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L’autoroute Y4, à deux fois deux voies, permet de contourner Abidjan. NABIL ZORKOT
L’autoroute Y4, à deux fois deux voies, permet de contourner Abidjan. NABIL ZORKOT
Côte d’Ivoire : La grande ambition

11 piliers pour demain

Par Zyad Limam Philippe Di Nacera
Publié le 13 avril 2026 à 15h19
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De l’industrie à la sécurité, des finances à l’école, du territoire à l’inclusion… Voici les paramètres clés qui façonneront le visage d’une puissance en construction.

Infrastructures : à grande vitesse

Depuis plus d'une décennie, le pays s'est engagé dans une transformation sans précédent de ses infrastructures. Une révolution à marche forcée, qui s'appuie sur des plans nationaux de développement, dont les ambitions, sous l'impulsion du président Alassane Ouattara, ne cessent de croître.

Tout commence par le bitume. C'est bien connu, « la route précède le développement » – un adage qu'a adopté le président Ouattara. En 2024, le réseau routier ivoirien atteint 8 500 km de routes revêtues, contre 6 514 km en 2011, soit une progression de +30% en treize ans. Plus de 4 000 milliards de FCFA ont été injectés dans plusieurs enveloppes, à savoir celles du programme d'entretien routier (PER) et du programme présidentiel d'urgence (PPU), et de manière plus large dans les PND. Le tout avec pour objectif de réhabiliter et de construire. Et cette dynamique se poursuit en 2025. L'année dernière, l'enveloppe routière a encore grimpé : 703 milliards de FCFA (1,13 milliard de dollars) ont été alloués pour bitumer 1 922 km supplémentaires et renforcer 993 km de routes existantes.

Les structures de grande envergure, quant à elles, ont bénéficié de cette même dynamique : le nombre de ponts et d'échangeurs a plus que doublé, passant de 327 en 2011 à 769 en 2024 ; le réseau autoroutier, lui, a bondi de 142 km à 400 km entre 2021 et 2025, notamment grâce à l'axe Yamoussoukro-Bouaké. De quoi faciliter considérablement les liaisons entre Abidjan et les villes de l'intérieur.

Abidjan, justement. Le grand chantier qui cristallise les ambitions et retient l'attention actuellement est celui du métro. L'infrastructure – longue de 37,4 km et dotée de 24 stations entre Anyama, au nord de la ville, et Port-Bouët, au sud – est estimée à 1,36 milliard d'euros, soit un peu plus de 890 milliards de FCFA, selon les déclarations de la Société des transports abidjanais sur rail. Dans la mégalopole, les travaux s'accélèrent, et une mise en service est désormais envisagée pour 2028. Du côté des quais, les records s'enchaînent : 46,6 millions de tonnes de fret en 2025, soit +16% en un an, consacrant le port autonome d'Abidjan comme le premier d'Afrique de l'Ouest.

Mais les ambitions ne s'arrêtent pas là. Récemment adopté, le plan national de développement (PND) 2026-2030 ne prévoit pas moins de 114 838 milliards de FCFA d'investissements, soit environ 180 milliards d'euros, avec une croissance économique visée de 7,2% par an. La Côte d'Ivoire ne se contente pas de construire des routes, des ponts, des échangeurs et des métros. Elle ne vise pas seulement une couverture électrique presque totale du pays. Elle bâtit méthodiquement sa position régionale pour les décennies à venir. ■ P.D.N.

Industrialisation : cap sur la création de valeur

L’Atelier du chocolat propose des spécialités made in Côte d’Ivoire. NABIL ZORKOT
L’Atelier du chocolat propose des spécialités made in Côte d’Ivoire. NABIL ZORKOT

Produire, c'est bien. Transformer, c'est mieux. C'est le tournant qu'a pris la Côte d'Ivoire, avec deux objectifs : la création d'activités et d'emplois ; la création de valeur, facteur de croissance interne. Et le pays affiche déjà les premiers résultats.
En 2024, le secteur industriel a contribué à 22,7% du PIB, contre 20,8% en 2016 – près d'une décennie de travail illustrée par des données convaincantes. Fin juin 2025, le chiffre d'affaires du secteur industriel affichait une croissance annuelle de 25%, portée par les industries extractives (+68,3%), l'énergie (+9%) et le manufacturier (+7,4%). Bien plus qu'une promesse, c'est une dynamique déjà bien installée.

