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Dati, Top-Modèle

Par Cbeyala - Publié en février 2011
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IL Y A, DANS LE MONDE, deux catégories de femmes : d’une part, celles qui ont une réputation de Sainte, les Vierges adorées, les Immaculées Conception et qui, sans qu’on sache exactement si elles sont de bonnes épouses, de merveilleuses mères, de magnifiques amies, bénéficient d’une considération presque innée, d’une estime injustifiée. D’autre part, il y a celles qui, sans le vouloir, appellent à une surimpression de mots, à une cavalcade de rumeurs, à un charivari de potins aussi nauséabonds que l’antre du Diable. Ce sont les diablesses, les insolentes courtisanes, les voleuses d’âme, celles que Barbey d’Aurevilly surnomment les panthères dans Les Diaboliques.

Rachida Dati appartient sans nul doute à cette seconde catégorie. Notre ministre de la Justice issue de l’immigration, qui, très bientôt, deviendra euro-députée, a suscité en ce sens tant et tant d’écrits dans la presse people, tant et tant de livres que, peu à peu, je me suis intéressée à son destin.
Chacun des opus était destiné à nous faire prendre conscience de sa dangerosité, de son habilité à la rouerie, de son aptitude à la supercherie, de son extraordinaire capacité à tromper, à mystifier, pour réadapter le monde à ses ambitions. On la décria tant et tant qu’au fil, j’éprouvai à son égard de la compassion, et même une pépite de tendresse.

Rachida Dati est-elle coupable de tout ce qu’on lui reproche ? On nous a dit qu’elle n’était pas diplômée ; mais il n’est pas nécessaire de l'être pour occuper un poste ministériel. Pierre Bérégovoy, Premier ministre de Mitterrand, n’avait pas le bac. On nous a dit qu’elle aurait utilisé et manipulé les hommes les plus influents, qu’elle s'en serait servi comme d'un ascenseur social. Soit. Mais n’est-ce point là l’attitude de tout ambitieux désireux de réussir que de flatter, lécher les bottes pour se faire une place au soleil ? On a exploité son amour excessif pour les vêtements de grands couturiers, sa passion des bijoux, pour mieux faire éclater à nos yeux qu’elle n’était qu'une image.

Et moi, votre toute dévouée, peu à peu, j’ai eu de l’admiration pour cette femme capable de manier avec grand art, les armes à sa portée. Je me suis émerveillée de ses supercheries ou de ses roueries. Ne sont-ce point là des qualités essentielles chez un vrai politique ? Ne contribuent-elles pas à sa grandeur ? Ces adjectifs « dépréciatifs », rarement associés aux Noirs ou aux Arabes, sont autant de compliments à l’égard de notre pétillante ministre. Rachida Dati, de par ce qu’ils nomment ses défaillances, a permis de moderniser dans les manières autant que dans les faits cette France sclérosée d’un héritage colonialiste dont elle se refuse à reconnaître les ravages.

Oui, j’aime bien Rachida Dati, parce que la haine qu’elle suscite en dit plus sur le caractère inconsciemment populiste de ces sentiments que sur ses prétendus défauts. Ayant été moi-même l’objet de ces haines sournoises, j’ai découvert que c’est, malgré ce que l’on croit, la seule façon d’être respecté, à défaut d’être aimé. Oui, j’ai de l’admiration pour Rachida Dati, car sa présence au sein du gouvernement, ses victoires aux élections municipales et européennes sont un extraordinaire coup de pied donné dans le vieux poulailler où caquette une basse-cour qui ne se résigne pas à voir que la France est multiraciale et multiculturelle. Oui, sa trajectoire devrait inspirer toutes les jeunes Noires ou Arabes désireuses de s’en sortir. Elle devrait servir de modèle à toutes celles qui ne souhaitent pas se laisser enfermer dans le rôle de la reproductrice, de la femme voilée, de la femme excisée et soumise aux desiderata de l’homme.

Chronique [ POING FINAL ! ] de Calixthe Beyala parue dans le numéro 286 (juillet 2009) d'Afrique magazine.

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