élites n’ont pas les outils pour décoder le monde et le comprendre, et ainsi aimer la différence et ne plus en avoir peur. Ils sont handicapés. Il est frappant de constater que les candidats terroristes sortent plus souvent de ces établissements qui forment des ingénieurs que des universités de théologie où ils sont obligés d’appréhender l’altérité, ne serait-ce que par l’apprentissage d’un minimum de contexte historique et par la confrontation à « la religion des autres ».

Arrêtons de fermer les nouveaux lieux de loisirs, de pourchasser les couples d’amoureux dans la rue, de les jeter en prison parce qu’ils ont bu un verre d’alcool pendant le ramadan ou parce qu’ils ont fumé un joint. Peut-être alors qu’ils aimeront leur pays et ne rêveront plus ni d’Occident ni de califat.

Propos recueillis par Z.L.

NEÏLA BENZINA LATROUS
Directrice générale de BDMA

« NOUS AVONS BESOIN D’UN RÊVE, D’UNE VISION, D’UNE STRATÉGIE »
CETTE CHEF D’ENTREPRISE accompagne avec sa société, Business & Decision Middle East & Africa (BDMA), ses clients dans des domaines d’innovation tels que le big data. Elle incarne une nouvelle génération, féminine et ambitieuse.

AM : La Tunisie est-elle réellement en danger ? La question du terrorisme ne cache-t-elle pas des dysfonctionnements plus complexes ?
Neïla Benzina Latrous : Nous passons par une période très délicate et compliquée liée à la position géostratégique du pays, à la conjoncture internationale et à cette étape postrévolutionnaire qui est toujours très dangereuse, il suffit de connaître un peu l’Histoire pour s’en convaincre. Le terrorisme est un phénomène qu’il faut combattre de toutes nos forces si nous voulons voir survivre notre jeune démocratie. Néanmoins, il s’agit d’un phénomène international qui dépasse nos frontières. Les dysfonctionnements qui existent ici sont malheureusement nombreux et liés les uns aux autres ; ils représentent tous les racines dont se nourrit le terrorisme. Le système éducatif – et l’enseignement en premier lieu – doit être revu et adapté aux nouvelles demandes du marché du travail. Par ailleurs, la corruption et le marché parallèle favorisent l’affaiblissement de l’État et créent un climat peu propice aux investissements locaux et étrangers tout en amplifiant fortement la menace sécuritaire. Enfin, le manque de confiance dans l’État et dans sa capacité à faire respecter les lois pousse au manque de civisme et aux contournements dangereux, les inégalités entre les régions se creusent de plus en plus par manque d’infrastructures adaptées et par manque de grands chantiers de relance, etc.

Comment expliquez-vous qu’une part si importante de la jeunesse du pays soit attirée par le jihad et l’autodestruction ?
Elle a besoin d’un rêve, d’une vision, d’une stratégie. Elle a besoin de croire en un avenir prometteur et de contribuer à sa construction. Nombreux sont ceux qui n’y croient plus ou qui sont complètement perdus et désorientés. D’une part, il y a la misère et la pauvreté qui poussent une partie de notre jeunesse dans les bras des recruteurs extrémistes de tous bords. D’autre part, il y a une recherche d’une cause suprême, d’un combat qui donne un sens à la vie. Avec les filières terroristes, certains ont le sentiment d’appartenir à une grande famille, de devenir importants et d’être enfin respectés pour quelque chose.Cette attirance pour le jihad ne peut pas être expliquée que par la pauvreté et le désespoir puisque de nombreux jeunes qui ne sont pas dans le besoin rejoignent ces filières meurtrières. Si le problème est traité uniquement sous cet angle, nous risquons de passer à côté d’une part importante de la solution.

Quelle est la nature du « drame tunisien » : social ? civilisationnel ? bassement politique ?
Je ne parlerais pas de « drame », mais d’une parenthèsedifficile. Cette parenthèse est à la fois risquée et porteuse d’espoir. Il est normal qu’après des années de fermeture et de contrôles en tous genres nos compatriotes soient désorientés lorsqu’un nouveau système ouvert se met en place. On voit ressurgir ce qu’il y a de meilleur mais aussi ce qu’il y a de pire chez les individus. C’est un apprentissage collectif qui prend du temps. Il se fait dans la douleur, que ce soit sur le plan de la liberté d’expression ou sur ceux de la politique et de la chose publique ! Il s’agit de ne pas confondre liberté et anarchie, de ne pas céder à la facilité de profiter du système en l’affaiblissant davantage. De même, il faudra veiller à se respecter les uns les autres en toutes circonstances tout en gardant à l’esprit qu’il faut travailler plus et toujours plus (et non pas moins, comme on peut le voir depuis quelque temps) pour créer de la valeur.