À Abidjan, capitale économique du pays, les filières se structurent. En mai 2025, la Bourse des matières premières agricoles ouvre ses portes – une première dans la sous-région. Noix de cajou, cola et maïs y sont cotés dès le début. L'ambition est d'intégrer rapidement une vingtaine de produits supplémentaires, pour booster leurs chaînes de valeur et les structurer, afin d'optimiser l'écoulement des marchandises, et surtout leur transformation au sein même de la Côte d'Ivoire.

Autre secteur en pleine structuration : l'énergie, et en particulier le pétrole depuis la découverte de gisements importants (Baleine I et II en haute mer), qui devraient assurer un avenir industriel radieux au pays. Au-delà des licences accordées aux opérateurs pétroliers – en particulier le géant italien Eni, qui gère l'extraction du pétrole sur les sites Baleine –, des protocoles d'accord avec des partenaires américains ont été signés en mai 2025 pour des investissements dans le secteur pouvant atteindre jusqu'à 7 milliards de dollars, dont un projet de deuxième raffinerie estimé à 5,1 milliards. La Côte d'Ivoire a l'ambition, à terme, d'être reconnue comme un pays producteur de pétrole à travers une adhésion à l'OPEP.

Le numérique surfe sur la même vague. Les télécommunications ont crû de 6,8% en 2024, avec 57 millions d'abonnés mobiles et un chiffre d'affaires sectoriel de 1 228 milliards de FCFA. Un écosystème de start-up émerge, apportant traçabilité, financement et cartographie aux filières agricoles.

L'industrie ivoirienne ne cherche plus seulement à produire, elle entend se développer et capter de la valeur. C'est la nouvelle ambition, le mot d'ordre en exergue du plan national de développement 2026-2030. Le deuxième étage de la fusée Côte d'Ivoire est lancé. ■ P.D.N.

L'agriculture : intégration et souveraineté

L'agriculture demeure le socle de l'économie. Et les chiffres le prouvent : le secteur emploie 60% des actifs, représente 25% du PIB et 40% des exportations. Une force qui, paradoxalement, cache une fragilité : celle de la souveraineté alimentaire, encore largement dépendante de l'extérieur. Le pays a prouvé qu'il sait produire. Le défi est désormais de sécuriser et de transformer la production locale, d'une part, et de réduire les dépendances aux importations de céréales, de viande et de poisson pour nourrir la population de manière autonome, d'autre part.

Les chiffres publiés en 2025 montrent qu'en 2024, le pays a exporté 8,9 milliards d'euros de produits agricoles et agroalimentaires, pour 3,3 milliards d'euros importés. Les céréales sont le premier poste de dépendance. Les importations de riz, notamment, bondissent à 1,615 million de tonnes (contre 1,313 million de tonnes en 2023), alors que le pays en a produit 1,5 million la même année.

Le cacao, dont le pays est le premier producteur mondial depuis des décennies, rappelle une autre fragilité : la brutalité des marchés mondiaux. Le prix au kilo était annoncé à 2 800 FCFA pour les planteurs lors de l'ouverture de la campagne 2025-2026. Cinq mois plus tard, le prix a dégringolé à 1 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire, soit une baisse de 57%. Ces données se traduisent concrètement sur le terrain : 100 000 tonnes d'invendus recensées, et un rachat public doté de 280 milliards de FCFA pour soulager la filière.

Autre axe de la politique du gouvernement pour améliorer la souveraineté alimentaire : la promotion de la filière halieutique, et notamment l'élevage ovin.

