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FABIEN COSTE
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Rencontre

Abd al Malik: «Regarder notre histoire droit dans les yeux»

Par Astrid Krivian
Publié le 9 janvier 2026 à 11h05
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Rappeur, poète, romancier, essayiste, scénariste, metteur en scène de théâtre, il est aussi un réalisateur engagé. Avec ce nouveau long-métrage, Abd al Malik s’intéresse à l’histoire vraie de Furcy Madeleine, un esclave français en lutte avec la violence du Code noir, et qui se battra vingt-sept années durant pour obtenir la liberté qui lui revenait «de droit».

En 1817, l’île de La Réunion, alors appelée île Bourbon, est une colonie française où l’Hexagone tire profit de l’exploitation des cannes à sucre et de l’esclavage – aboli en 1794, il a été rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802. Au mois d’octobre de cette année-là, Furcy, un esclave de 31 ans, découvre à la mort de sa mère l’acte d’affranchissement de celle-ci. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste, il se rend au tribunal d’instance de Saint-Denis et décide d’intenter un procès contre son maître afin de défendre ses droits et son statut d’homme libre. Cette bataille judiciaire durera vingt-sept ans, trouvant son dénouement en décembre 1843 à Paris. Adapté du livre de Mohammed Aïssaoui L’Affaire de l’esclave Furcy (Gallimard, 2010), couronné du prix Renaudot de l’essai en 2010, le film Furcy, né libre d’Abd al Malik retrace le combat exceptionnel de cet homme, de son île natale à Maurice, en passant par Paris, qui a longuement et durement lutté pour faire reconnaître sa liberté dans une société esclavagiste, régie par le Code noir. Rappeur, poète, romancier, essayiste, scénariste, metteur en scène de théâtre et réalisateur français d’origine congolaise, officier de l’ordre des Arts et des Lettres, et lauréat de quatre Victoires de la Musique, Abd al Malik signe un film nécessaire, bouleversant, humaniste. Documentant une période de l’histoire de France trop rarement représentée à l’écran, il met en lumière le soulèvement des personnes serviles pour faire valoir leurs droits et leur liberté. 

AM: Partagez-vous ce constat qu’il existe très peu de films français sur l’histoire de l’esclavage? 

Abd al Malik: Très peu, c’est un doux euphémisme. Excepté le très beau Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou, sorti en 2024, on ne trouve pas de film de cinéma sur l’histoire de l’esclavage en France. Furcy, né libre est aussi un film sur l’abolition, une réflexion, une méditation autour de ce moment de l’histoire de France. Ma grande idée était de réaliser un outil artistique de réconciliation qui nous permette de faire peuple, de faire France, de faire Europe, ensemble, pacifiés, avec nos singularités et notre humanité commune. De regarder collectivement notre histoire la plus obscure droit dans les yeux et de pouvoir déposer nos sacs de douleur. Comment, ensemble, descendants de colons et de colonisés aujourd’hui, en étant pacifiés, faire peuple et avancer? Cette question est fondamentale pour comprendre les difficultés actuelles, dont on peut trouver les origines dans le passé, et constater. C’est le début de la guérison. Si le racisme est une construction, alors on peut le déconstruire. 

Par quel prisme abordez-vous cette histoire? 

J’aborde ce sujet par l’angle du droit. Être français n’est pas une question de couleur de peau, de genre, de religion; c’est adhérer à des valeurs, que j’ai voulu magnifier dans le film. Furcy va se battre pendant vingt-sept ans pour faire valoir le fait qu’il est libre. Le droit français, notamment avec ce principe du «sol libre», qui veut que tout esclave mettant le pied sur le sol français hexagonal devienne libre aussitôt, lui a permis de se positionner. Aujourd’hui, l’extrême droite conteste le droit du sol, mais ce principe date du Moyen Âge. Donc l’esprit et le génie français contiennent cette idée de sublimer la liberté et la justice. Et de jurisprudence en jurisprudence, on passe d’une société esclavagiste à la société actuelle. 

En quoi cette histoire éclaire-t-elle le présent? 

