Djaïli Amadou Amal :
« Je me rattache aux souvenirs et aux petites histoires pour ne pas les voir s'échapper »
Avec Espoir, l'autrice signe un récit autobiographique où elle replonge dans son enfance à Maroua, au Cameroun. Elle y raconte d'une plume sensible sa double culture, le racisme interethnique, le poids des traditions et la naissance d'un désir de liberté qui traverse son œuvre comme son engagement militant.
Avec son autobiographie Espoir, son sixième livre, la romancière camerounaise prend cette fois la plume pour plonger dans ses souvenirs et raconter son enfance à Maroua, dans la zone sahélienne de l'Extrême-Nord du Cameroun. Avec ses talents de conteuse, sa fine observation et sa sensibilité, elle restitue sa perception d'enfant, en se délestant du regard de l'adulte, pour dépeindre sa famille, son environnement, ses joies et ses blessures, ses rêves et ses frustrations. Djaïli Amadou Amal a grandi dans un monde multiculturel – sa mère, arabe égyptienne, et son père, peul camerounais, forment un couple aimant. Elle apprend très tôt à naviguer entre les différents usages, les tabous, les contradictions parfois. Née après le décès de sa sœur, elle est baptisée Amal – « espoir » en arabe –, un prénom qui orientera son parcours, d'une certaine façon. Initiée au pouvoir des histoires avec les contes de sa tante, évoluant dans un monde où le visible et l'invisible cheminent ensemble, la jeune Amal, qui exècre l'école et son enseignement brutal, découvre dans les livres un refuge pour échapper à son ennui profond. Très jeune, elle prend aussi conscience des violences faites aux filles et aux femmes, de certaines traditions injustes. Elle a tout juste 13 ans quand elle reçoit deux demandes en mariage.
Prix Goncourt des lycéens en 2020, traduit dans plus de vingt langues, son troisième roman, Les Impatientes, inspiré notamment de son vécu, dénonçait à travers la trajectoire de ses héroïnes le mariage forcé, la polygamie, les violences sexuelles et conjugales. Certaines œuvres de Djaïli Amadou Amal sont inscrites au programme scolaire en France et au Cameroun. Militante féministe, l'écrivaine met ses convictions en pratique. Avec son ONG Femmes du Sahel, elle œuvre pour la scolarisation des jeunes filles, l'autonomisation financière des femmes, mène des campagnes de prévention contre les violences basées sur le genre, favorise l'accès aux livres avec la création de bibliothèques, fournit des kits scolaires aux enfants démunis. Distinguée de l'éminent titre de docteure honoris causa par l'université française Sorbonne Nouvelle, elle est devenue récemment ambassadrice de bonne volonté d'ONU Femmes.
AM : Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire l'autobiographie de votre enfance ?
Djaïli Amadou Amal : J'avais ce désir en moi depuis longtemps. Ce livre apporte un éclairage sur les thèmes que j'ai abordés dans mes romans et explique pourquoi ils me tiennent à cœur – la vie des domestiques dans Cœur du Sahel, la situation des épouses dans Les Impatientes, celle des femmes réduites en esclavage dans Le Harem du roi. Ce dernier, explorant un sujet tabou, ancré dans un lieu clos, a nécessité beaucoup de recherches, de temps et d'énergie psychologique. J'avais besoin d'écrire un livre plus léger, plus calme, tranquille : Espoir a été une bouffée d'air frais. Et je suis désormais grand-mère, alors j'éprouve ce besoin de transmettre à mon petit-fils notre histoire, nos origines.
Vous citez en exergue Amadou Hampâté Bâ : « […] je n'ai rien oublié de mon enfance. » Comment avez-vous fait pour écrire Espoir sans le regard surplombant de l'adulte ?
Je suis très sensible et nostalgique. Je n'aime pas le temps qui passe, les êtres chers qui s'éteignent. Ça m'angoisse beaucoup, alors je me rattache aux souvenirs et aux petites histoires pour ne pas les voir s'échapper. Je n'ai rien oublié de mon enfance. Au cours de l'écriture, j'ai longuement échangé avec mes frères et ma sœur : c'est étonnant, mais nous n'avons pas gardé les mêmes souvenirs des mêmes événements ! La mémoire dépend des ressentis de chacun. C'était un moment exceptionnel d'écrire le livre, car il fallait revivre ces instants, redécouvrir ces histoires. C'est l'enfant en moi qui parle, spontanément, avec ses mots, ses sentiments, ses blessures, sa compréhension des choses d'alors.
