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Editos

Des raisons d'y croire

Par Zyad Limam
Publié le 1 avril 2026 à 08h02
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Le choc est systémique. L’Afrique n’est pas une île-continent isolée. Le dérèglement du monde l’affecte. La troisième guerre du Golfe et ses conséquences vont durement nous impacter. Alors que le continent sort à peine des crises post-Covid et ukrainienne. Depuis, les États-Unis ont imposé des droits de douane élevés. L’aide au développement baisse partout à Washington (disparition de l’USAID), mais aussi à Londres, à Paris…Le coût de la dette pèse lourd. La Chine, principal bailleur, perçoit plus aujourd’hui en remboursements de dettes qu’elle n’accorde de nouveaux crédits.

L’Afrique va certainement encaisser. Mais elle n’entre pas dans cette crise totalement démunie. Oui, elle représente 20% de la population mondiale, à peine 3% du PIB, 2% du commerce international. Oui, une partie du continent est en conflit au Soudan, dans le Sahel… Mais ces chiffres et ces situations ne disent pas tout. L’Afrique se transforme aussi structurellement. Elle est dans une phase de mutation économique. Quelque chose qui ressemble au début d’une courbe positive, durable.

L’aide publique au développement ne représente plus qu’une part secondaire des ressources réelles. Les transferts de fonds de la diaspora sont devenus le premier contributeur, le signe d’un attachement puissant aucontinent.100 milliards de dollars estimés en 2024, soit le double de l’aide. Les investissements directs étrangers (FDI) ont atteint, en 2024, 97 milliards de dollars, même si une part significative (30%) est concentrée sur un seul méga projet en Égypte (Ras El Hekma). Depuis, les chiffres sont plus nuancés, mais une tendance s’engage. De 2022 à 2024, l’Afrique a attiré plus d’investissements étrangers en partant de zéro–nouvelles usines, nouvelles infrastructures  que l’Asie du Sud-Est. Les minerais critiques y sont pour beaucoup: lithium, cobalt, nickel, terres rares… Ils sont tous au cœur de la transition énergétique mondiale. Et la valeur estimée des actifs miniers non exploités du continent dépasserait 8600 milliards de dollars…

Le FMI le souligne: en 2026, la croissance économique sera plus élevée en Afrique qu’en Asie, un cas historiquement rare. Sur les quinze pays les plus dynamiques de la planète, onze sont africains. Plusieurs Bourses du continent ont terminé l’année 2025 sur des records, comme celles de Johannesburg et de Lagos. Les équilibres restent fragiles, mais les observateurs internationaux soulignent aussi une amélioration globale de la gestion macro économique des pays, de la monnaie, de l’inflation…

Le signal le plus significatif vient de l’intérieur. L’argent africain s’investit de plus en plus en Afrique. Les grandes entreprises et les investisseurs publics agissent sur leur terrain. Selon le rapport Venture Capital in Africa Report, les investisseurs africains représentent 45% des engagements en capital-risque sur le continent. On peut évidemment citer le parcours d’Aliko Dangote au Nigeria (avec les projets structurants de Lekki, raffinerie et engrais), celui d’OCP Group au Maroc (phosphates et énergie verte), les groupes bancaires panafricains Attijariwafa Bank ou Eco bank, MTN en Afrique du Sud, Ethiopian Airlines…On le sait, les entrepreneurs ne sont pas des philanthropes. Ils investissent, ils ont donc confiance en l’avenir et dans le marché.

Dans ce contexte de relatif optimisme, la démographie tonique du continent est à double tranchant. Quinze millions de jeunes entreront sur le marché du travail africain chaque année dans les prochaines années. Un défi social et économique majeur. Mais c’est aussi le moteur de la transformation. Ces ont ces mêmes jeunes qui vont structurer les marchés de consommation, qui portent la révolution numérique, qui fondent des entreprises. Ce sont aussi ces jeunes qui vont alimenter la révolution urbaine. Lagos, Nairobi, Abidjan, Dakar, Casablanca, Kinshasa, Tunis… C’est ici, dans le bouillonnement des projets et des cultures, que s’écrit une grande partie du futur africain.

Les tendances positives ne se transformeront pas seules en progrès partagé. La clé de l’émergence réelle du continent reste la bonne gouvernance, la transparence et l’état de droit. Et de faire de la lutte contre la pauvreté une urgence sociétale, qui nous implique toutes et tous. L’Afrique est un continent d’avenir. Mais près d’un demi-milliard d’Africains vivent encore dans la pauvreté et la précarité. En Afrique subsaharienne, c’est plus d’un habitant sur trois.