Elle permet de comprendre, autant pour les victimes de l’histoire que pour les descendants des bourreaux. Et pour cela, il faut remonter au commencement. On apprend par exemple que l’esclavagisme et le capitalisme sont intimement liés. Ça nous permet de détricoter, de prendre conscience aussi que la racialisation est la partie émergée de l’iceberg. Car en réalité, il s’agit d’une lutte des classes: les puissants contre les faibles, les possédants contre les démunis. Voilà l’enjeu. Aujourd’hui, des gens ont tout intérêt à racialiser la problématique, ça permet de faire diversion de la réalité. En être conscient permet de comprendre qu’une identité va au-delà d’une couleur de peau. La France est l’un des principaux pays esclavagistes. C’est important de le rappeler pour comprendre ce qu’il en est aujourd’hui. Connaître cette histoire, c’est aussi dénouer des traumas, des choses inscrites presque de manière cellulaire dans les êtres, dans les descendants de victimes ou de bourreaux. Un travail de déconstruction est à mener. Il commence par un état des lieux, et le récit fictionnel a toute sa place dans ce cheminement vers la guérison. 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement bouleversé dans l’histoire de Furcy? 

Quand j’ai découvert cette histoire, je me suis dit: «Furcy, c’est moi.» Car s’il n’avait pas su lire et écrire, le procès aurait été impossible. Moi, si je n’avais pas eu accès au savoir, à l’éducation, je ne serais pas là devant vous. Au commencement sont le savoir, le verbe, l’intelligence, la lecture, la culture. C’est ce qui rend toute cette histoire possible. Quand on ne sait pas utiliser les mots, on passe par d’autres voies, souvent la violence. J’ai traité cette histoire comme si c’était la mienne. 

Pourquoi avoir choisi de réaliser une fiction de cinéma? 

Je ne suis pas historien, mais artiste. Je voulais questionner l’objet cinéma. C’est l’outil démocratique par excellence. Aujourd’hui, il nous manque des agoras, des endroits où l’on peut débattre, échanger. C’est aussi ma démarche: magnifier le lieu cinéma comme une agora qui permette aux Français de se rencontrer et de comprendre que ce peuple est uni. Mon ambition était aussi d’explorer la place de la fiction dans nos sociétés. Comment peut-elle être un lien, un ferment, pour nous permettre d’avancer ensemble? Par extension, j’interroge le rôle de l’artiste: est-on là pour offrir du pur divertissement, créer juste de la valeur marchande? C’est un vrai questionnement. Le cinéma est un miroir de l’humanité. Le choix de la musique, de la photo, des comédiens, des mouvements de caméra n’est jamais fortuit. L’idée était aussi d’incarner cette histoire. On a besoin de voir un parcours de vie pour s’identifier. Ainsi, le spectateur devient Furcy, il comprend les enjeux, la dynamique. 

Quelle était votre approche en matière de mise en scène? 

Furcy, né libre, Memento, sortie en France le 14 janvier 2026. DR
Furcy, né libre, Memento, sortie en France le 14 janvier 2026. DR

On aborde un sujet pareil avec une très grande responsabilité, une conscience de sa gravité, mais également avec une très grande humilité, un profond respect. En tant que cinéaste, saltimbanque, troubadour, griot, que sais-je, je mobilise une dimension esthétique nécessaire au raconteur d’histoires, des artifices spécifiques au cinéma pour la rendre intéressante. Par exemple, dans la représentation de la violence, je devais trouver la bonne distance. Dans notre monde de l’image, la violence est utilisée de manière gratuite. Un questionnement m’est venu: que doit-on montrer? Quand on s’adresse au public, on ne lui impose pas une idée, on instaure un dialogue. J’ai ainsi choisi d’inscrire la violence dans le hors-champ la plupart du temps. Parfois, je l’ai montrée, car c’était important de voir ce que des êtres humains ont pu faire subir à d’autres êtres humains. Mais sans m’appesantir et en essayant d’être à distance. Car on a travaillé aussi pour que le film puisse être un outil pédagogique, au sein des écoles ou autres. 