Pour quelle raison vos parents vous ont-ils baptisée Amal – « espoir » en arabe ?
Le sens des prénoms était très important pour eux. Ma mère et mon père ont d'abord vécu trois ans en Égypte, où ils se sont mariés, puis ont emménagé au Cameroun. Mon père n'a jamais caché à ma mère son objectif : après ses études à l'université islamique Al-Azhar du Caire, il souhaitait rentrer dans son pays afin de transmettre aux siens ses savoirs. Il était animé par le partage, la transmission, l'héritage. Mes parents sont donc rentrés avec une petite fille, Batta, mais deux mois après leur installation, elle est décédée. Ma mère a failli sombrer dans la folie. Ça a été un moment extrêmement difficile pour mes parents. Ils ont tenu quand ils ont appris que ma mère était à nouveau enceinte ; ils ont prié pour avoir une autre fille. Je suis née, et ils m'ont donc appelée Amal : l'espoir de lendemains meilleurs, l'espoir de vivre. Enfant, je n'aimais pas mon prénom. C'était comme un poids à porter, car ma mère me disait : « Tu n'as pas le droit de faire des bêtises, car tu es Espoir, tu dois donner le bon exemple, car tu es Espoir, etc. » Mais en grandissant, j'ai pris conscience de ce que ce prénom représentait. Aujourd'hui, je le porte non plus seulement comme l'espoir de mes parents, mais comme celui d'un changement positif pour les femmes. J'embrasse ce combat avec tout mon cœur et mon esprit.
Dès les premières lignes, vous évoquez votre mère et son mal du pays…
Ma mère était une femme exceptionnelle. Comme elle nous l'a répété, elle n'a pas eu d'enfance. Née de parents aimants, au sein d'une grande famille dans un village égyptien, elle était une petite fille joyeuse. Jusqu'à ce que survienne le drame : sa mère tombe subitement malade et meurt. Son père a refusé la pression sociale du village, qui l'enjoignait à se remarier ; il avait promis à son épouse, sur son lit de mort, qu'il ne laisserait jamais une autre femme maltraiter ses enfants. Ma mère étant l'aînée de sa fratrie, elle est devenue la référente du foyer, en quelque sorte, et a eu des responsabilités très jeune. Elle a aimé mon père de tout son cœur ; elle a été courageuse de partir à l'aventure dans un pays et une culture inconnus, d'autant plus que sa famille lui était très chère. Elle n'oubliait pas les siens, elle se rattachait désespérément à ses souvenirs, à son album photo, et m'entraînait avec elle. Car j'étais la seule qui pouvait la comprendre, ayant vécu quelque temps en Égypte dans ma prime enfance. Ma mère voulait que je sois ce lien, que je n'oublie pas sa famille, ses racines. Parfois, mes propres souvenirs et les siens se confondaient.
Comment était perçu le couple multiculturel qu'elle formait avec votre père ?
Ma mère était arabe, mais en tant que musulmane, elle a été plus facilement intégrée. De par sa différence, elle était respectée et on pouvait lui demander des choses qui ne se font pas dans la culture peule. Mon père se comportait avec elle à Maroua de la même manière qu'en Égypte. Ils sortaient ensemble, le soir, alors que ce n'était pas du tout dans les usages qu'une épouse accompagne ainsi son époux. Mon père était perçu comme extravagant, mais aussi comme un modèle, érudit, respecté pour ses diplômes, ses connaissances de la charia. On ne pouvait pas l'accuser d'être contre l'islam. Il était un époux aimant, protecteur, présent, calme. Il parlait peu. On lui prêtait même des pouvoirs magiques quand on était enfants ! C'était une force tranquille. J'étais très consciente que le couple de mes parents était différent de ceux de mon entourage. J'entendais souvent mon oncle crier sur ses épouses, les répudier. Chez nos voisins, les femmes n'avaient pas droit à la parole. Les hommes ne partageaient pas leurs repas avec les femmes, chacun avait sa case, ils ne se mélangeaient pas. Mon père, quant à lui, faisait partie intégrante de nos vies. Il mangeait, jouait, riait avec nous. Avec son épouse, il écoutait de la musique – notamment celle d'Oum Kalthoum –, alors que c'est censé être haram.
