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Djibouti

Voyages au bout de la Corne

Par Cherif Ouazani - Publié en décembre 2020
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Les cheminées calcaires du lac Abbé. DR

La nature a compensé l’aridité des sols par la majesté des paysages. Ciel et océan ont les couleurs de l’azur, les fonds marins révèlent des merveilles aux plongeurs et le désert côtier envoûte les visiteurs.

aux couleurs resplendissantes, char à voile dans le Grand Bara. Quant aux amateurs de farniente, ils seront servis par les plages des Sables-Blancs ou Douda et les îles Moucha et Maskali, aux environs de la ville de Djibouti. Malgré ses indéniables atouts, le pays ne fait pas partie des destinations inscrites dans les circuits de tourisme de masse. Pourquoi ? Ses sites emblématiques manquent de commodités pour offrir un séjour agréable et confortable aux visiteurs. Si les spécialistes des grandes agences touristiques reconnaissent le fort potentiel de Djibouti, faute d’infrastructures et de ressources humaines qualifiées, sa faune marine, ses paysages géologiques étonnants et son patrimoine culturel et archéologique resteront dans l’attente de jours meilleurs.

Érigé en priorité et présenté comme un moteur de développement socio-économique dans le document stratégique « Djibouti Vision 2035 » élaboré par le président Ismaïl Omar Guelleh, le secteur du tourisme a bénéficié de toutes les attentions. Ateliers gouvernementaux, assises internationales et laboratoires pilotés par des cabinets DR étrangers ont contribué à l’élaboration d’un schéma directeur avec, à la clé, un plan quinquennal (2019-2023) dont l’ambition est d’attirer, à l’horizon 2024, 267 000 visiteurs par an, de créer plus de 5 000 emplois et de mobiliser 700 millions de dollars en investissements privés et 188 millions de dollars de fonds publics.

Parmi les apports privés les plus significatifs figure le partenariat entre Accor, l’un des leaders mondiaux de l’hôtellerie, avec le groupe djiboutien Kamaj Investment de l’homme d’affaires Houssein Mahamoud Robleh, propriétaire de l’hôtel Les Acacias (4 étoiles). L’accord prévoit la réalisation à Djibouti de deux palaces, sous le label Pullman Living pour l’un et Novotel pour l’autre. Un troisième chantier concerne la réhabilitation du mythique hôtel Plein Ciel, ayant appartenu à l’ancien président du Conseil, au temps de la période coloniale, Ali Aref Bourhan. Acquis par Houssein Mahamoud Robleh pour 4 millions de dollars, il connaît actuellement de grands travaux de transformation et devrait rouvrir ses portes, en 2021 sous le label MGallery.

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Char à voile au Grand Bara, exploration des fonds marins, balade sur la banquise de sel du lac Assal… Le pays a un immense potentiel touristique. DR (3) - PATRICK ROBERT

Avant même la réalisation de ces projets, les capacités d’accueil de la capitale sont passées de 30 établissements hôteliers, en 2013, à 35 en 2019. Sur la même période, le nombre de chambres a augmenté, de 1 079 à 1 448, ainsi que celui de nuitées déclarées par les établissements hôteliers, de 162 474 à près de 177 200. Le nombre d’arrivées internationales enregistrées est passé de 93 425, en 2013, à près de 167 500, en 2019. Une majorité de ces visiteurs est constituée de soldats en service dans les bases militaires étrangères ou dans les opérations de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes (opération Atalante), ainsi que de voyageurs venus pour raisons professionnelles, hommes d’affaires, diplomates ou conférenciers.

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DR (3) - PATRICK ROBERT

Selon une enquête de l’Office national du tourisme de Djibouti [ONTD, voir interview ci-contre] datée de 2018, 25 à 35 % des arrivées peuvent être liées à un tourisme de loisirs, mais rattachées à un « touriste affinitaire » (visite d’amis ou de parents travaillant à Djibouti). C’est dire que le nombre de visiteurs motivés essentiellement par les paysages sous-marins, les cheminées du lac Abbé ou la banquise du lac Assal ne se compte qu’en centaines. Tout cela n’effraie pas les investisseurs locaux, qui croient dur comme fer au potentiel de la « destination Djib ». C’est le cas notamment du docteur Saad.

