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FABIAN BRENNECKE
FABIAN BRENNECKE
Rythmes

Ali and Charif Megarbane
Alchimie psychédélique

Par Sophie Rosemont
Publié le 7 mai 2026 à 15h55
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Le multi-instrumentiste libanais et le trio de Jakarta, Ali, offrent un voyage dans le temps et l’espace aussi Groovy qu’inventif. Magnifique.

En arabe, tirakat signifie «la route». Sa signification indonésienne, un sentier où chaque pas informe le prochain, reflète la beauté du nouvel album de Charif Megarbane, enregistré avec le groupe indonésien Ali. 

AM: Tirakat mêle groove psychédélique d’obédience indonésienne et mélodies orientales. Comment avez-vous envisagé cette rencontre entre ces deux cultures? 

Charif Megarbane: De manière simple et organique. On voulait s’assurer que certaines sonorités ou techniques d’arrangement de musiciens libanais et indonésiens qui ont marqué Ali et moi-même puissent être présentes. L’idée originale était d’expérimenter ensemble autour de quelques morceaux, mais le courant est si bien passé qu’on s’est dit qu’on avait la possibilité d’enregistrer un album complet. Le manque de temps nous a imposé un rythme – sans mauvais jeu de mots – assez dynamique… Un grand mérite revient enfin à Jannis Stürtz, fondateur du label Habibi Funk, qui a eu l’idée de cette collaboration. 

En quoi cette collaboration avec le groupe Ali a-t-elle éclairé votre propre musique? 

ALI AND CHARIF MEGARBANE, Tirakat, Habibi Funk. DR
ALI AND CHARIF MEGARBANE, Tirakat, Habibi Funk. DR

Avant Tirakat, je n’avais jamais entrepris l’enregistrement d’un album complet in situ en si peu de temps avec des musiciens que je connaissais si peu. Travailler ensemble dans un environnement tiers, dans le studio Big Snuff basé à Berlin, a contribué à établir un cadre neutre, ce qui était un parfait terrain de rencontre. En quelque sorte, cette collaboration a confirmé que des musiciens qui viennent d’endroits de la planète géographiquement opposés peuvent s’entendre, dans le sens littéral et figuré du terme, quand les conditions s’y prêtent. 

Votre trame sonore ne choisit pas entre tradition et modernité… 

Bien que ma propre musique soit extrêmement influencée par certains musiciens des années 1960 et 1970, particulièrement des compositeurs de film tels qu’Alessandro Alessandroni ou François de Roubaix, j’essaie de ne pas tomber dans un pastiche rétro. Il faut reconnaître les avantages technologiques et pratiques de l’ère contemporaine. Par exemple, après avoir enregistré certains morceaux à Berlin, on s’est dit qu’il serait bien d’ajouter des voix sur certains, après coup. Ainsi, Arswandaru a enregistré ses parties vocales sur son téléphone et me les a envoyées par e-mail. Une telle rapidité n’aurait pas été possible à l’ère pré-Internet: les enregistrements sur bande magnétique auraient été envoyés par la poste de Jakarta à Beyrouth! Par ailleurs, incorporer les sonorités des synthétiseurs et des drum machines fait de cet album un voyage à la fois dans l’espace et le temps, créant une forme de mouvement à la fois horizontal et vertical.