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À bas les fêtes !

Par Cbeyala - Publié en février 2011
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Comme d’habitude, les riches nous en mettront plein la vue. Ils offriront de magnifiques cadeaux à leurs enfants. Ils frimeront à bord de gigantesques yachts, à flots de champagne. Leurs photos s’étaleront à la Une des journaux populaires. Nous, pauvres hères, on achètera cette presse pour les mieux admirer. On broiera notre envie de leur cracher à la figure qu’ils sont des égoïstes, des vampires suçant le sang des pauvres travailleurs. On contrôlera notre désir d’égratigner leur visage, de lacérer leurs chemises et déchirer leurs sourires figés sur papier glacé. On dira qu’ils sont beaux. Qu’ils sont gentils. Qu’ils sont heureux. Qu’on aimerait leur ressembler. On se dira que notre tour viendra et nous apportera notre lot de bonheur et de bonne fortune.

 

Je sais d’ores et déjà que malgré nos portefeuilles légers, et la crise économique et sociale bien installée, Nègres et Arabes de France s’en donnent déjà à pleins caddies. Ils battent campagne, informent radio-trottoir, blablattent sur radio maffé et toutes les radios jamais recensées, clament qu’il y aura une fête chez machin chouette. Qu’on y mangera jusqu’à plus que remplissage complet de la panse, qu’on boira jusqu’à pisser dans nos culottes et qu’on dansera jusqu’à en perdre pied. Oui, on swinguera sur les impayés de loyers, d’électricité, de téléphone. Oui, le téléphone justement, qui bouffe, à lui seul, la moitié de notre salaire de misère. On « coupera », malgré le chômage qui touche près de 40 % des immigrés en situation régulière au pays de Molière. On swinguera sur les impayés de loyer, d'électricité, de téléphone. On « coupera » sur le chômage et on « décalera » sur les sans-abris et les vieillards obligés de travailler parce que leur retraite est trop maigre pour subvenir à leurs besoins vitaux. À la fin, on chantera joyeux Noël et bonne année l’argent, parce qu’on est heureux dans le pire des mondes. Oh, excusez-moi, je voulais dire dans le meilleur des mondes. Parce qu’il est magique, l’univers, n’est-ce pas ? Et le soleil brille, que veut le peuple ? Les enfants sont en bonne santé, que demander de plus ?

 

Obama a été élu président dans cet ancien pays esclavagiste et négrophobe que sont les États-Unis, n’est-ce pas ? Pour Obama, justement, j’ai été heureuse que ce rejeton d’Africain soit élu à la Maison Blanche. J’ai fêté ça en hurlant jusqu’à plus de voix. Les jours d’euphorie sont passés, la réalité quotidienne s’est imposée. Je l’ai écouté attentivement, en m’efforçant de ne pas me laisser captiver par son sourire ravageur et par son charme capable d’expédier une mamie de 86 ans chez un chirurgien esthéticien pour se faire lifter. Je l’ai regardé au-delà de la couleur de sa peau, qui créait entre lui et moi une complicité historique, presque.

J’ai compris qu’il ne changera pas l’ordre du monde. Qu’il ne procédera pas à un seul déplacement de ligne. Qu’il est avant tout le président des Américains. Qu’il veillera plus aux intérêts de son peuple qu’à ceux de cet enfant « malnutri » de Treichville. Qu’il n’arrêtera pas le cycle des guerres dans le monde. Qu’il va juste le concentrer en Afghanistan, où les GI pourront continuer à tuer en toute quiétude. Qu’il va aider le capitalisme à se remettre sur les rails et à la prochaine... c’est tout.

 

Depuis que j’ai fait ce constat, la fan d'Obama que je suis est devenue l’ombre d’elle-même. J’ai enveloppé mes espérances dans un vieux pagne. Je suis allée les enterrer au fin fond d’un bois, de moi seule connu. Je ne fatigue plus ma langue à vanter ses mérites ou à fonder sur lui d’inutiles espoirs. De temps à autre, quelqu’un le rappelle à mon bon souvenir. Je ne veux pas toujours apparaître comme un esprit tortueux, alors j’esquisse un sourire, je me tais. À force de dire la vérité, vos amis finissent par vous déserter, n’est-ce pas ? Je veux donner à croire à mon entourage que tout va bien. C’est Noël. C’est la nouvelle année. Bonnes et joyeuses fêtes à tous.

 

Chronique [ POING FINAL ! ] de Calixthe Beyala parue dans le numéro double 279 / 280 (décembre 2008 - janvier 2009) d'Afrique magazine.

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