Comment avez-vous conçu ces séquences au tribunal, lors du procès, au cours desquels esclavagistes et abolitionnistes s’affrontent, chacun mobilisant le droit pour appuyer et défendre ses arguments? 

Depuis longtemps, je voulais faire un film qui rende hommage au théâtre. Quand on entre dans un tribunal, on est en représentation. Je suis un artiste des mots, et aussi un rappeur. J’ai conçu ces joutes verbales entre les avocats comme des battles de rap où des MC seraient en train d’argumenter. Même si on ne saisit pas tout, il fallait que ça reste passionnant, qu’on comprenne les enjeux. Mon approche de la mise en scène ici relève donc du hip-hop. Et l’autre dimension, c’est cet amour de la scène. La majeure partie des acteurs viennent du théâtre, portent le verbe – Makita Samba, André Marcon, Micha Lescot, Vincent Macaigne, Frédéric Pierrot, et aussi Romain Duris, dont on oublie souvent la carrière sur les planches. Ces mots devaient être incarnés, portés avec conviction. Et puis mon propos était celui-ci: dans une société où l’on peut vivre ensemble parce qu’elle est basée sur la justice, même si elle est lente, imparfaite, au moins on peut construire à partir de ce socle. Et au fur et à mesure des avancées en la matière, on peut parvenir à des moments de justice réelle. Car si la justice n’est pas au centre d’une société, que se passe-t-il? 

De quelle manière Furcy s’appuie-t-il sur le droit? 

Le réalisateur lors du tournage de son long-métrage. JULIEN PANIE
Le réalisateur lors du tournage de son long-métrage. JULIEN PANIE

Furcy a confiance en ce système, et il fait en sorte de l’améliorer. Plus encore, il va prendre l’arme du colon, de l’esclavagiste, puisque ce dernier prétend être dans une société de justice, et la retourner contre lui. Face à ceux qui prétendent se battre pour la justice, il rappelle ce fait: qu’il soit maintenu en esclavage est une injustice. À un moment de notre histoire, le Code noir primait. [Promulgué en 1685 par Louis XIV, élaboré par son ministre Colbert puis son fils, le Code noir réglementait la vie et la condition des esclaves noirs au regard du droit dans les colonies d’outre-mer. Ils avaient par exemple l’obligation d’adopter la religion catholique, subissaient des sévices en cas de fuite – marronnage –, étaient considérés comme des biens meubles, ne possédaient pas de personnalité juridique, donc ne pouvaient pas saisir la justice ou témoigner, ndlr.] Un esclave était alors moins bien considéré qu’un animal. Ce qui me choque notamment, c’est que ce Code noir n’a jamais été clairement aboli. Il n’y a pas eu de cérémonie officielle. [Selon l’ancien Premier ministre François Bayrou au printemps 2025, ce texte devrait être abrogé par une prochaine loi, ndlr.] Tout ça m’a motivé à utiliser cet argumentaire du droit. Je crois profondément en la justice comme principe. Certes, des incarnations de justice ne sont pas toujours à la hauteur. C’est un cheminement difficile, dramatique, parfois terrible, mais on doit tendre vers cet idéal. 

Pourquoi avez-vous choisi l’acteur Makita Samba pour incarner Furcy? 

C’était une évidence. Quand il est entré dans la pièce, j’ai dit: «OK!» Je cherchais un acteur qui exprime des choses sans dire un mot, car Furcy est de tous les plans quasiment, mais parle peu. Makita est phénoménal: tout passe dans un regard. C’est un homme très expressif, un bosseur acharné, exceptionnel. Avec une coach, il a modelé son corps, qui évolue au fil du récit. Mon travail avec tous les comédiens a consisté à les faire passer de personnages à personnes, à insuffler des nuances, l’ambiguïté inhérente à l’humain, afin d’incarner tout en évitant les stéréotypes. C’est ainsi qu’on peut essayer de les comprendre, ce qui ne veut pas dire être d’accord avec eux. Même si on ne dirige pas vraiment des acteurs d’une telle trempe, je crée leur terrain de jeu, je les ambiance, puis je les regarde. Je suis leur premier spectateur. 