Peut-on agir efficacement pour la sécurité, lutter contre la terreur et maintenir en même temps les acquis démocratiques, les faire progresser ?
Oui, regardez le Patriot Act aux États-Unis. Je dirais plutôt que nous ne pouvons pas construire de démocratie pérenne sans lutter sérieusement contre le terrorisme ! Les dérives sont possibles, mais il faut rester vigilants et alerter sur tous les dépassements possibles. Nous devons laisser les forces de l’ordre faire leur travail. Leur tâche n’est pas simple et il ne faut pas oublier qu’ils risquent leur vie tous les jours sans couverture suffisante pour leurs familles en cas d’invalidité ou de décès.

Les élites traditionnelles sont-elles dépassées ?
Je ne le crois pas. Nous avons besoin de toute l’intelligence des élites pour y arriver. Qu’elles vivent ici ou non, d’ailleurs ! Ce qui a sauvé et qui continuera de sauver le pays, c’est sa société civile mobilisée, alerte et très active. Notre salut viendra de ces mouvements de citoyens. Leur sursaut est nécessaire et il arrive toujours au bon moment.

Que faut-il faire pour remettre le pays en marche ?
Retrouver un cadre qui rassemble tous nos compatriotes autour d’un projet commun est primordial. Ils ont besoin de comprendre pour adhérer, ils doivent être associés à l’écriture d’une nouvelle page et veulent faire partie de l’exécution d’un programme qui va faire avancer la Tunisie. Il faut donc établir cette vision et l’expliquer à tout le monde, il faut parler aux gens pour calmer et apaiser les esprits tout en rappelant les valeurs importantes, rappeler les raisons pour lesquelles nous devons nous unir et remettre en perspective nos points communs plutôt que nos différences.Après, faire respecter la loi et les règles est indispensable pour que l’État perdure et protège efficacement notre jeune démocratie. De même, un vrai plan Marshall pour relancer notre économie est l’une des solutions que je préconise. L’innovation doit être également au centre de tous les projets ; nous devons faire bon usage des ressources limitées que nous avons et tirer avantage de notre créativité et de notre ingéniosité afin de créer des emplois à haute valeur ajoutée et de donner une image à l’international d’un pays innovant à même d’attirer les IDE.

Et les femmes dans tout ça ? Sont-elles menacées ? Comment contribuent-elles à l’évolution de la société, elles qui y ont toujours tenu un rôle majeur ?
Elles se sont beaucoup mobilisées depuis la révolution, et si nous sommes le seul pays du Printemps arabe à avancer dans le processus démocratique, c’est aussi grâce au rôle unique de la femme tunisienne dans le monde arabo-musulman. Nous avons traversé des périodes difficiles : de la récupération politique de notre statut à la volonté de réduire nos droits ou de définir la femme comme « complémentaire de l’homme ». Les Tunisiennes se sont mobilisées et n’ont pas accepté qu’on menace leurs acquis. Elles continueront de se battre pour la démocratie et pour l’avenir de leurs enfants. Bourguiba avait compris que, sans femmes éduquées et jouissant de droits égaux à ceux de l’homme, aucun État ne pouvait être construit puisqu’elles sont le pilier de la famille et de la société. Aujourd’hui, nous devons aller au-delà et avoir une meilleure représentativité au niveau du gouvernement et en matière de postes à haute responsabilité, dans l’Administration par exemple.

Propos recueillis par Z.L.

RIADH GUERFALI
Avocat, militant, cofondateur
du site Nawaat

« L’URGENCE D’UNE GRANDE RÉFORME DE LA JUSTICE »
MÉDIA D’OPPOSITION quasi clandestin sous le règne de Ben Ali, Nawaat, blog collectif indépendant, reste l’un des médias les plus influents, et souvent critique, de cette démocratie en construction.

