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Asalfo, le capitaine du Magic System

Par Michael.AYORINDE - Publié en février 2011
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Le petit groupe d’animation a connu le succès interplanétaire, en 2002, avec son tube « Premier gaou » et, depuis lors, il enchaîne succès sur succès. Après avoir bien « bourlingué », il est revenu à ses origines, en organisant un festival de musique à Anoumabo, le petit village de la commune de Marcory, à Abidjan, qui l'a vu naître et grandir. Pour cette deuxième édition, qui s’est déroulée du 11 au 13 avril, les Magic ont fait venir de gros calibres tels que Leslie, Willy Denzey, Kore, Didier Awadi, King Mensah, Alif Naaba et le groupe Yeleen. Et pendant trois jours, les habitants du petit village ont vibré au son de la sono mondiale. Rencontre avec Asalfo, le leader de Magic System.

AM : Quels sentiments vous animent, après cette seconde édition du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo ?
ASALFO : La satisfaction d’avoir donné de la joie à ceux qui en ont besoin. Avec le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Fesmua), nous avons voulu participer un tant soit peu au développement de ce village qui nous a vus naître.

Pourquoi donner ces concerts à Anoumabo, et non dans un endroit plus connu d'Abidjan ?
Les actions sociales que nous envisageons se feront sur l’ensemble du pays mais, pour nous, venir jouer en live dans ce village est un peu comme si Wyclef (ancien leader des Fugees, ndlr) montait un festival à Harlem. Nous voulions que ceux qui sont venus d’ailleurs partagent la vie des habitants d’Anoumabo.

Quels ont été les temps forts de ce festival ?
Pour moi, le moment le plus fort a été la pose de la première pierre de l’école primaire Magic-System, une école de six classes avec une cantine, une bibliothèque et des bureaux. On a vu le surpeuplement dans les classes actuelles. Nous-mêmes en avons été victimes et nous avons voulu aider les enfants. Pour la prochaine édition du Fesmua, nous allons construire une maternité. Anoumabo a plus de quatre-vingt mille habitants et il n’y a qu’une salle d’accouchement, mais pas de maternité. Nous voulons aussi construire un centre pour les enfants de la rue où ils pourront apprendre un métier.

Est-ce que Magic System ne fait pas des resucées de « Premier Gaou » depuis lors ?
On peut nous reprocher de parler trop du vécu quotidien dans nos chansons, mais c’est ce que nous avons choisi de faire, parler des problèmes auxquels sont confrontés les Ivoiriens et les Africains en général, mais avec dérision. Et parce que l’Europe a une autre écoute, nous essayons de trouver le juste milieu en brassant le zouglou à d'autres musiques pour l'enrichir. Je crois que ça paie, puisque cela permet de mettre tout le monde sur les pistes de danse au son de Magic System.

Est-ce que vous ne dénaturez pas ainsi le zouglou ?
Je peux dire qu’on l’a dénaturé. Mais quand on écoute notre musique, c’est 80 % de zouglou et 20 % d'international.

Magic System, c’est Asalfo ?
Non, c’est comme si vous disiez que les « Éléphants », c’est Didier Drogba. Je ne suis que le capitaine de Magic System. C'est normal : je suis le chanteur, et c’est toujours le chanteur que l’on voit en premier dans un groupe. Entre nous, il y a une telle complémentarité que lorsque l’un n’est pas là, ce n’est plus le groupe.

Que font les autres ?
D’abord, ce sont eux qui écrivent les refrains. Et puis, sur scène, moi, je ne suis pas un bon danseur, et ce sont eux qui font les chorégraphies. Moi, j’ai une bonne plume pour écrire et je sais chanter. Mais après, ce sont eux qui font tout... Il y a Manadja qui est chorégraphe et qui conçoit les choeurs, il y a Goudé qui est percussionniste, qui se charge de toutes les programmations rythmiques et chante de temps en temps, et il y a Tino qui est mon accompagnateur, parce qu’en zouglou il y a toujours quelqu’un qui fait la doublure de la voix du chanteur. Chacun a un rôle très précis.

Il a été fait état de dissensions au sein du groupe.
Il y a eu effectivement une campagne de dénigrement pour semer le doute afin de diviser le groupe. On a essayé de mettre des choses dans la tête des autres. Nous avons discuté et nous nous sommes compris.

Qu’a-t-on essayé de mettre dans la tête des autres ?
Des choses du genre : « Asalfo gagne beaucoup d’argent, alors que vous ne gagnez rien. » Heureusement que mes amis savent reconnaître mon sens du partage. Ils savent que sur chaque spectacle chacun de nous gagne exactement la même somme. Avec le manager, chacun de nous gagne 20 %. Simplement, au niveau des droits d’auteur, chacun gagne en fonction de ce qu’il a composé et écrit.

Vous n’avez jamais été tenté de faire une carrière solo ?
Jamais de la vie ! En France, des majors m’ont approché pour me le proposer, mais je n’ai jamais accepté. Même quand on m'appelait pour venir chanter en solo sur un album, j'y allais toujours avec mes amis. On n’a jamais vu, sur un disque, featuring Asalfo, mais toujours featuring Magic System.

Quelles sont vos relations avec votre ancien manager, Angelo Kabila ?
Il est arrivé un moment où nous ne regardions plus dans la même direction. J’avais voulu que la séparation se fasse à l’amiable, mais, malheureusement, elle s’est mal passée. Il y a eu beaucoup d’insultes et une campagne de dénigrement contre moi, mais j’ai pris cela avec beaucoup de philosophie.

Et avec Blé Goudé, le leader des « Jeunes Patriotes » ?
Mes démêlés avec lui sont la suite de ce qui s’est passé avec mon manager. Blé Goudé a pris parti pour Angelo Kabila. Et on n’a pas vidé cette affaire. Je le connais depuis très longtemps. Il fait partie des amis de la première heure de Magic System. Nous étions le groupe d’animation de la Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de la Côte d'Ivoire, ndlr) lorsqu’il en était le secrétaire à l’organisation. Nous étions de vieux amis jusqu’à cette histoire.

Vous étiez aussi dans le mouvement patriotique avec lui ?
Moi, je suis apolitique. La politique est trop délicate dans notre pays. Mes problèmes avec ceux dont nous parlions tout à l’heure viennent de ce que je n’ai pas voulu les suivre dans une certaine direction.

Votre épouse a-t-elle une influence sur vous ?
Bien sûr. Elle est le pilier de la famille, et très souvent elle voit plus juste que moi. J’écoute ses conseils qui sont toujours judicieux.

Combien d’enfants ?
Trois. Deux vivent en France et un ici, à Abidjan.

Quels sont vos projets dans l’immédiat ?
Nous préparons notre cinquième album, qui est pour nous celui de tous les défis. Il y aura beaucoup de featurings sur l’album. Nous sommes en pourparlers avec Wyclef, nous venons de finir une collaboration avec Khaled.

Comment voyez-vous la musique ivoirienne aujourd’hui ?
Apparemment elle se porte bien, mais ce n'est qu'une apparence. Nous avons eu, nous, la chance d’avoir hérité du travail des Alpha Blondy, Bailly Spinto et autres. Mais après nous, la relève sera dure.

Parce que vous n’avez pas assez travaillé ?
Ce n’est pas que nous n’avons pas travaillé. Mais nous sommes arrivés à un moment où la technologie a beaucoup évolué et où on peut gagner de l'argent en travaillant moins. Combien de groupes aujourd’hui peuvent jouer live ? Honnêtement, est-ce que la musique que les DJ produisent en ce moment peut traverser les générations ?

Propos recueillis par Venance Konan

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