Ça chauffe pour l’Afrique!
Paris, fin mai. Une vague de chaleur s’abat sur la capitale et dans la plupart des régions françaises. 35, 36°C: au vu des températures anormalement élevées, de jour comme de nuit, on parle même de canicule. Et bien sûr, il y a toujours un ravi de la crèche pour sortir cette phrase amusante: «Ah, mais vous, ça ne vous fait rien, vous avez l’habitude d’aller en Afrique!» Sauf que la chaleur, on la ressent pareil! Et les Africains aussi. Ce n’est pas une question d’«habitude», c’est une question d’organisme qui n’est pas programmé pour un thermomètre qui s’emballe et dépasse le supportable. En Afrique comme en Europe. À moins que la race humaine mute et s’adapte, comme pas mal d’espèces l’ont fait au fil des millénaires – l’humain aussi d’ailleurs. Mais bon, la métamorphose ne semble pas encore enclenchée…
Et en attendant, les études alarmantes se succèdent sur l’avenir climatique du continent, sans que cela semble émouvoir plus que ça les pouvoirs publics ou les médias locaux.
Ce 5 juin, c’était la Journée mondiale de l’environnement. L’occasion de rappeler quelques chiffres. Entre 1991 et 2023, l’Afrique s’est réchauffée à un rythme légèrement plus rapide que la moyenne mondiale: +0,3°C par décennie. Ce qui est particulièrement «injuste», sachant que le continent est celui qui émet le moins de gaz à effet de serre au monde et qui pâtit le plus du dérèglement.
Sécheresses, inondations et crises sanitaires menacent des millions de vies. Dans le domaine de l’agriculture, primordial à la survie, les pluies arrivent quand elles ne sont pas attendues et s’absentent quand les récoltes viennent d’être semées. Ce phénomène de plus en plus fréquent engendre des pertes massives dans la production et pénalise des milliers d’agriculteurs, incapables de rembourser leurs prêts.
Les inondations et les glissements de terrain dans la Corne de l’Afrique ont tué des centaines de personnes et ont contraint 700000 autres à se déplacer dans des pays voisins. Entre 2021 et 2025, plus de 221 millions de personnes ont été affectées par des événements climatiques extrêmes et les dégâts liés aux catastrophes ont été multipliés par trois. Les dérèglements et leurs effets croissants d’année en année perturbent durablement les écosystèmes, affaiblissent l’économie et exacerbent l’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau.
La canicule qui s’est abattue sur le continent en 2025 s’est traduite par des températures hors norme. 49°C à Niamey en juin, plus de 40°C en RDC ou au Cameroun en mars. Selon certains scientifiques, ces vagues de chaleur devraient s’intensifier et ne plus être épisodiques. Elles pourraient durer de 250 à 300 jours par an d’ici une quarantaine d’années. Sur un continent où 40% des habitants vivent encore sous le seuil de pauvreté, faire face au changement climatique est évidemment encore plus difficile qu’ailleurs. Par exemple, le recours au bois de chauffage, qui alimente la déforestation, a la vie dure, tout comme les techniques agricoles pour les cultures vivrières qui appauvrissent les sols.
Le manque de moyens pour se moderniser et s’adapter est un véritable frein. Alors, espérons que la COP 31, organisée à Antalya, en Turquie, en novembre prochain, fera avancer les choses. À chacune de ces conférences, les pays africains demandent des financements. Qui se font attendre.
Mais au-delà de la question des moyens, une vraie prise de conscience du fléau, une politique audacieuse de sensibilisation des populations et une batterie de premières mesures faciles à mettre en place seraient les bienvenues. Certains pays essaient, mais ce n’est pas assez. D’autres ne font rien du tout…
Évidemment, si l’Occident réduisait plus drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, le monde entier, y compris l’Afrique, se sentirait mieux. Mais en attendant, chacun peut œuvrer à son niveau, avec ses moyens. Il s’agit juste, pour les Africains, de faire de la sauvegarde du continent une (autre) priorité…