Pourquoi avez-vous détesté l'école ?
L'école était horrible, pour moi et pour tous les élèves. Nous subissions des punitions corporelles, le maître nous effrayait : si nous avions le malheur de parler, si nous étions en retard, il nous frappait. Nous devions nous conformer à un comportement et à des horaires stricts. Nous devions nous exprimer uniquement en français – le fulfuldé était interdit. Nombre de nos camarades faisaient l'école buissonnière. Avec mes frères et ma sœur, nous ne pouvions absolument pas les suivre. Ma mère avait un amour viscéral pour les études et les diplômes : à ses yeux, mon père était un homme bien en raison de son parcours universitaire. Même lorsque nous étions malades, elle nous envoyait à l'école. Aujourd'hui, je comprends que c'est grâce à elle que nous avons pu continuer nos études. Pour mes parents, il était nécessaire que les filles aient autant de chances que les garçons, qu'elles soient aussi instruites.
Qu'est-ce que le pulaaku ?
C'est l'ensemble des valeurs des Peuls, un savoir-vivre qui s'inculque dès l'enfance, dans tous les domaines de la vie. Il comprend, par exemple, la pudeur, la honte, le sens de la dignité et de l'honneur, la sagesse, l'intelligence de savoir se comporter selon les circonstances. Cela concerne aussi la façon de manger, de saluer – par exemple, on ne se touche pas, on ne se fait pas la bise, on ne reste pas debout pour se saluer. Je l'ai constaté quand je suis venue en Occident : lors du cocktail à la suite du prix Goncourt des lycéens, pour mon roman Les Impatientes, j'avais beaucoup de difficultés à parler aux gens et à boire un verre tout en étant debout, car chez nous, c'est très impoli. Le pulaaku apprend aux filles qu'elles ne peuvent pas répondre « non » à une demande en mariage. Enfant, quand un homme m'a dit : « Bientôt, tu vas grandir et je vais t'épouser », je lui ai opposé un « non » catégorique ! Les femmes de ma famille et les voisines me sont tombées dessus, en m'expliquant que c'était très impoli de répondre de cette façon à un homme !
Comment avez-vous évolué au sein d'un monde multiculturel ?
Ma mère a fait de nos voisins libanais sa famille de substitution. Les règles y étaient différentes de celles de ma famille peule paternelle. Ce qui était interdit chez l'une ne l'était pas chez l'autre. Comme tous les enfants métis, j'ai appris très tôt à me comporter en fonction du cadre. Cette grand-mère, Tati, recevait beaucoup de personnes, il y avait un vrai brassage culturel – arabe, africain, occidental… On côtoyait des gens de différentes nationalités, de différentes couleurs de peau. Comme je baigne dans cet univers depuis l'enfance, c'est devenu naturel pour moi de m'adapter, de naviguer d'un milieu à l'autre sans problème.
Pourquoi étiez-vous l'objet d'animosités de la part de certains enfants ? Vous étiez perçue comme une privilégiée ?
C'est peut-être dû aux représentations à la télévision et au fait que, à Maroua, petite ville, les Occidentaux, les Blancs étaient perçus comme des privilégiés. Et ils l'étaient : ils avaient des voitures, de beaux vêtements, plus d'argent que les autres… Aux yeux des enfants occidentaux et arabes, nous étions Noirs. À l'école, et pour une partie de ma famille peule paternelle, nous étions Blancs. Ma tante craignait qu'en raison de notre couleur de peau plus claire, on prenne la grosse tête, on se sente supérieurs aux autres. Elle nous montrait qu'il y avait des Peuls à la peau aussi claire que la nôtre, donc on ne devait pas se comporter comme si on était des Blancs. À l'école, les enfants peuvent être très méchants entre eux. Les filles de ma classe me détestaient – peut-être parce que les garçons m'adoraient ! [Rires.] Elles trouvaient que j'avais de beaux vêtements. Tous les enfants n'avaient pas cette chance, donc je ne me faisais pas que des amies. C'est vrai que ma mère nous ramenait de beaux habits d'Égypte, des rubans, des barrettes ; c'était primordial pour elle que ses enfants soient bien habillés, propres, avec de belles coiffures. Nous devions tenir notre rang, et ne surtout pas être perçus comme inférieurs quand nous jouions avec des enfants européens chez la famille libanaise.
