Afrique, terre d’opportunités!
Déjeuner avec un ami qui connaît bien l’Afrique, qui y travaille, et qui fréquente les personnalités « high » du continent. On échange. On évoque la vague d’afro-optimisme qui semble envahir nos écrans radars. Magazines, presse, radio, télé, l’image d’une Afrique, continent émergent de demain, cohabite, rivalise même, avec celle des guerres, des désordres et des divisions.
L’Afrique, c’est là où se trouvent les ressources, le pétrole, le gaz, les minéraux, le bois, l’eau, la terre... Là où se développe un marché de près d’un milliard d’habitants, qui sont prêts à consommer. De tout. De la machine à café à l’automobile d’avant-garde, en passant par la nouvelle génération de smartphones. On évoque la naissance de ces nombreux fonds de capitaux privés spécialisés sur l’Afrique. On voit dans le regard de certains industriels briller le souvenir ému de ce qu’était la Chine il y a quarante ou cinquante ans... Ceux-là s’imaginent déjà voir naître des petits Brésil sur les côtes africaines. Les premières classes et les classes affaires des vols transcontinentaux au départ et à destination du continent sont pleines.
L’Afrique est devenue la terre des congrès, des forums, là où businessmen, entrepreneurs et hommes publics se rencontrent pour nouer des affaires bénéfiques aux uns et aux autres. Les médias, panafricains et locaux, se multiplient. Et ce ne sont pas les projets de télévisions, régionales, continentales, locales, qui manquent. Les communicants les plus huppés débarquent par dizaines. On évoque les chiffres ébouriffants de la croissance. On vous le dit, « il y a de l’argent en Afrique, et l’Afrique décolle! » Mon propos n’est pas de dire le contraire. Nous le savons, en particulier ici, à Am, titre fort d’une expérience de près de trente ans... Nous le sentons, ce moment, cette promesse africaine. Nous avons des atouts, des ressources, une jeunesse, et nous sommes, c’est vrai, la dernière frontière du capitalisme. Les nouvelles marges des grands groupes se feront sur notre continent.
Qui détient, et c’est vrai aussi, des réserves stratégiques de matières premières. Bref, tout va bien... Sauf que ce n’est pas si simple. L’Afrique a de l’avenir, mais au bénéfice, pour le moment, d’une petite minorité d’Africains (et d’étrangers qui font des affaires avec eux). Depuis vingt ans, l’Afrique enchaîne des taux de croissance supérieurs à 5 % par an. Mais le niveau de vie de la grande majorité de ses citoyens reste désespérément bas (absorbé entre autres par la démographie). Certes, certains vivent bien, très bien dans le monde moderne. Mais jamais les écarts sociaux n’auront été aussi flagrants.
Les pays manquent de tout, d’électricité, de dispensaires, d’hôpitaux. Au XXIe siècle, au siècle d’Internet et de l’économie numérique, l’Afrique reste un continent dramatiquement souséduqué, sans universités, sans écoles, sans lycées suffisants. Retour au déjeuner. Et conclusion commune : il ne faut être ni afro-optimiste, ni afropessimiste. Il faut y croire. Mais c’est un continent dur, difficile, fragilisé par une série impressionnante de conflits latents. C’est surtout celui de la mauvaise gouvernance et de la corruption. La plupart de ceux qui ont en charge notre futur s’intéressent plus à eux qu’à la grande majorité de leurs concitoyens. Regardez le nombre de présidents, de ministres, de hauts fonctionnaires riches. C’est simple, faites le lien... Et considérez les quelques pays qui ont réussi à sortir la tête de l’eau : voyez la qualité du leadership, la discipline, l’esprit d’équipe. Pour avancer, l’Afrique a besoin de probité, de travail, d’honnêteté. Le reste viendra avec le talent et la créativité des Africains eux-mêmes.
Par Zyad Limam