AM : La Tunisie est-elle réellement en danger ?
Riadh Guerfali : Il n’y a pas qu’elle qui soit en danger, tous les pays libres le sont. C’est un combat de tous les jours, la démocratie n’est jamais acquise ad vitam æternam. En ce qui nous concerne, nous restons fragiles à cause des insuffisances sur les plans sécuritaire, social, culturel, éducatif… qui sont singulièrement aggravées par les carences de la justice. Nous sommes à peine sortis d’un régime où la matraque arbitrait les conflits et où la police régnait en maître. Aujourd’hui, c’est la loi qui est censée le faire. Or, pour que nous passions d’une ère à une autre, il faut donner des moyens humains et matériels à la justice pour qu’elle soit en mesure de répondre aux exigences de cet État de droit que nous recherchons. L’un des plus grands dangers qui nous guettent, c’est justement cette absence d’adéquation entre nos moyens actuels et nos nouvelles ambitions. Il y va de notre pérennité et de notre viabilité. Combler le retard en matière d’« investissement » dans l’appareil judiciaire nous est aussi vital qu’assurer le « rattrapage économique » des zones sinistrées en régions. Si on se trompe dans l’échelle de nos priorités, le processus de transition n’ira pas loin. La démagogie et le populisme de la classe politique l’empêchent de s’atteler sérieusement à ce chantier crucial qu’est la réforme de la justice. J’aurais voulu que le sursaut de lucidité apparu lors du « bouclage » de la Constitution de 2014 perdure…

Comment expliquez-vous qu’une part si importante de la jeunesse tunisienne soit attirée par le jihad ?
La Tunisie est devenue ces quatre dernières années, avec la consécration – toute relative – des libertés fondamentales, un territoire où l’on peut circuler comme on l’entend et duquel on peut partir librement pour voyager. Si l’on replace la transition dans son contexte relatif au legs historique d’embrigadement idéologique, auquel s’ajoute un désert éducatif et culturel, cela conduit au développement du jihadisme tunisien. Il faut redonner espoir par des actes à tous ces jeunes, dont beaucoup regardent vers d’autres horizons au risque d’y laisser la vie. Il faut aussi rappeler que cet extrémisme ne concerne pas que nous. Regardez le massacre récent dans une église noire de Floride par un raciste blanc ou encore la montée de l’extrême droite en Europe, notamment chez les jeunes… Dans toute nation, il y aura toujours des oreilles naïves prêtes à écouter ceux qui promettent de satisfaire des besoins que l’éducation n’a pas su exaucer. L’une des faiblesses inhérentes à notre système est qu’il est relativement désarmé tant qu’il n’y a pas infraction. Et c’est justement pour pallier cette faiblesse qu’il faut exiger un appareil de renseignement efficace. Et nous n’étions pas préparés à cela. L’appareil sécuritaire hérité de l’ère Ben Ali était plus rodé aux « coups de baffes » qu’aux méthodes modernes.

Mais ce jihadisme ne compromet-il pas les espoirs d’un nouveau Printemps arabe ?
Les travers et les excès que l’on observe aujourd’hui ne sont au fond pas si différents du printemps des peuples de 1848. L’effet domino qui a suivi en Europe ressemble à ce qui se passe dans le monde arabe aujourd’hui. Il n’a pas engendré de transformation radicale du jour au lendemain et n’a nullement empêché les horreurs de la Première Guerre mondiale, ni le fascisme et le nazisme de la Seconde. La Tunisie n’est pas encore en train d’échouer, elle avance. À beaucoup d’égards, elle n’est pas si éloignée d’un processus quasi universel de développement politique. On pourrait en dire autant de la Syrie et de la Libye. L’Europe d’aujourd’hui a été, entre autres, bâtie sur les cendres des deux grandes guerres du siècle passé ; serait-elle ce qu’elle est maintenant sans ces épisodes douloureux ? C’est sans aucun doute terriblement cynique d’affirmer que l’Égypte, la Libye ou la Syrie vivent actuellement dans des brasiers qui laisseront les cendres desquelles des démocraties locales émergeront, mais c’est un fait.

Que faut-il faire pour sauver la Tunisie ?
Réformer le cadre légal de l’audiovisuel et de la presse via les décrets 115 et 116 ; injecter des milliards dans l’appareil judiciaire, dans l’éducation nationale, dans les arts et la culture. Redonner enfin ses lettres de noblesse à l’université et à la recherche scientifique ainsi qu’aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Si on consolide ces priorités, on renforcera par la même occasion la transparence, la bonne gestion des ressources naturelles, la bonne gouvernance, et ainsi de suite. Je ne dis pas qu’il faille augmenter le budget, mais seulement le répartir autrement. Ce qu’a fait Habib Bourguiba lors de l’indépendance en matière d’investissement au profit de l’éducation, dans un contexte nettement plus difficile, est à méditer. Il faut revoir les priorités.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed

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