C’était important aussi de rappeler que l’abolition a été obtenue grâce au soulèvement et aux actes menés par les esclaves? 

Tout à fait. Il faut rappeler que des gens ont dit «non», et n’ont pas juste répondu par la fuite, le marronnage, qu’ils ont pris le taureau par les cornes. Il faut raconter ces histoires: elles sont inspirantes pour tous celles et ceux qui se battent pour la liberté, peu importe la couleur de leur peau. 

Croyez-vous en la responsabilité de l’artiste par rapport à la société dans laquelle il évolue? 

Oui. À partir du moment où parole nous est donnée, où l’on dispose d’une audience, on a une responsabilité. C’est une question philosophique, un engagement personnel aussi. Dans une société violente, où la valeur d’un individu est uniquement liée à ce qu’il possède, les artistes ont un grand rôle à jouer. Car ils incarnent, promeuvent certaines valeurs, ils influencent. On ne peut pas balayer cette question d’un revers de la main. Surtout au sein de démocraties dont le fonctionnement réel est de moins en moins démocratique. 

Vous dites que ce film soulève la question de l’identité française. Comment vivez-vous la vôtre? 

Je suis 100% français, 100% européen. Mais mes racines sont 100% africaines et congolaises. Je ne suis pas franco-congolais. Je ne suis pas morcelé, il n’y a pas de schizophrénie en moi. Je suis français d’origine congolaise. Mais si on coupe mes racines, l’arbre meurt. Si mes parents étaient originaires de Suède, on ne dirait pas que je suis franco-suédois. Il faut sortir de cette racialisation liée à la couleur de peau. C’est ce que j’enseigne à mes enfants, et c’est ma manière d’aborder ce film: je parle de l’histoire de France. Et je parle autant de la France esclavagiste que de celle des Lumières. Il y a ce génie français, beau, lumineux, qui porte les notions de justice, d’égalité, d’universel… Mais il y a aussi le mauvais génie, et il faut en parler: une société esclavagiste, colonialiste, néocolonialiste, et qui aujourd’hui traite différemment certaines personnes issues des quartiers populaires en raison de leur faciès. Mais la France est aussi ce pays merveilleux que j’aime profondément. Il faut pouvoir regarder ces deux aspects, les reconnaître; ce n’est qu’à ce prix qu’on pourra faire peuple, construire. 

Certaines mouvances en France tentent de discréditer les devoirs de mémoire concernant l’esclavage, la colonisation, en les taxant de «repentance». Comment les percevez-vous? 

Il faut remettre de la complexité dans le débat public – sans que ce soit forcément compliqué! Ce n’est pas parce que des esprits chagrins, souvent d’extrême droite, simplifient la pensée qu’ils ont raison. On doit aussi se réapproprier les symboles. Je suis fier du drapeau bleu, blanc, rouge. Il y a le côté négatif, mais aussi le bon: l’éducation pour tous, l’aspect universel, la liberté, la justice, les opportunités pour transcender sa condition… Réinvestir cette notion de complexité est fondamental, au risque de se trouver dans une société manichéenne. En toute humilité, c’est aussi le rôle de l’artiste, car il est un miroir de l’humanité, laquelle est toujours complexe.

La chanson de générique de fin est un morceau collectif, dont le refrain scande: «Vive la France.» Pour certaines personnes qui subissent aujourd’hui encore des discriminations en raison de leur couleur de peau, de leur religion, de leur milieu social, il pourrait être difficile de louer la France et ses institutions, notamment concernant les violences policières… 

