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Parcours

Amina Richard

Par Luisa Nannipieri - Publié en mars 2023
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« Toute vie est initiatique. On a tous nos différences, nos abandons à porter ».ASTRID DI CROLLALANZA
« Toute vie est initiatique. On a tous nos différences, nos abandons à porter ».ASTRID DI CROLLALANZA

Son premier roman raconte la quête d’une jeune métisse française sur les traces de son père au Sénégal. Avec finesse, l’écrivaine suit le cheminement identitaire, ausculte la complexité de la psyché, sonde les abysses du manque.

Dans un royaume lointain, Stock, 234 pages, 19,50 €.DR
Dans un royaume lointain, Stock, 234 pages, 19,50 €.DR

Comment réparer une carence d’amour paternel qui vous alourdit « du fardeau de la faute », d’un sentiment d’illégitimité ? Peut-on assouvir ce « besoin d’amour sans fond, terrifiant, vorace (...), dont nous voulons croire que l’autre pourrait le combler» ? Comment se réconcilier avec sa couleur de peau quand on grandit dans un pays où les Noirs sont dévalorisés ? Premier roman d’Amina Richard irrigué de son histoire personnelle, Dans un royaume lointain explore ces questions complexes. Élevée par une mère blanche dans les années 1970 en France, la narratrice, une jeune femme métisse, part au Sénégal à la recherche de son père, poussée par Ndiolé, sa voix interne, son enfant intérieur. Bercée par les mythologies des contes, cette petite fille attend d’être reconnue par lui : « Ndiolé est dans un élan de vitalité. Pénible car capricieuse, elle est aussi le moteur de la quête. Elle est cet enfant en nous qui ne meurt jamais, pour le meilleur et pour le pire », analyse l’autrice qui, gamine, passait des après-midi entiers à écouter des disques de littérature enfantine. Convoquer le conte, c’est aussi inscrire ce roman dans le langage d’une quête universelle : « Au-delà de celle du père, c’est également une quête de soi, et plus largement une quête métaphysique. Toute vie est initiatique. On a tous nos différences, nos abandons à porter. » Par le regard des autres porté sur elle, son héroïne a appris à haïr sa couleur de peau : « Elle subit toute son enfance cette violence, ce paradoxe insupportable à vivre. C’est un phénomène sociohistorique ; on est nombreux à avoir été coupés de nos racines africaines. » Et lorsqu’elle pose le pied en terre sénégalaise, la tête pleine d’images d’Épinal, la narratrice vit un choc des cultures et des représentations. La réparation s’effectuera autrement de ce qu’elle avait espéré, après la rencontre avec son père. En sondant ses ressentis personnels, en travaillant ce matériau autobiographique pour le métaboliser en fiction, Amina Richard a trouvé un apaisement. Une appropriation de soi par l’écriture, par la langue, et qui mène à « dépasser cette problématique de l’identité, laquelle n’est pas si importante ». Dès son enfance à Nancy, dans l’est de la France, elle se rêve autrice, écrit des poèmes. Après des études de lettres, puis en sciences de l’information, elle travaille dans le secteur de la communication à Paris. Tour à tour secrétaire de rédaction, journaliste d’entreprise, elle développe des « réflexes d’efficacité » dans l’écriture, pratique l’art de la synthèse. Mue par un désir de changer d’air comme de transmettre sa passion de la littérature, elle déménage dans le Sud, passe le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (Capes) pour devenir professeure documentaliste dans un lycée. En parallèle de son métier, elle s’attelle à l’écriture de ce roman chaque jour, de façon à s’immerger pleinement, pour que « l’inconscient travaille, établisse des liens ». Ses voyages successifs au Sénégal sur les traces paternelles, à l’instar de son héroïne, lui ont permis de tourner la page et de se réapproprier sa couleur de peau. Mais sa curiosité pour le pays de la Teranga a été asséchée : là-bas, sa famille ne l’attendait pas, et personne ne lui a transmis cette culture : «Entre le Sénégal et moi, c’est un rendez-vous manqué. »

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