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Dans la Jacobleu Art Gallery, à Abidjan, qui présente ici des œuvres de Mounou Désiré Koffi. NABIL ZORKOT
Dans la Jacobleu Art Gallery, à Abidjan, qui présente ici des œuvres de Mounou Désiré Koffi. NABIL ZORKOT
Arts

Entre hier et demain

Par Zyad Limam
Publié le 13 avril 2026 à 11h32
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Quelque chose d’irréversible se passe à Abidjan. Depuis une décennie, la ville s’est imposée comme l’un des foyers les plus actifs de la création contemporaine africaine. Et le mouvement ne cesse de se structurer, de gagner en profondeur. La galerie Cécile Fakhoury, référence sur le marché international, la Fondation Donwahi, les espaces de la galerie LouiSimone Guirandou, celle de Farah Fakhri, celle du peintre et photographe Jacobleu… Autant de lieux qui ont transformé la géographie culturelle de Babi, qui ont installé la capitale économique ivoirienne dans les circuits du monde de l’art global. Des artistes comme Aboudia, star des enchères, ou François-Xavier Gbré, présent à la Biennale de Venise, incarnent cette visibilité nouvelle. Jean Servais Somian sculpte le cocotier en mobilier design. Les talents et les œuvres s’exportent dans le monde entier. L’ambition est réelle, stimulée aussi par un marché d’acheteurs locaux en croissance. Reste à prolonger cette dynamique et cette créativité en dehors d’une élite abidjanaise cosmopolite. L’art doit se démocratiser et se tourner aussi vers des projets muséaux opérationnels, ouverts à toutes et tous. Y compris, et surtout, les plus jeunes, soucieux à la fois d’identité, de fierté et de modernité. Le MuCAT, à Abobo, envoie ce signal fort: l’art dans la ville profonde, pour le plus grand nombre. Il y a aussi, dans ce renouveau, une conscience patrimoniale qui s’éveille. Et un événement marquant vient de la concrétiser. Le Djidji Ayôkwè du peuple Atchan – confisqué par les colons en 1916, puis conservé pendant un siècle au musée du Quai Branly, à Paris – a retrouvé le sol ivoirien le 13 mars 2026. Le retour de ce «tambour parleur» – instrument mythique, voix des ancêtres, mémoire incarnée – est particulièrement symbolique. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs en Afrique, il faut faire fusionner le passé et l’avenir, la création et l’héritage. Comme dans une forme de renaissance.