La souveraineté agricole est un processus au long cours, qui passe par la stabilisation des revenus, l'amélioration de la productivité, la transformation locale, notamment du cacao (le gouvernement vise les 50% à 2030), afin de financer durablement la sécurité alimentaire. ■ P.D.N.

L'inclusion : grand chantier sociétal

Aujourd'hui, l'idée que la Côte d'Ivoire avance est une certitude pour bon nombre de personnes. Le pays est sur les rails, mais tous les passagers ne sont pas montés dans le même train.

Le taux de pauvreté est passé de 55% en 2011 à 37,5% en 2021 – la plus forte baisse enregistrée depuis 1985. Un mouvement historique. Il faut souligner que la pauvreté reste un phénomène essentiellement rural, avec 54,4% d'incidence, contre 22,2% en milieu urbain. Abidjan avance. L'intérieur du pays, beaucoup moins vite. La croissance est réelle. Sa redistribution, elle, reste à construire. Le PND 2026-2030 s'est fixé l'objectif de ramener le taux de pauvreté sous les 20% d'ici à 2030. Ambitieux, mais nécessaire pour atteindre un projet de longue date porté par le chef de l'État : faire entrer la Côte d'Ivoire dans le club des pays émergents.

Parler d'inclusivité, c'est aussi s'intéresser au sort réservé à certaines catégories de la population. Et au premier rang, la place des femmes. Elles représentent 58% de la population active. Mais la Côte d'Ivoire se situe à la 122e place sur 146 pour l'égalité de genre, selon ONU Femmes. Elles font tourner l'économie rurale, celle des marchés et des petits commerces, souvent dans le secteur informel. Mais elles restent les grandes oubliées de la redistribution. Des normes sociales tenaces les reléguant à la tenue du foyer ou les empêchant d'hériter des terres, par exemple, enferment des millions d'entre elles dans une dépendance subie. Au total, 10 547 cas de violences basées sur le genre sont enregistrés en 2025, soit une hausse de 6,08% en un an, selon le Conseil national des droits de l'homme. Ce chiffre ne dit pas tout, puisque les violences silencieuses ne sont pas comptabilisées. Les veuves, en particulier, restent exposées aux spoliations successorales que le droit formel peine encore à contenir.

Les enfants, ensuite. 1 209 d'entre eux sont en situation de rue en 2024. 177 717 orphelins et enfants vulnérables sont suivis dans tout le pays, selon le ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfant. Et 6 641 sont victimes de violences prises en charge en 2024.

Quant aux personnes en situation de handicap, un pas non négligeable a été fait depuis la mise en place des COTOREP : 2 307 d'entre elles ont été recrutées dans la fonction publique en 2024. Mais nombre d'enfants restent déscolarisés – 48 187 en 2021, selon une étude de l'Unicef/ENSEA – et les deux seuls établissements spécialisés, créés en 1974, peuvent difficilement apporter davantage de soutien.

Dans un pays qui investit massivement dans ses infrastructures, la question des plus vulnérables continue de se poser. Y répondre est la condition même d'une croissance inclusive et d'une accession au graal : le statut de pays émergent. Le chantier, bien identifié par le PND 2026-2030, reste inachevé. ■ P.D.N.

Secteur privé et partenariats public-privé : moteurs d'une ambition continentale

Le secteur privé est le carburant économique de la nation. En 2025, le Centre de promotion des investissements (CEPICI) a comptabilisé 812 milliards de FCFA d'investissements privés agréés, soit +9,6% par rapport à 2024. Sur l'ensemble du PND 2021-2025, ce sont 7,6 milliards de dollars qui ont été mobilisés, dont 51% issus d'investisseurs ivoiriens – signal d'une confiance nationale retrouvée. Au total : 26 948 entreprises créées en 2025, soit +6% en un an, et 5 910 emplois permanents générés, à savoir un bond de +22,5%.

