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PATRICE NORMAND/LEEXTRA VIA OPALE.PHOTO
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Récit

Avancer, toujours

Par Catherine Faye
Publié le 9 janvier 2026 à 11h09
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Yanick Lahens, l’une des grandes voix de la littérature haïtienne, couronnée par l’Académie française.

YANICK LAHENS, Passagères de nuit, Sabine Wespieser, 232 pages, 20 €.DR
YANICK LAHENS, Passagères de nuit, Sabine Wespieser, 232 pages, 20 €. DR

«J'ai emporté dans mon voyage vos vies enfouies dans ma chair, mon sang, mes muscles, bagages intimes et jusqu’à vos blessures muettes telles des ondes invisibles.» Ce voyage, Yanick Lahens l’a tissé comme un hommage à l’espoir et à la ténacité de plusieurs générations de femmes. D’Élizabeth, née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, à Régina, issue d’un milieu modeste en Haïti un demi-siècle plus tard, elle croise deux histoires et deux époques. Ses «passagères de nuit» incarnent la persévérance et la dignité face aux tragédies de l’histoire. Elles traversent les mers, marquées par la mémoire des bateaux négriers et la condition des femmes noires, mais portées par une même quête de liberté. Envers et contre tous. Née à Port-au-Prince en 1953, Yanick Lahens s’attache depuis plusieurs décennies à raconter la complexité de son pays, sa beauté et ses blessures. En 2014, elle reçoit le prix Femina pour Bain de lune, roman sur la mémoire et les destins croisés d’une famille haïtienne. Après treize ouvrages, dont un essai sur l’exil et de nombreux articles et nouvelles, portant notamment sur la littérature et l’enfance haïtienne, la voici couronnée du grand prix du roman de l’Académie française, succédant ainsi au Franco- Vénézuélien Miguel Bonnefoy, lauréat l’an dernier avec Le Rêve du jaguar. Une consécration pour une littérature exigeante, mêlant écriture subtile, poétique et engagée. Passagères de nuit s’inscrit dans la continuité du travail de l’autrice. Une oeuvre de la résistance, où fiction et imaginaire s’interpénètrent: «Je vous ai inventées sur les sentiers du songe, imaginant aussi toutes ces femmes qui vous ont précédées, celles qui vous ont entourées.» Avec son talent de conteuse et son art de la description, Yanick Lahens explore encore une fois l’intime et l’universel, dans un clair-obscur où la détermination et la solidarité se dressent contre les violences. Vers l’affranchissement. Et la lumière.