Chronologie
CELA FERA BIENTÔT SIX ANS, JUSTEMENT, que la Fifa a attribué l’organisation de la Coupe du monde à l’Afrique du Sud. À quelques mois du kick off, on sent que le pays est presque prêt, on se dit que tous les prédicateurs de mauvais augure ont eu tort. On croise les doigts pour que tout se passe bien. Pour que l’on soit à la hauteur. Et on se dit que ce serait enthousiasmant et stupéfiant qu’un pied africain (ou une tête…) vienne marquer le but victorieux en quart de finale, en demi-finale, et en finale aussi…
Il y a cinquante ans, 17 pays africains devenaient indépendants, dont une grande partie du bloc francophone subsaharien. On s’apprête à fêter tout cela presque en silence. On aimerait, au contraire, un vrai débat sur ce parcours de liberté. Un regard lucide sur nos échecs, et sur les quelques réussites. Une réflexion sur demain aussi. Sommes-nous réellement indépendants ? Comment inventer notre propre modèle démocratique, interpeller nos élites, entrer dans un cercle économique vertueux ? Comment faire en sorte que le prochain demi-siècle soit vraiment celui de la renaissance africaine ? Et pas celui des slogans vides de contenu, de la prédation quasi générale…
D’ailleurs, il y a près de onze ans, la Côte d’Ivoire entrait dans un long cycle d’instabilité, de quasi-guerre civile. On pense à ce pays qui fut une vitrine, et à sa désagrégation lente. On lui souhaite, enfin, un président légitime, une élection, un débat, un scrutin. D’une certaine manière, une part du destin de l’Afrique moderne se joue à Abidjan.
Il y a trente ans, Jérusalem devenait « capitale éternelle et indivisible » de l’État d’Israël. Je pense à cette cité coupée en deux, au mur qui la cisaille, à la détresse des Palestiniens, colonisés, enfermés, dénués d’espoir. Je pense à cette violence qui monte et je m’accroche aux infimes fils de paix parce que le pire se profile. À Jérusalem se joue aussi une part du destin de l’humanité.
Il y a un peu plus d’un an, Barack Obama était élu à la tête des États-Unis. Premier « homme de couleur » à occuper la Maison Blanche, qui fut longtemps la résidence du président d’un pays esclavagiste. On mesure le chemin parcouru… Obama, dit-on, déçoit : il sera comme Jimmy Carter, un loser… Pourtant, il n’est là que depuis douze mois. Il a hérité d’une situation politique, militaire et économique désastreuse. Les Américains ont la mémoire courte et, au fond, ils ont bien du mal, eux aussi, à accepter le changement, la réforme, le partage.
On vous regarde Mister President, on vous soutient aussi, on vous souhaite de réussir. Parce que, pour le coup, une très grande partie du destin du monde se joue chez vous, à Washington.
Chronique [ L’air du Temps ] de Zyad Limam parue dans le numéro 293 (février 2010) d’Afrique magazine.