Les partenariats public-privé (PPP) tournent, eux aussi, à plein régime, passant de 63 projets en 2023 à plus de 215 fin 2024, selon la Banque mondiale, pour un investissement cumulé de 5 982 milliards de FCFA dans les infrastructures, l'énergie, le logement et les transports. Le cadre a été renforcé par deux décrets structurants adoptés dès 2018, et un fonds d'insertion professionnelle opérationnel depuis 2023, qui ont fait exploser le recours aux PPP.

De quoi propulser la Côte d'Ivoire à la 8e place africaine des destinations d'investissement, avec une croissance de 6,1% en 2024 et 6,3% projetée en 2025. L'investissement privé est passé de 10% à 15,7% du PIB entre 2011 et 2025. Des chiffres impressionnants ! Le PND 2026-2030 repose, quant à lui, à 70% sur le secteur privé, soulignant que le développement du pays relève d'un pari collectif qui allie vision politique, action publique et engagement privé.

Le tissu économique ivoirien est d'abord constitué de PME. Des milliers d'entrepreneurs qui avancent, souvent sans filet, confrontés à des banques frileuses et à des conditions de financement qui ne suivent pas toujours leurs ambitions. C'est là le premier chantier : donner à tous ces acteurs de l'économie ivoirienne en mouvement les moyens de créer de la richesse… Et de grandir. Grandir pour devenir de grandes PME, dont le pays manque encore. Des champions nationaux, capables de porter des projets structurants, de peser dans les négociations, de rayonner au-delà des frontières et d'ancrer des filières entières sur le territoire. C'est précisément l'ambition du programme PEPITE 2030 (pour l'innovation et la transformation des entreprises). En décembre 2025, sa première cohorte de 27 lauréates était officiellement présentée à Abidjan, en présence du Premier ministre Robert Beugré Mambé. Issues de dix des quinze pôles stratégiques nationaux, ces entreprises couvrent des secteurs aussi divers que la transformation du manioc, le cacao ou les nouvelles technologies. Parmi elles, Nourivoire, qui vise à multiplier par dix son chiffre d'affaires d'ici à 2030, ou TAFI SA, dont la capacité de transformation du cacao devrait passer de 4 000 à 30 000 tonnes. Des trajectoires concrètes, au-delà des promesses. L'État a indiqué les ressources nécessaires dans le budget 2026 pour déployer les mesures d'accompagnement. Une constellation de champions nationaux d'ici à 2030 : c'est l'objectif assumé.

Et puis, il y a l'informel. Massif. Certaines estimations le situent entre 35% et 50% du PIB ivoirien. Vivace, souvent ingénieux, porteur d'emplois et de lien social. Mais qui reste en dehors des circuits permettant de grandir : le crédit structuré, la protection sociale, la commande publique, l'accès aux marchés régionaux. Formaliser n'est pas une option, c'est une nécessité. Non pas par la contrainte, mais par l'incitation : fiscalité allégée à l'entrée, accompagnement, simplification administrative. Chaque entreprise qui bascule dans le formel devient une unité de plus dans le moteur collectif… Et une source de revenus supplémentaire pour l'État.

La Côte d'Ivoire, première économie de la zone UEMOA, hub régional en devenir, a prouvé qu'elle savait bâtir. Le prochain défi est celui de la montée en gamme : PME mieux financées, champions nationaux assumés, avec PEPITE comme fer de lance, secteur informel progressivement intégré. Ces trois chantiers sont à même de transformer la nation. Dans ce bouillonnement, chaque PPP devient un pont entre une vision, celle du chef de l'État, et les forces vives de l'économie. ■ P.D.N.

