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Dégagez, les dictateurs !

Par selkasri - Publié en février 2011
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Ce 14 janvier, tout en nous clouant le bec et en faisant vibrer nos coeurs, les Tunisiens ont dispensé bien plus que la douce odeur du jasmin, ils ont aussi diffusé celle de l’espoir. L’espoir que la toute-puissance d’un seul homme capable d’asservir, de terroriser, d’humilier, n’a qu’un temps (aussi long soit-il).

Le monde entier a regardé cette révolution tunisienne avec émotion et le cœur battant. Personne n’est près d’oublier l’incroyable jouissance de voir la peur changer de camp, de voir le visage des Tunisiens s’animer enfin, et passer du terne grisâtre à la couleur.

Désormais, les nouvelles valeurs véhiculées par cette Tunisie enfin debout seront universelles et, comme l’écrit ce jeune blogueur, « plus jamais un Tunisien ne sera considéré et traité comme moins qu’un homme ».

Et il faut bien l’avouer, ce mépris fut ressenti aussi dans des pays frères tels que le Maroc.

Galvanisés par une relative liberté d’expression et de la presse, par la présence d’ONG actives (Transparency Maroc, qui lutte contre la corruption, l’Association marocaine des droits de l’homme, qui n’a de cesse de dénoncer les exactions…) et par un gouvernement sorti des urnes, c’est avec arrogance que nous nous enorgueillissons de notre statut de leaders du monde arabe en termes de libertés (après la toute fragile démocratie libanaise).

Et ceux parmi nous qui côtoyaient la Tunisie et les Tunisiens sous Ben Ali étaient encore plus sévères, rabâchant continuellement la question : « Comment un peuple aussi cultivé, éduqué, civilisé peut-il accepter une telle humiliation ? »

En fait, que les tyrans se le disent, cette contradiction entre un haut niveau culturel et un État autoritaire, traitant ses citoyens comme des analphabètes en les humiliant, est, à terme, intenable ! Qu’ils n’oublient plus que l’excès de pouvoir, l’étalage de richesses et l’injustice peuvent faire d’une souris un lion.

Aujourd’hui, le seul parmi les Tunisiens qui semble avoir manqué de culture en oubliant la signification des paroles de son propre hymne national, écrit par son concitoyen Abou el-Kacem Chebbi – « Si un jour le peuple veut la vie, le destin ne peut que le satisfaire, la nuit ne peut que se dissiper et les chaînes se rompre » –, est bien Zine el-Abidine Ben Ali. Heureusement, lui et tous ceux qui l’ont soutenu jusqu’au bout, comme Nicolas Sarkozy, ont vite compris le message de la rue tunisienne : « Dégage ! »

Pour que les peuples opprimés puissent continuer à rêver grâce à vous, chers amis tunisiens, il faudra que vous réussissiez cette transition vers la démocratie. Si ce n’était malheureusement pas le cas, les régimes dictatoriaux, en place ailleurs, s’en serviraient pour présenter cette expérience comme un repoussoir… Et ça, ce serait terrible !

*Quand Am invite un confrère à conclure : Soundouss El Kasri est femme de communication, cofondatrice du célèbre festival d’Essaouira et rédactrice en chef d’Au fait, premier quotidien gratuit d’infos générales au Maroc. Collaboration à la chronique [ POING FINAL ! ] parue dans le numéro 305 (février 2011) d'Afrique magazine.

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