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Ce que j’ai appris

Ballaké Sissoko
Une kora sans frontières

Par Astrid Krivian - Publié en février 2021
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« Nous sommes lesambassadeurs de notre culture. C’est la force de notre musique. »BENOIT PEVERELLI

LE MAÎTRE MALIEN ACCORDE LA BEAUTÉ de sa kora aux harmonies d’autres cultures. Dans son dernier single « Frotter les mains », extrait de l’album Djourou, le virtuose dialogue avec le rappeur Oxmo Puccino.

La kora est un héritage dans notre famille de djelis [griots, ndlr], transmis de génération en génération. J’ai appris son maniement en écoutant mon père, Djélimady Sissoko, originaire de Gambie, en jouer dans la cour de notre maison avec Sidiki Diabaté, le père de Toumani Diabaté, qui était notre voisin. Il exigeait que je suive des études pour devenir médecin ou que sais-je encore. Aussi, je jouais en cachette : dès qu’il partait, je m’exerçais avec sa kora. Je suis tombé amoureux de cet instrument. Il y a beaucoup de douceur dans mon jeu, car je n’ai pas appris par la force. Avec le temps, mon père a compris que c’était mon destin.

Après son décès, j’ai intégré l’Ensemble instrumental national du Mali, à 13 ans, pour le remplacer. Formé pour valoriser le patrimoine musical au lendemain de l’indépendance du pays, en 1961, cet orchestre réunissait une cinquantaine d’artistes de toutes les ethnies. Étant le fils aîné de la famille, je suis devenu fonctionnaire pour la soutenir. Cette belle expérience m’a appris à m’accorder à d’autres traditions musicales.

Ce groupe a fait rayonner le Mali dans le monde entier. Nous aussi, aujourd’hui, nous sommes les ambassadeurs de notre culture. C’est la force de notre musique. Je jouais avec les maîtres sans trop affirmer mon jeu. Chez nous, on ne montre pas à ses aînés qu’on les dépasse. Comme dit le proverbe : « Le serpent caché grandit. » Puis, j’ai accompagné les plus célèbres griotes, avant de lancer ma carrière solo. J’ai ainsi sillonné très jeune les routes d’Europe, des États-Unis, de l’ex-URSS, d’Asie…

J’ai grandi dans la musique. J’étais timide, je parlais peu et je communiquais avec ma kora. J’ai développé vis-à-vis d’elle un lien profond, une grande affection. Elle est ma première femme, on a fait le tour du monde ensemble tant de fois… En concert, j’improvise selon l’atmosphère du lieu, les vibrations que je ressens. Mon esprit me dirige, et je m’applique à mettre le public dans un certain état, de partager ce que j’éprouve. Je le fais voyager par l’écoute, le recueillement.

Avec l’oudiste marocain Driss El Maloumi et le joueur de valiha malgache Rajery, nous formons le trio 3MA. Les musiques africaines sont très diverses. Mais en découvrant Madagascar, j’y ai retrouvé des sonorités similaires à celles de Casamance, au Sénégal, la région de ma mère.

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« Frotter les mains », Ballaké Sissoko feat. Oxmo Puccino, No Format ! DR

Le titre de mon album, Djourou, signifie « corde » en bambara : celles de ma kora me relient aux autres. Comme dans notre tradition, où l’on accompagnait le griot orateur, j’ai invité Oxmo Puccino à slamer sur « Frotter les mains ». Ma nièce, Sona Jobarteh, l’une des rares femmes koristes, m’accompagne aussi, elle est super !

Mes projets et mes collaborations ont une continuité. Ma démarche ne se limite pas à donner un concert dans un pays et à repartir, j’établis un véritable échange et une forte complicité avec les musiciens d’autres cultures, dans un respect mutuel : en France avec le violoncelliste Vincent Segal, en Grèce avec le joueur de lyra Ross Daly, en Italie avec le pianiste Ludovico Einaudi… Ma technique s’est aussi enrichie grâce à la guitare flamenca et au sitar. La musique est une communication limpide, sans frontières. 

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