Finances : les moyens et l'équilibre

L'ambition ne suffit pas. Pour atteindre les objectifs fixés par le PND 2026-2030, il faut les moyens. Et c'est précisément sur ce terrain que la Côte d'Ivoire engage l'une de ses batailles les plus décisives : celle de sa capacité à financer elle-même sa transformation. La nation fait partie d'un cercle très restreint – comptant peut-être une demi-douzaine de pays sur le continent – capable de se financer et de se refinancer régulièrement sur les marchés internationaux de capitaux. La crédibilité est donc un facteur clé.

Le 18 février 2026, la Côte d'Ivoire a levé sans difficulté 1,3 milliard de dollars sur quinze ans sur les marchés internationaux. Le taux d'intérêt final, à 5,39%, est le plus bas jamais obtenu par le pays sur un eurobond, et la performance la plus compétitive enregistrée en Afrique subsaharienne depuis cinq ans.

Ce succès est le produit de l'attractivité du pays, de sa croissance, de sa gestion macro-économique et aussi d'une trajectoire de notation souveraine en amélioration continue. Les grandes agences internationales convergent : la Côte d'Ivoire est la deuxième meilleure signature d'Afrique subsaharienne, à un ou deux crans du graal, l'investment grade. Ce saut qualitatif, envisagé pour 2027-2028, représenterait une vraie rupture opérationnelle : coût de la dette allégé, refinancement facilité, accès à de nouvelles catégories d'investisseurs, comme les gestionnaires d'actifs et les fonds de pension…

L'une des clés reste évidemment la soutenabilité de la dette. La dette publique, montée à 59,3% du PIB en 2024, devrait entamer une tendance baissière dès 2025 pour se situer à 58,1%, puis converger vers 53% du PIB en 2028. Selon le FMI, la dette ivoirienne reste dans la catégorie de risque « modéré » – ce qui constitue, dans le vocabulaire de Bretton Woods, un satisfecit.

En tout état de cause, l'État ne peut pas tout financer – et ne doit pas tout financer – par le recours à l'endettement externe. La fiscalité interne reste un véritable enjeu, à la fois par sa modernisation et par l'élargissement de l'assiette des contribuables. Le secteur privé a aussi un rôle stratégique. Avec une véritable montée en gamme des entreprises ivoiriennes, à l'échelle locale comme régionale, dans leur capacité à investir, à prendre des risques, à s'inscrire dans des cycles longs. C'est à cette condition – ressources internes mobilisées, secteur privé renforcé, marchés internationaux accessibles – que le modèle de développement gagnera en profondeur et en résilience.

Reste que la conjoncture internationale impose la prudence. La guerre dans le Golfe et la menace de fermeture du détroit d'Ormuz ont ravivé les primes de risque sur l'ensemble des marchés émergents. Dans un environnement de flight to quality, même les meilleures signatures voient leurs spreads se tendre. Abidjan pourrait avoir affaire à un accès plus coûteux aux marchés si la crise perdurait… ■ Z.L.

2050 : la « bombe démographique »

De jeunes enfants à Daloa. NABIL ZORKOT
De jeunes enfants à Daloa. NABIL ZORKOT

Quand Alassane Ouattara arrive au pouvoir en 2011, la nation sort d'une crise postélectorale. Environ 20 millions d'habitants peuplent alors un pays qui doit être amplement reconstruit. Quinze ans plus tard, le tableau démographique a radicalement changé, et les chiffres sont vertigineux.
Le recensement général de 2021 confirme l'ampleur du phénomène : 29 389 150 habitants vivent sur le territoire ivoirien, soit près de 10 millions de plus en une décennie. En 2025, l'estimation de la population ivoirienne par l'Agence nationale de la statistique (ANStat) est de 32,5 millions d'habitants, soit un taux de croissance annuel de 2,73%. À ce rythme, la Côte d'Ivoire accueille plus d'un million de bébés chaque année. En 2025, 1 025 716 naissances étaient prévues, selon l'horloge démographique de l'ANStat.