Vous évoquez l'ennui profond que vous éprouviez dans l'enfance. En quoi les livres ont-ils été une échappatoire ?
Jusqu'à mes 8 ans, je ne m'ennuyais pas. On s'amusait entre enfants à courir, à jouer à cache-cache, à la corde à sauter, à la marelle… Un oncle nous offrait des jouets à Noël – des poupées, un vélo, des coloriages… Puis un jour, je tombe sur un livre : il me racontait un environnement différent, un monde idéalisé, une forêt enchantée, où les arbres étaient beaux, les champignons colorés – à l'opposé de ceux, vilains et gris, qui poussaient dans les toilettes extérieures chez ma grand-mère ! Il y avait aussi des êtres extraordinaires, comme les elfes. Je me rends compte que je n'ai pas du tout envie de vivre dans la réalité. Je veux vivre dans le livre, retrouver cette forêt et ces êtres incroyables, être ailleurs le temps d'une lecture. J'ai donc cherché à me procurer des livres. Cet ennui à mourir était tellement fort que j'en pleurais. Ça causait du souci à ma mère et à ma tante ; pour elles, c'était anormal – soit c'était de mauvais augure, soit la preuve que je devenais une enfant capricieuse. En lisant, j'avais l'imagination tellement fertile que je pouvais vivre les aventures de l'héroïne, me mettre à sa place, ressentir ses émotions. Je n'étais plus dans mon quotidien tellement ennuyeux. Les livres m'ont vraiment sauvé la vie. Lire m'était devenu aussi indispensable que de me nourrir. Dès que j'ai découvert ce chemin, je ne me suis plus arrêtée.
Votre amour des histoires est aussi né des contes ?
Oui, j'ai été nourrie aux contes que me narrait chaque soir ma tante Goggo Nanna. C'est une conteuse née ; je lui dois mon petit talent de romancière. Je suis persuadée que si elle était allée à l'école, elle serait devenue écrivaine. Le conte a ses règles : ma tante disait qu'il fallait le terminer, au risque qu'il vienne nous étrangler dans la nuit. Je me retrouvais à attendre que le conte vienne, en me demandant quelle forme il prendrait ! Il y avait aussi les djinns, ces créatures invisibles qui nous effrayaient, les sorcières mangeuses d'âme aussi – je les évoque dans mon deuxième roman –, les mythes de la panthère… Aujourd'hui encore, quand je vois que la pluie se mêle au soleil, je sais qu'un éléphanteau est en train de naître quelque part. Quand les corbeaux viennent nombreux dans un lieu, une personne est peut-être en train de rendre son dernier souffle. On a grandi avec ces croyances, cet imaginaire, et même si l'on veut s'en détacher, on a envie de croire que toutes ces choses ont une raison particulière. Dans ma famille, c'est très présent, l'ésotérique fait partie de nos vies.
Vous découvrez très tôt que la sexualité et le mariage sont aussi des lieux de violences pour les femmes…
On ne parlait pas de sexualité dans ma famille, c'était un sujet tabou. On a commencé à l'évoquer d'une manière très brutale, quand une voisine de mon âge a été violée par des garçons du quartier. C'est devenu une honte pour elle et pour sa famille, mais pas pour les garçons qui l'avaient violée. Je découvre alors que les garçons peuvent faire du mal et que c'est ça, la sexualité, les interdits. Depuis mes 5 ans, on me répétait que je ne devais pas toucher certaines parties de mon corps, jugées « honteuses ». Mais je n'avais jamais entendu parler des rapports sexuels ou des règles. Très choquée, ma mère a pleuré pendant longtemps à la suite du viol de cette fille. Elle a décidé de me parler de mon corps, de ses changements, de ma sexualité. Quelque temps après, nous sommes invités à un mariage arabe. Je vois qu'au cours de la soirée, un acte a eu lieu, et que les hommes sont tout contents alors que la mariée est en pleurs. Je fais alors le lien. Donc a priori, pour moi, le mariage n'était pas censé être un moment heureux. Et j'étais bien occupée avec mes livres, à vivre ma vie d'enfant, d'élève.
