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Musique

Delgres
La force de l’âme créole

Par Sophie Rosemont - Publié en avril 2021
vbnv
De gauche à droite, Rafgee, Pascal Danaë et Baptiste Brondy. BOBY (2)

En 2018, Mo Jodi, premier album du groupe, plaçait le créole au centre de la SCÈNE BLUES internationale. Aujourd’hui, le trio est de retour avec le fiévreux 4 ED MATEN, qui rend hommage aux travailleurs. Interview de son leader.

AM : Que s’est-il passé depuis le succès inattendu de Mo Jodi ? 
Pascal Danaë : L’accueil réservé à ce besoin viscéral de faire ce blues créole, c’était merveilleux. D’autant plus que l’on a pu beaucoup tourner, partager avec le public. On a enregistré 4 Ed Maten en janvier 2020, et d’un seul coup, tout s’est arrêté alors que l’on allait partir en tournée en Louisiane. Nous vivons ce sentiment assez étrange que le départ de la course n’est jamais donné ! Heureusement, nous avons eu le temps, juste avant le confinement, de partir aux studios ICP, à Bruxelles. Après avoir enregistré Mo Jodi à la Frette Studios, où l’ambition était de capter notre son live, nous avons eu envie de nous amuser davantage avec les possibilités techniques d’un studio. Sans remettre en cause l’authenticité live de Delgres. 


L’ouverture de l’album, « 4 Ed Maten » (« 4 heures du matin » en créole), donne son nom à l’album… 
C’est l’heure à laquelle se réveillait mon père quand il est arrivé en France, en 1958. Il devait décharger des caisses dans des wagons dans le centre de triage d’Argenteuil. L’hiver, il fourrait du papier journal dans ses chaussures pour avoir chaud… Cette chanson, c’est un hommage au travail qu’il a abattu pour nourrir sa famille. Lui et tous les autres ouvriers d’hier et d’aujourd’hui, toutes nationalités confondues. 

Delgres, groupe engagé ? 
Nous souhaitons fédérer autour de valeurs universelles, les causes pour lesquelles s’est sacrifié Louis Delgrès [chef militaire anti-esclavagiste guadeloupéen (1766-1802), ndlr]. Il y a toujours un combat à mener contre l’aliénation liée au travail, pour ces valeurs importantes d’humanisme, qui sont toujours menacées. Il ne faut pas se perdre dans des polémiques, et continuer à vivre ensemble. Baptiste Brondy, Rafgee et moi-même sommes réunis autour de ce désir de prosodie blues créole, et l’amour pour nos modèles musicaux comme Johnny Lee Hooker, Skip James et Muddy Waters. 

À la source de votre musique, il y a aussi l’Afrique… 
Delgres raconte l’odyssée de ces personnes parties d’Afrique qui ont dû se reconstruire sur une île antillaise. Qui, au début du XIXe siècle, ont été déportées dans les États sudistes à la suite de la défaite de Louis Delgres face à Napoléon. Des siècles plus tard, d’autres ont dû repartir se reconstruire en France… Mais la source, c’est l’Afrique. C’est formidable de voir à quel point les Antillais, à travers le monde, restent africains, dans la nourriture, la gestuelle… Je suis un fan absolu de la musique mandingue, et j’ai eu la chance de travailler avec Bako Dagnon ou Sidiki Diabaté. Je suis aussi passionné par des groupes comme Konono N°1. Quand j’entends du blues, je ne suis pas à Chicago, mais au nord du Mali. Mon premier contact avec la musique africaine, c’était le 45 tours de Franco qu’écoutaient mes parents. Lorsque je l’écoute aujourd’hui, les larmes peuvent me monter aux yeux… 

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