Par ailleurs, la population ivoirienne frappe par sa jeunesse : 49,6% de la population a moins de 15 ans, et l'âge médian de l'ensemble de la population dépasse à peine les 18 ans. Une force pour l'avenir du pays, qui peut ainsi se projeter et s'appuyer sur cette dynamique pour alimenter la croissance. Mais un lourd défi pour les pouvoirs publics, notamment pour le système scolaire qui, malgré de lourds investissements depuis quinze ans, peine à absorber tous ces enfants. Les enjeux sont aussi colossaux pour le secteur de la santé et celui de l'emploi.

Le schéma se généralise à l'Afrique de l'Ouest, où la démographie court plus vite que les politiques sociales. La pyramide des âges ressemble davantage à un obélisque : une base massive et un sommet étroit, avec une espérance de vie qui reste modeste, à 62,6 ans en 2025 selon l'ANStat. La densité a, quant à elle, bondi : 86 habitants au km² aujourd'hui, contre moins de 60 en 2011. Pour l'heure, personne n'ose parler d'une politique de maîtrise des naissances. Cette idée heurterait la sensibilité profonde de la population. Les pouvoirs publics prennent alors sur eux pour gérer cette course, qui pourrait toutefois s'avérer épuisante à la longue. ■ P.D.N.

L'éducation : une priorité à long terme

Le capital humain figure parmi les priorités du président Ouattara. L'éducation en est l'instrument. Si les routes créent du lien entre les villes pour développer le commerce, l'école fabrique des compétences pour relier le corps social à l'emploi.

Reconstruire un système éducatif tombé à plat en dix années de crise politique, revaloriser la formation professionnelle et technique, répondre à la pression démographique et permettre à chaque jeune de trouver sa place dans l'éducation, telles ont été les préoccupations centrales des gouvernements Ouattara depuis 2011.

Les efforts en ce sens se sont renforcés en 2025 : le budget du ministère de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation a atteint 1 439,5 milliards de FCFA, dont 1 053,8 milliards pour le personnel et 193,4 milliards pour les investissements. Objectif : consolider les fondations, surtout au primaire (752 milliards) et au secondaire général (599,1 milliards), là où se joue véritablement l'égalité des chances.

De nombreux progrès peuvent être observés en matière d'accès à l'école. À commencer par le taux brut de scolarisation au primaire, qui a grimpé à 105,9% en 2025. La scolarisation au premier cycle a, quant à elle, atteint 82,3% cette même année. Après la bataille pour la scolarisation, avec notamment une loi d'obligation scolaire votée en 2015, le pays revendique celle du « mieux apprendre », c'est-à-dire de la qualité, qui reste une ombre au tableau, avec la refonte des programmes portée par les États généraux (EGENA).

La Banque mondiale estime que 80% des enfants n'atteignent pas la lecture-compréhension à 10 ans. En clair, scolariser ne suffit plus. Il convient maintenant de faire lire, écrire, compter vite et bien pour transformer la croissance en développement.

En dernier lieu, le supérieur est également pris en compte. Son budget 2025 dépasse 328,5 milliards de FCFA (+16%) pour former des enseignants, des ingénieurs et des chercheurs. ■ P.D.N.

État : la réforme permanente

Moderniser l'État n'est pas une option : c'est une condition de l'émergence. Une économie qui croît en moyenne de 7% par an finit par se heurter aux faiblesses de son administration si celle-ci ne se transforme pas au même rythme. La Côte d'Ivoire l'a bien compris. Les chantiers sont lancés, mais l'ampleur du travail demeure considérable.

Plus de 300 initiatives de réforme, d'innovation et de digitalisation ont été recensées dans les ministères et institutions, dans le cadre du vaste programme de modernisation de l'administration publique. Un nouveau statut général de la fonction publique a été promulgué en novembre 2023. Le texte introduit des principes de gestion plus exigeants, fondés notamment sur la performance, l'évaluation et la responsabilisation des agents. L'objectif est clairement affiché : bâtir une administration plus agile et plus efficace, capable d'accompagner la transformation économique du pays.