Vous racontez les demandes en mariage que des hommes vous font dès vos 12 ans…
Un ami de la famille commence à me parler de mariage. Je ne comprends pas ce qu'il me dit, car je l'apprécie beaucoup. Je ne vois pas quel est le rapport avec moi : j'ai à peine plus de 12 ans. Il me présente à un jeune homme de 18 ans, inscrit à l'université, qui a l'air un peu perdu. Mais on se retrouve réunis par nos deux familles, obligés d'en parler. J'étais effrayée. Ma mère m'avait toujours dit que les hommes étaient dangereux, qu'il ne fallait surtout pas leur adresser la parole ni se retrouver seule avec eux. Et tout à coup, on m'enjoint de discuter avec ce jeune homme ! Il commence à me parler de mariage, je prends peur, je me répète dans mon cœur tous les versets coraniques que je connais. Il me demande ce que je veux faire plus tard.
Que lui répondez-vous ?
Je n'y avais jamais réfléchi, mais tout sort spontanément : je n'ai pas envie d'être comme les femmes de ma famille, comme les voisines qui se partagent un mari, et dont la vie se résume à s'occuper de la cuisine, du ménage et des enfants – et le lendemain, rebelote. Pour moi, c'était ennuyeux. Je voulais être comme les héroïnes de mes romans ! À l'époque, le Cameroun venait de se doter de sa première chaîne de télévision : Denise Epoté était cette dame magnifique qui présentait le journal de 20 heures. Chaque soir, j'étais devant la télé. Je voulais parler, être habillée, présenter le journal comme elle, je voulais que l'on me voie à la télé ! Et je voulais voyager, visiter les châteaux de France, être journaliste, avoir une voiture, porter des talons. Je refusais d'être enfermée à la maison pour faire la cuisine. Je le dis à ce jeune homme, mais quand il me demande si je veux l'épouser, je n'ai pas conscience de ce que cela signifie ou implique. Quelque temps plus tard, un deuxième homme me demande en mariage, à la rentrée scolaire. Je me retrouve donc, à 13 ans, en classe de 5e, avec deux demandes en mariage. Et je comprends que mes ennuis ne font que commencer…
Quelles sont les actualités de votre fondation, Femmes du Sahel (femmesdusahel.org) ?
Nous ne sommes plus une association, nous sommes devenues une ONG : cela change nos manières de travailler, tant dans l'organisation que sur le plan de notre déploiement opérationnel. Nous créons toujours des bibliothèques mobiles, communautaires, dans les lycées et les écoles primaires. Nous menons des campagnes de sensibilisation auprès des filles sur l'importance de l'éducation pour se prémunir des violences sexuelles, des mariages précoces et forcés. Nous sensibilisons aussi les adultes, les leaders communautaires sur la lutte contre les violences faites aux femmes, sur les actions et la prévention à mettre en place. Nous donnons des fournitures scolaires aux enfants défavorisés, notamment aux victimes de Boko Haram et d'autres sectes terroristes, aux déplacés internes. Sur le terrain, nous insistons aussi sur le développement, l'alphabétisation et l'autonomisation des femmes à travers des formations. On travaille avec d'autres associations, afin qu'elles aient les moyens d'accompagner au mieux les femmes. Tout ce que je défends à travers mes romans, je le mets en pratique avec mon ONG. Parfois, il y a de quoi se décourager : chaque jour, des viols dans le pays sont rapportés, et l'on observe une nette augmentation des féminicides. Mais il ne faut surtout pas abandonner la lutte. Car tant de filles vont maintenant à l'école, poursuivent leurs études, tant de femmes s'accomplissent, font bouger les lignes. Un véritable leadership féminin se met en place. Quand je vois le sourire sur le visage d'un enfant recevant ses fournitures scolaires, je me dis que je suis à ma place. Grâce à notre ONG, il pourra aller à l'école, rêver, se projeter dans l'avenir.