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Hommage

Amadou Ali :
Un grand monsieur s’en va

Par Emmanuelle Pontié - Publié en septembre 2022
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Après avoir passé près de trente-cinq ans au gouvernement camerounais, il était probablement l’une des figures les plus emblématiques des années Biya. Tour à tour délégué général au Tourisme, puis à la Gendarmerie nationale, et secrétaire d’État à la Défense, Amadou Ali est nommé secrétaire général de la présidence de la République en 1996. Il sera ensuite ministre d’État chargé de la Défense et garde des Sceaux. En 2004, il devient vice-Premier ministre, et finit sa carrière comme ministre délégué à la présidence chargé des Relations avec les Assemblées. Retiré des affaires depuis 2019, affaibli pas des soucis cardiaques, il continue à être régulièrement consulté par le chef de l’État, qui lui confie sa dernière mission le 15 avril dernier, où il part au Tchad remettre un courrier au président du conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Déby Itno. En 2006, c’est lui qui est chargé par Paul Biya de la fameuse opération Épervier, une vaste lutte anticorruption destinée à traquer les élites du pays, et pour laquelle il récoltera pas mal d’inimitiés. C’est lui encore qui s’attellera au dossier de la péninsule de Bakassi, territoire frontalier disputé entre le Cameroun et le Nigeria. Ce Kanouri originaire de Kolofata, située dans la région de l’Extrême-Nord, à la frontière avec le Nigeria, participera également à la lutte contre Boko Haram, avant de subir une sanglante attaque à son domicile au cours de laquelle son épouse sera enlevée par la secte terroriste fin juillet 2014. Elle restera otage durant trois mois.

Au-delà de l’homme public, Amadou Ali était simple, intègre, il recevait sans faste inutile dans ses villas de Yaoundé, Maroua ou Kolofata. Toujours souriant dans ses grands boubous, il accueillait, autour d’une tasse de thé et d’une assiette de kilichis, des collaborateurs, des visiteurs, et une kyrielle d’informateurs de tous horizons qui lui conféraient le statut d’un des hommes les mieux renseignés du Cameroun. Très cultivé, passionné de lecture, il demandait inlassablement à ses amis de passage de lui rapporter les derniers ouvrages publiés. À Kolofata, il avait construit un hôpital moderne, animé par deux médecins américaines et devenu une référence dans la sous-région. Il y cultivait des hectares de mangues et multipliait les expériences agricoles, comme la culture du raisin dont il était très fier. Particulièrement fidèle en amitié, il recevait chaleureusement ses proches, avec qui il pouvait échanger pendant des heures sur le pays, la politique, l’actualité internationale, les religions, l’histoire. Il s’est éteint le 27 septembre, à 79 ans, de retour à Yaoundé de son énième évacuation sanitaire en Suisse. Nous avions échangé au téléphone il y a un mois. Amadou Ali, musulman profondément croyant, savait que son départ était proche et en parlait avec sérénité. Il plaisantait même, en disant qu’il ne vivrait pas aussi longtemps que son père, mort centenaire. Amadou Ali était mon ami depuis plus de vingt ans. Et le Cameroun vient de perdre un grand monsieur.

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