La digitalisation constitue l'un des piliers de cette stratégie. Les autorités visent une « administration zéro papier » à l'horizon 2030, grâce à la généralisation des plates-formes numériques et à l'interconnexion progressive des services publics.

En mai 2025, un programme national a été lancé pour renforcer la gestion et le pilotage des établissements publics nationaux (EPN), qui administrent collectivement plus de 647 milliards de FCFA, dont près de 400 milliards de subventions directes de l'État. L'enjeu est central : améliorer la transparence, rationaliser les dépenses et instaurer des mécanismes de suivi de la performance dans des structures longtemps perçues comme peu lisibles.

En parallèle, la lutte contre la corruption constitue un axe essentiel. Les progrès de long terme sont réels, mais la tendance récente donne à réfléchir. La Côte d'Ivoire affiche un score de 43 sur 100 dans l'indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, publié en février 2026, se classant au 76e rang mondial sur 182 pays. C'est un recul de 2 points par rapport au score de 45 enregistré en 2024 – lui-même en hausse de 10 points depuis 2019. Transparency International cite néanmoins la Côte d'Ivoire parmi les pays ayant réalisé des gains de long terme, remontant depuis le bas du classement vers son milieu. La Haute Autorité pour la bonne gouvernance a revu son objectif à la hausse : un score de 50 sur 100 d'ici à 2028, adossé à la digitalisation des déclarations de patrimoine et à la création d'un indice national d'intégrité publique.

Autre indicateur scruté par les acteurs financiers : la sortie de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI), organisme intergouvernemental chargé de définir les standards mondiaux de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Tant qu'un pays figure sur cette liste, les banques correspondantes et les investisseurs institutionnels appliquent des procédures de contrôle renforcées qui ralentissent et renchérissent les transactions. La sortie de cette liste figure explicitement parmi les huit priorités stratégiques du gouvernement pour 2026. ■ Z.L.

Territoires : la croissance hors les murs d'Abidjan

Le 20 février 2025, lors de la rétrocession du camp militaire de Port-Bouët par la France. DR
Le 20 février 2025, lors de la rétrocession du camp militaire de Port-Bouët par la France. DR

Abidjan est une ville puissante, une métropole ouverte à la fois sur le grand large et sur la sous-région. Un melting-pot de près de 6 millions d'habitants, regorgeant de cultures, d'identités, de projets et d'ambitions… Mais justement, « Babi » concentre « trop ». Avec 22% de la population nationale, la capitale économique génère 80% de l'activité du pays. La croissance « hors les murs » de la métropole est une priorité. Pour accélérer l'inclusivité, atténuer les disparités régionales, diffuser la croissance aux quatre coins du pays… Déconcentrer, c'est aussi démocratiser la croissance. Faire en sorte que l'émergence ivoirienne ne soit pas seulement visible depuis Abidjan…

L'enjeu est de faire émerger, sur l'ensemble du territoire, un maillage de pôles économiques régionaux capables de valoriser les potentialités locales, d'absorber la pression démographique et de réduire les flux migratoires vers la capitale. Construire, en somme, une Côte d'Ivoire à plusieurs vitesses de croissance, mais où toutes les vitesses convergent. Les fondations existent. Le PND 2021-2025 a posé des jalons. Les infrastructures déployées dans le cadre de la Coupe d'Afrique des nations 2023 ont irrigué des villes longtemps négligées. Le chantier du nouveau PND 2026-2030 doit amplifier ce mouvement.