Saad Farah Barreh est connu comme l’un des grands pharmaciens de la capitale. En 2013, il a eu l’idée de transformer son officine, située au centre-ville, à proximité de la place Ménélik, en hôtel de moyen standing destiné aux touristes d’affaires et de loisirs. « Après trois ans de maturation, j’ai entamé, en avril 2016, la construction de l’hôtel Atlantic. L’investissement de 800 millions de DJF [4 millions d’euros, ndlr], dont 40 % sur fonds propres et 60 % sur financement d’une banque locale, m’a permis de réaliser mon projet en moins de trente mois : un hôtel de 52 chambres, dont huit suites. Une aide de l’État, sous forme d’exonération de taxes sur l’importation du mobilier et des matériaux de construction, m’a permis d’économiser 64 millions de DJF [320 000 euros, ndlr]. » Le taux d’occupation, avant la pandémie, tournait à 60 %, et sa clientèle était constituée de businessmen, de consultants et d’équipages de compagnies aériennes. Si une dizaine d’établissements sont venus enrichir le parc de chambres d’hôtel de la capitale, les villes de l’hinterland restent démunies en matière de capacités d’accueil. C’est pourtant elles qui sont les plus proches des sites touristiques.

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DR (3) - PATRICK ROBERT

En tout et pour tout, les régions ne comptent que sept établissements hôteliers, de simples campements pour la plupart, dénués de tout confort et isolés, faute d’infrastructures routières.C’est une nouvelle fois le secteur privé qui vient à la rescousse. Houssein Mahamoud Robleh, qui dispose d’un campement touristique sur le plateau du Day, envisage la construction d’un complexe de 32 bungalows dans la palmeraie de Dikhil, à 30 km du fabuleux site du lac Abbé. « Je suis sûr que nous, investisseurs privés, pouvons inverser la courbe et inciter l’État à investir dans les routes, la viabilisation des sites et les réseaux électriques et d’eau potable », affirme-t-il. Djibouti, ce bout de lune posé sur les côtes de l’océan Indien, ambitionne de recevoir, à partir de 2035, un flux de 500 000 touristes par an. Il est train de s’en donner les moyens.


Trois questions à...

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PICASA

Osman Abdi Mohamed

Directeur général de l’Agence nationale du tourisme

« Unique au monde »

AM : L’Office national du tourisme de Djibouti (ONTD) est devenu, depuis 2019, l’Agence nationale du tourisme. Pourquoi, et qu’est-ce que cela change pour vous ?

Osman Abdi Mohamed : La réforme institutionnelle constitue l’un des axes autour desquels s’articule la stratégie pour le développement et la promotion du tourisme dans notre pays. Cette réforme, nous la souhaitions. Elle consiste à transformer l’entreprise publique administrative (EPA) qu’était l’ONTD en entreprise publique à caractère industriel et commercial (EPIC). Ce statut nous confère plus de flexibilité dans la prise de décision en matière de partenariat public ou privé, national ou étranger.

Vous utilisez souvent la notion de tourisme durable dans vos outils de communication. Qu’entendez-vous par cette formule ?

Un développement qui préserve la durabilité de nos sites, exceptionnels et naturels. Promouvoir le tourisme thermal grâce aux bienfaits thérapeutiques de la banquise de sel du lac Assal, ou ceux de la boue du lac Abbé. Faire en sorte de construire, à proximité de ces sites, des campements respectueux de l’environnement et des standards internationaux de confort offerts aux visiteurs.

Comment convaincre les opérateurs internationaux d’inscrire la destination Djibouti dans les grands circuits du tourisme mondial ?

Par l’exception djiboutienne. Des sites uniques au monde où les animations proposées au visiteur ne le seraient nulle part ailleurs. Faire une partie de golf sur une banquise de sel, nager au milieu de dizaines de requins-baleines, se balader au cœur d’une forêt millénaire ou le long d’une faille de la croûte terrestre. Djibouti est unique au monde. Ce n’est pas un slogan d’agence touristique, c’est une réalité. Notre objectif de passer de 50 000 à 500 000 touristes n’est pas irréaliste. Nous nous y préparons. Nous avons baissé le coût des visas [de 70 à 20 euros, ndlr], nous améliorons nos capacités d’accueil et renforçons nos capacités humaines.

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