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DEMAIN, LA PRESSE !

Par zlimam
Publié le 10 avril 2014 à 16h47
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UN GRAND SPÉCIALISTE américain des médias, Jeff Jarvis, professeur à la City University de New York, découvert au hasard de mes pérégrinations sur Internet, a une opinion bien arrêtée sur l’avenir du news business : c’est sombre et sans beaucoup d’espoir ! Pour résumer et traduire sa pensée : La diffusion va continuer à diminuer. C’est structurel.

Le contrôle des coûts va réduire l’offre, la qualité des produits, ce qui accentuera plus encore la baisse de la diffusion. Les entreprises font face à un « advertising cliff », une « falaise publicitaire », le moment où la diffusion globale ne sera plus suffisante pour justifier le concept même de publicité. Idem dans le monde digital. La surabondance de l’offre tue progressivement la publicité. Il n’y a pas de « free lunch ». L’argent public ne vient jamais sans contrainte. Ce n’est pas parce que l’éditeur pense qu’il fait un produit de « qualité » que c’est un produit de « qualité » pour le marché. Et ce n’est pas parce que vous faites les choses « bien » que le marché, encore une fois, vous le rendra.

Ce qui compte, c’est le service que vous apportez réellement aux lecteurs. Et Jarvis de citer John Paton, patron de Digital First Media, entrepreneur de presse et adepte fervent de l’économie digitale : « The newspaper model is broken and can not be fixed... », « Le modèle des journaux papier est cassé et ne peut être réparé... ».

Ce genre d’analyse « catastrophisante », dans l’air du temps, et dont on pourrait discuter les points un par un, a toutefois un véritable mérite. Elle nous place, en tant qu’éditeur, face à notre responsabilité. La presse écrite, plus peut-être que tout autre média, est au cœur de la vie en commun. Nous sommes des « médias », c’est-à-dire des « médiateurs », des intermédiaires entre le lecteur et la société qui l’entoure. Nous sommes, avec nos défauts et nos qualités, un élément vivant de la démocratie et du débat public. Et encore plus dans des sociétés émergentes qui se libèrent progressivement de l’autoritarisme. Il faut donc que nous survivions absolument ! Que nous entrions dans la modernité de notre métier. En mettant à plat la manière dont nous produisons de l’information, la manière dont nous nous finançons, en adaptant notre offre à la demande contemporaine, aux nouveaux lecteurs, en acceptant l’émergence du monde digital, à la toute-puissance des géants du Net et des réseaux sociaux... La presse vit certainement une crise profonde. L’idéogramme « crise » en chinois s’appuie sur deux concepts, l’un qui signifie « danger » et l’autre « opportunité ». À nous de mesurer le danger, à nous de saisir les opportunités que représentent les nouvelles technologies, la globalisation, la disparition des frontières. À nous de faire mieux encore notre métier de journaliste : capter ce qui se passe, le transmettre, décrypter la complexité du monde qui nous entoure, l’éclairer autant que faire se peut, de la manière la plus indépendante possible.

Par Zyad LIMAM