Les régions disposent d'atouts non négligeables sur lesquels s'appuyer. Bouaké, au cœur du pays, a vocation à devenir un hub agro-industriel connecté aux filières coton, riz et cajou. San-Pédro, avec son port en eau profonde, consolide son rôle de plate-forme d'exportation du cacao et développe un potentiel touristique littoral encore sous-exploité. Korhogo s'impose dans la transformation de l'anacarde et le textile. Yamoussoukro renforce son positionnement éducatif et institutionnel. Plus au nord, le projet de port sec de Ferkessédougou – terminal ferroviaire, marché à bétail, dépôt d'hydrocarbures – illustre une ambition plus large : connecter l'hinterland sahélien aux corridors commerciaux sous-régionaux…

Cette déconcentration suppose un investissement massif et coordonné dans les infrastructures structurantes – transport, énergie, numérique, logistique –, mais aussi dans les services publics de base qui conditionnent l'attractivité réelle d'un territoire : universités, hôpitaux, centres de formation professionnelle… Là encore, l'État doit initier, mais ne pourra pas tout faire. L'infra doit pouvoir générer un nouvel écosystème local, avec la participation active du secteur privé, la montée en gamme de l'agriculture, le développement des services locaux… Sans ces équipements et sans écosystème, aucune ville secondaire ne retiendra durablement les compétences dont elle a besoin pour croître. ■ Z.L.

Sécurité : la Côte d'Ivoire tient, mais reste en alerte

Le 13 mars 2016, sur les plages de Grand-Bassam, un attentat de masse fait 19 morts. Une action terroriste qui a tout changé. Dix ans plus tard, le 13 mars 2026, la Côte d'Ivoire s'est arrêtée pour honorer la mémoire des victimes devant la stèle érigée en leur nom. Un devoir de mémoire, et un rappel : la vigilance reste de mise.

La menace est réelle, aux frontières comme à l'intérieur. La déstabilisation au Mali et au Burkina Faso presse les zones frontalières ivoiriennes, tandis que certaines poches d'insécurité urbaine et rurale appellent une réponse de proximité. La réponse ne se limite pas au champ militaire : développement économique, création d'activités, implantation de services publics – autant de leviers pour couper l'herbe sous le pied à l'entrisme idéologique des mouvements djihadistes.

Sur le plan international, les liens se resserrent. Le chef d'état-major général des FACI (forces armées de Côte d'Ivoire), le général Lassina Doumbia, a conduit une visite stratégique aux États-Unis en février 2026 pour renforcer la coopération militaire bilatérale. Abidjan accueille par ailleurs la conférence de planification de FLINTLOCK 2026, exercice d'opérations spéciales coorganisé avec Africom (Commandement des États-Unis pour l'Afrique), réunissant près de 1 500 militaires de plus de trente pays.

Last but not least : le FBI a sollicité l'expertise ivoirienne en matière de renseignement, de cybersécurité, de coordination interservices pour la sécurisation de la Coupe du monde 2026. Signe d'une reconnaissance croissante du savoir-faire ivoirien.

Concernant la coopération sécuritaire, la France n'est pas en reste. Elle a rendu à l'armée ivoirienne le camp militaire de Port-Bouët, désormais appelé camp général Ouattara Thomas d'Aquin, du nom du premier chef d'état-major de l'armée. Si les troupes françaises se sont en grande partie retirées, la coopération est intense entre les deux pays : manœuvres, formations, renseignements. À Zambakro, le camp de manœuvre multimodulaire, fruit d'un partenariat avec la direction de la Coopération de sécurité et de défense française, permet désormais de préparer les troupes à tous types de missions opérationnelles sur un site de plus de 100 hectares entièrement dédié à leur entraînement. Sans parler de la création, en 2021, à Jacqueville, de l'Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT), consacrée à la formation, à l'entraînement et à la recherche stratégique contre les menaces djihadistes en Afrique de l'Ouest.

La Côte d'Ivoire a prouvé qu'elle savait sécuriser un événement planétaire en accueillant la CAN 2024. Elle a su réagir à un événement dramatique, un attentat terroriste de masse. Son indice moyen de sécurité est passé de 3,6 en 2012 à 1,53 en 2025, marquant une hausse de 77,5% sur la période. Si, néanmoins, les menaces subsistent, le pays n'y fait plus face seul. Il est désormais militairement, stratégiquement et intellectuellement armé. ■ P.D.N.