CHINE, INDE, AFRIQUE : LES TROIS CLÉS DU FUTUR
LA SORTIE DU LIVRE CHINDIAFRIQUE, début janvier, a suscité un vif intérêt, notamment en Afrique. Pour une fois, les rôles de la Chine et de l’Inde n’étaient plus considérés sous l’angle du néocolonialisme mais sous celui d’une synergie qui devrait s’avérer beaucoup plus féconde et équilibrée qu’on ne le pense, et ce pour deux raisons.
La première est ce qu’on peut appeler un effet de marché, ou de demande, bien perçu par la Chine et l’Inde. Ces deux géants savent qu’ils ne peuvent plus guère compter dans les années à venir sur la consommation des pays occidentaux. Contrairement à l’opinion répandue, il existe en fait plus d’entreprises chinoises et indiennes qui s’intéressent à l’Afrique pour ses marchés, dans les secteurs de l’alimentaire, du textile et de l’habillement, des télécommunications, que pour ses matières premières.
La deuxième raison tient à un effet d’offre cette fois. Les contraintes de ressources naturelles, capitalistiques, humaines, ne sont pas fondamentalement un problème pour l’Afrique, qui est riche de ses hommes et de ses ressources tandis que l’essor des populations jeunes va élever rapidement le taux d’épargne. La question sera d’accroître alors la part des investissements dans le PIB et beaucoup plus encore leur efficacité. C’est là que les innovations dites de rupture de la Chine et de l’Inde vont jouer un rôle majeur. Elles en ont l’expérience : plus de la moitié de leur population vivait au-dessous du seuil de pauvreté au moment de leur décollage. Citons par exemple le prix de l’innovation remporté l’an dernier en Afrique par le chinois ZTE et l’indien Bharti pour la mise en place d’émetteurs téléphoniques à moindre coût alimentés à l’éolien et au solaire combinés.
Il reste toutefois un domaine dans lequel les deux géants asiatiques auront un effet limité : celui des innovations institutionnelles destinées à améliorer le cadre des affaires, qui s’exportent mal. Au point que les pays du continent devront trouver leur propre modèle, sans doute grâce aux structures régionales transversales. Mais cela requiert du temps comme on le voit pour l’Union européenne. En revanche, l’autre thèse majeure qui nourrit l’optimisme du livre Chindiafrique s’inspire de l’observation du grand économiste Albert Hirschman : le développement est comme la navigation; la route la plus rapide d’un point à un autre n’est jamais droite. On va paradoxalement plus vite en tirant des bords plutôt qu’en attendant des vents porteurs. Et, ici, la jeunesse africaine et la force croissante de l’entrepreneuriat devraient donner à l’Afrique l’énergie pour tirer des bords comme l’ont fait finalement la Chine et l’Inde.
Par Jean-Joseph BOILLOT Professeur agrégé de sciences sociales et docteur en économie, conseiller au club du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). Coauteur avec Stanislas Dembinski de Chindiafrique : La Chine, l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain, publié aux éditions Odile Jacob (370 pages, 27,90 euros).