L’institution est incarnée par des êtres humains, donc faillible. Il ne faut pas mélanger l’entité, ce qu’elle est, ce qu’elle représente, ses principes, et les gens qui l’incarnent. Ce n’est pas parce que des policiers ont commis des actes horribles que toute l’institution policière est à condamner. Mais bien sûr, on doit en discuter. Et puis la France est notre pays. Quand on a un problème dans son pays, on travaille à essayer de le résoudre. Suivre des études, par exemple, pour pouvoir ensuite évoluer dans la justice, la politique, pour faire avancer positivement les choses, changer le système de l’intérieur. Parce que la colère pour la colère ne sert à rien. C’est un long combat. On doit avoir conscience aussi du temps long, sortir de la pensée de l’immédiateté. La vie prend du temps. Il faut respecter ce cheminement. Il faut remettre de l’intelligence dans le débat public et vivre sous des mantras nouveaux. La retenue émotionnelle et la tenue intellectuelle en toute chose sont pour moi fondamentales. Car c’est facile d’être populiste, juste dans l’émotionnel, mais on ne règle pas les problèmes ainsi. C’est un parcours difficile, mais possible. Avant l’immigration noire et maghrébine, d’autres – Polonais, Italiens, etc. – ont vécu un temps les mêmes choses que nous. Nous aussi, on peut y arriver. Je suis français, alsacien, je rêve en français, l’un de mes fils s’appelle Mohamed, mais il est totalement français – il n’y a même pas de sujet! Mais pour comprendre ça, il faut travailler les imaginaires, en faisant des films par exemple, pour que les autres puissent trouver ça naturel. Et il est urgent de sortir de la racialisation. Ça arrange bien des gens de garder cette conception de race, de taxer les uns d’«islamo-gauchistes» ou autres. C’est l’arbre qui cache la forêt. En réalité, c’est un problème de lutte des classes, de riches et de pauvres, de puissants et de faibles. 

En quoi l’île de La Réunion symbolise-t-elle une France idéale à vos yeux? 

Mon premier voyage à La Réunion m’a bouleversé. J’ai vu les concepts républicains et laïcs appliqués à la lettre et fonctionner. Voir une partie de la communauté nationale hindoue, une autre musulmane, une autre chrétienne, une autre athée vivre en harmonie, accepter l’autre tel qu’il est, et même festoyer ensemble, c’est magnifique. Les gens n’étaient pas à côté les uns des autres, mais ensemble. C’est comme si je voyais la France en vrai. Par la suite, en m’y rendant davantage, j’ai pris conscience des problématiques existantes aussi. Ce n’est pas idéal, et aujourd’hui, les Mahorais rencontrent des problèmes. Mais quand même. Le musulman comprend que cette identité fait partie de l’identité française. C’est un juste retour des choses d’y avoir tourné un film; je rends hommage à ce peuple que j’admire, que je respecte, à cette France idéalisée, engagée, républicaine. 

Pourquoi dites-vous que la vraie France est à venir? 

C’est un chemin escarpé, et chacun de nous a une pierre à apporter à l’édifice. La vraie France advient, j’en suis convaincu. Dix ans plus tôt, un film comme Furcy, né libre n’aurait pas pu exister. Certes, les pensées extrêmes s’expriment, sortent, elles vont jusqu’au bout, puis elles vont mourir. C’est une période de transition. Il en va de notre responsabilité de lutter pour préserver les institutions, la démocratie, la justice. Je suis très proche des jeunes de Banlieues Climat [association qui vise à sensibiliser et à fédérer les habitants des quartiers populaires autour des questions environnementales et climatiques pour développer des projets locaux, ndlr]. Ils ont entre 16 et 25 ans, ils sont magnifiques. Quelle intelligence, quelle conscience de la responsabilité citoyenne! C’est fabuleux, ça donne de l’espoir. Et ils ne se laissent pas instrumentaliser politiquement. 

Pendant l’écriture de son livre L’Affaire de l’esclave Furcy, Mohammed Aïssaoui avait l’impression de dialoguer avec Furcy… 

Moi aussi. J’avais le sentiment que des esprits nous disaient: «Il faut y aller, il faut continuer.» À La Réunion, j’ai senti des phénomènes au-delà du rationnel. Cette île est aussi un cimetière où des gens ont été enterrés. Dans cette démarche du devoir de mémoire, on effectue un travail sur le deuil qui pacifie; c’est comme si on créait un cimetière symbolique, tel un rituel. Les gens peuvent ainsi s’apaiser. Sans ça, on est chahutés par des fantômes, des démons. Raconter, dire, nommer, tout cela permet de se libérer.